Jacques HM COHEN 5 juillet 2024
Sur les ondes de RCF: LIEN
La chronique d’actualité avec le Professeur Jacques Cohen, bonjour.
Bonjour.
Et aujourd’hui, on va une nouvelle fois sortir la boule de cristal mais on se projette de plus en plus loin au fil des semaines avec vous, Professeur Jacques Cohen, puisqu’aujourd’hui on va regarder ce qu’il pourrait se passer lors des municipales à Reims, c’est donc en 2026, notamment se baser sur un article qu’a sorti un de nos confrères du journal L’Union Olivier Durand, paru donc dans les colonnes du journal il y a quelques jours, Professeur Jacques Cohen.
Oui, donc là il s’agit de sortir la boule de cristal. Mais comme souvent, il s’agit de dire ce qu’il se passerait si les municipales étaient demain matin, ce qui n’est pas le cas. Alors, je pense qu’il faut commencer par rappeler les choses. Dans cette élection législative, qui est un scrutin de circonscription à deux tours, il y a un paramètre, j’allais dire qui est un sous-produit, qui est les scores des partis en voix. Et alors en voix, si on regarde les circonscriptions, elles sont découpées en parts de tarte de façon à mettre un bout de ville, un grand morceau de campagne, etc, pour équilibrer, voire tripoter un peu les résultats potentiels. Mais si on regarde sur Reims ville, sur la commune de Reims, ce qui sera le cas aux prochaines municipales, on s’aperçoit qu’il y a trois blocs, et que c’est le bloc de gauche qui est en tête.

L’isolement coûteux et délibéré du centre ville par la municipalité Robinet oublie que Reims n’est pas Paris: les franciliens défavorisés par la politique parisienne, ne votent pas à Paris, mais les quartiers défavorisés sont tous à Reims sur le territoire de la commune et pas dans des communes de banlieue.
Donc cela fait déjà un certain temps que la gauche n’a pas gagné les élections municipales et c’est effectivement quelque chose qui paraît encourageant à première vue, mais dont on va voir que c’est assez en trompe-l’œil.
Donc il y a trois groupes qui peuvent être déterminés, le Nouveau Front Populaire correspondant à la gauche, le centre-droit des macronistes, et le RN. Mais l’évolution de ces courants est tout à fait incertaine parce que malgré les apparences ils sont tous les trois extrêmement friables.
Pour ce qui est du RN, la grande question, c’est son évolution nationale et ce qui va se passer d’ici 2026. Parce que, vous savez ce que j’en pense, il s’agit de la quintessence des « faut-qu’on-y’a-qu’à » du café du commerce, avec des solutions simplistes qui ne résisteront très peu de temps à l’épreuve des faits, et donc s’ils sont confrontés d’une façon ou d’une autre à partager le pouvoir, les choses évolueront beaucoup plus rapidement qu’on pourrait le penser. Si à l’inverse, ils ont la chance de rester l’opposition, ils peuvent continuer à croître et embellir en attendant 2027 et engranger un certain nombre de municipalités en 2026, voire même celle de Reims. Car il faut bien se rappeler que les quartiers pauvres à Reims ne sont pas en banlieue, ils sont sur le territoire de la commune. Et comme vous le savez, l’électorat RN actuellement c’est celui des gens qui se lèvent tôt pour travailler et qui ne gagnent pas beaucoup. Alors si le RN explose en vol, on n’en parlera plus, un peu comme de Gérard Nicoud, comme de Poujade en 1956, etc. Sinon comme je viens de vous dire, ils peuvent se présenter de façon de plus en plus affriolante jusqu’à ce que quelque chose fasse percer la bulle de savon ou s’effondrer le soufflé au fromage. Mais 2026 c’est proche, et s’ils restent consciencieusement dans l’opposition, ce bloc-là sera finalement un des plus solides. Alors, il leur manque des figures en vitrine, ils ont un certain nombre de vieilleries peu présentables à nettoyer, mais enfin on trouve toujours. Donc, il est possible que ce pôle reste quelque chose de significatif pour les municipales.
Le camp macroniste. A Reims il est particulier parce que c’est la droite locale, la droite éternelle si j’ose dire, qui est devenue macroniste à condition d’avoir obtenu le droit de la part de Macron d’éliminer l’aile gauche. Il n’y a encore moins d’aile gauche du macronisme ici qu’ailleurs, puisque d’une part le PS n’a pas voulu jouer le jeu d’avoir du monde dans le rassemblement macroniste, qui le leur a bien rendu, la droite locale tenant à maintenir son hégémonie traditionnelle sur quelque chose de relativement homogène. On voit ce qui se passe dès qu’il y en a un qui ne marche pas tout à fait droit comme ce malheureux Lang, il doit être exterminé. Mais cette droite locale, elle est quand même sérieusement bouffée. D’une part sur sa droite par le Rassemblement National et cela c’est tout à fait net, d’autre part par son ancrage national. Parce que si le macronisme dégringole plus ou moins complètement, elle va se résumer au LR canal historique et Horizon, c’est-à-dire à une base nationale relativement faible. Et cela peut finir par avoir un retentissement local : ils ne sont pas propriétaires de leur voix, et donc ce pôle-là peut se lyophiliser, craqueler, et s’effondrer. D’autant plus qu’ils n’ont pas l’habitude de l’adversité, ils sont toujours hégémoniques, il y a un tout dans la région, et là d’un seul coup il risque d’y avoir un syndrome de manque.
Alors vous allez me dire que pour l’instant j’ai dit le plus grand mal des deux premiers groupes et que je vais dire le plus grand bien du pôle de gauche, et bien ce n’est pas absolument certain non plus. Parce que le pôle de gauche, il est tout à fait hétérogène. Il comporte LFI, des écologistes mais les écologistes sont l’air du temps leurs électeurs peuvent se poser n’importe où, et le PS. Et le rapport de force entre les composantes n’est pas totalement garanti. Le problème c’est que LFI peut tout à fait être tenté par une position maximaliste d’avoir des bastions qu’ils concrétiseront aux prochaines départementales par exemple, et de faire une opération hégémonique sur la gauche locale, en imposant leur ligne et leurs candidats. Alors leur ligne par définition, elle heurte la plupart des gens de gauche modérée, sans compter certains aspects qu’on a vus récemment de sous-entendus antisémites et de lignes communautarismes isolationnistes, si on peut dire, contraire à des tas de choses, ne serait-ce qu’aux droits élémentaires de la femme. Donc si la gauche locale est dominée par LFI, elle va s’étioler vers le centre et ne captera aucune voix du centre, elle ne rognera pas le pôle macroniste de la droite locale, et à ce moment-là son tiers d’électorat sera un plafond de verre qui ne lui permettra pas grand-chose.
S’il y a nationalement un pôle issu de la gauche qui se retrouve à peu près gouverner après les municipales et en mordant sérieusement sur le centre-droit et le centre-gauche, en réanimant son centre-gauche et mordant sur le centre-droit des débris macronistes, la question est qu’y aura-t-il comme conséquences locales. Si un rééquilibrage permet au courant social-démocrate de redevenir dominant, il peut y avoir une liste commune, parce qu’on a bien eu autrefois des communistes qui étaient moins civilisés qu’aujourd’hui. A condition d’un rapport de force favorable, les sociaux-démocrates savent gérer les extrémistes qui peuvent gueuler tout leur soûl et revendiquer la révolution mondiale pour le lendemain matin à condition qu’ils gèrent la ville avec nous sans trop de problèmes.
A l’inverse si, comme je vous l’ai dit, LFI est dominant, à ce moment-là rester avec eux est une impasse. Et cela poserait même la question en fonction de l’évolution du courant macroniste s’il termine de s’écrouler, cela poserait même la question d’un système non pas triangulaire mais quadrangulaire, ce qui est un peu plus compliqué mais qui paradoxalement peut donner à ce moment-là, là aussi des chances à la gauche.
Jacques Cohen, je vous provoque volontairement parce que c’est la dernière chronique de l’année et on a un petit peu de temps pour la faire ensemble. Ce raisonnement il tient si les gens votent pour un parti, pour une étiquette. Mais est-ce-que lorsqu’on vote pour les municipales, on ne vote pas finalement aussi pour une personnalité, pour des gens qu’on a l’habitude de voir, que l’on connaît, que l’on croise dans la rue ou sur le terrain j’allais dire ?
Absolument, absolument. Je me rappelle très bien quand j’étais élu qu’un certain nombre de mes congénères posaient des problèmes parce que la population n’en voulait pas ou n’en voulait plus. Donc cela, cela existe tout à fait. Et à l’inverse notre attractivité, elle dépend aussi des hommes et de l’équipe, des hommes et des femmes bien sûr. Cela c’est un paramètre non négligeable en matière municipale. De ce point de vue-là, le gendre idéal de la droite peut lui aussi finalement décevoir j’allais dire ses beaux-parents électeurs, avec des bêtises comme la démolition du pont Charles De Gaulle, le massacre de la circulation du centre-ville, tout cela devant être à peu près, non pas terminé justement, mais largement dévoilé pour 2026. Et donc la cote personnelle de Robinet peut très bien se retourner contre lui quand les gens auront vu un certain nombre de bêtises qu’il est en train de commettre.
Et bien un grand merci Professeur Jacques Cohen de nous avoir éclairés. On vous retrouve tout au long de l’été sur votre blog, jhmcohen.com, et puis vous serez fidèle au poste en 2024-2025.
Je l’espère, je l’espère, d’autant plus qu’on vit une époque formidable et que donc nous voyons des choses assez ahurissantes.
Le rédacteur en chef nous a dit que votre contrat était de nouveau signé pour la saison prochaine.
Oh c’est très gentil, surtout que c’est un contrat à zéro euro, donc c’est très gentil.
A bientôt Professeur.
A bientôt, merci.