Netanyahou, de Sparte à Athènes… En passant par la Macédoine d’Alexandre.

Jhm Cohen le 19 Septembre 2025

Sur les ondes de RCF :LIEN

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Avec nous par téléphone, on a le plaisir de retrouver le Professeur Jacques Cohen pour sa chronique d’actualité. Professeur, bonjour.

Bonjour.

Merci d’être avec nous cette semaine pour revenir sur un discours de Netanyahou prononcé il y a quelques jours, où il a comparé Sparte et Athènes. Il faut bien dire, Professeur Jacques Cohen, que ce n’est pas courant de voir un dirigeant de notre époque, un contemporain de notre époque, prendre des exemples du 4ème siècle, d’autant plus en comparant Sparte et Athènes comme cela a été le cas pour Netanyahou cette semaine.

Absolument, car le fond de la pensée que Netanyahou a révélé , c’est qu’il faut compter que sur ses propres forces et il faut une cohésion nationale pour pouvoir lutter.

C’est le cas de Sparte qui était réputé pour sa force armée, et sa cohésion et les sacrifices des Spartiates dont le nom est resté à la postérité. Sans parler de Léonidas et des troupes qui se sont fait massacrer aux Thermopyles, surtout pour Netanyahou, il s’agit de rappeler qu’il faut compter sur ses propres forces et que le soutien des uns et des autres peut un jour manquer et qu’Israël doit disposer de, son point de vue, des moyens de sa politique, c’est-à-dire des armes, Et de ne pas dépendre, de devoir quémander l’autorisation d’utiliser ou pas utiliser ceci ou cela. Alors ceci fait rappeler bien sûr un certain nombre de choses parce qu’il a parlé en même temps d’Athènes. Dont le rayonnement commercial et la flotte étaient le contraire de la situation de Sparte.

Alors il parle de Sparte pour la force militaire, il a même dit super-Sparte pour dire qu’il faut avoir une force militaire largement supérieure à celle de ses ennemis.

Carte des champs gaziers du Qatar et de l’Iran Zoom pour les détails Les champs gaziers du Qatar et de l’Iran sont communs et exploités en commun.

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Bon, Netanyahou a laissé tomber le fait que Thèbes a fini par avoir la peau de Sparte, Thèbes la ville, d’Œdipe, qui elle aussi a fini par succomber quand les Macédoniens ont mis tout le monde d’accord.

C’est-à-dire quand le père d’Alexandre le Grand a commencé à envahir le reste de la Grèce à partir de la Grèce du Nord.

Le point qui est peut-être aussi une révélation sur la position de Netanyahou, c’est que finalement même s’il ne le dit pas, c’est la suprématie militaire d’Alexandre qui l’intéresse, cette suprématie militaire étant ce qui permettra les conquêtes d’Alexandre. Donc c’est aussi un point de vue important.

Mais la pensée de Netanyahou avait aussi beaucoup d’autres éléments intéressants pour nous. D’abord, il pense qu’effectivement, comme il l’avait déjà développé il n’y a pas longtemps, qu’il fallait obtenir la paix par la force, et donc il faut avoir une force largement supérieure à celle de ses ennemis pour cela. Alors évidemment, cela marche un certain temps, même les phalanges macédoniennes avec leurs longues sarisses ont fini par être battues par la tactique romaine qui était plus souple que la tactique des Macédoniens, enfin nous en reparlerons peut-être un autre jour.

Mais surtout, cette position revient aussi à rappeler en creux que finalement, Netanyahou considère que les Israéliens sont encerclés. Il considère que Doha est une planche pourrie, que Doha a joué double jeu. C’est même pour cela qu’il s’est permis d’attaquer carrément dans le Golfe à Doha même pour montrer qu’il n’était pas dupe, et que les États-Unis ont été obligés de plus ou moins de suivre.

Parce que du point de vue de Netanyahou, il y a un encerclement qui est au profit de la Chine qui joue double jeu vis-à-vis de l’Iran et du monde arabe pour permettre d’avoir une position qui sape la situation et la position forte des États-Unis. Alors évidemment, Netanyahou ne parle pas de l’Arabie Saoudite qui serait finalement son seul vrai allié, alors que les autres pays du Golfe qui jouaient à une politique de coopération et de médiation, mais en fait jouaient tout à fait dans un autre jeu, en aidant les islamistes et en aidant le Hamas.

Et pour les Chinois, c’est une façon de gêner les Américains tout en ayant en même temps un accès à un pétrole et au gaz intéressant. Donc cela c’est aussi un point important, cela veut dire qu’à long terme Netanyahou ne croit plus du tout à la position des accords d’Abraham et d’une paix durable avec des gens dont il considère qu’ils sont résolument et durablement ses ennemis, soutiens du Hamas et de l’Iran

Professeur Jacques Cohen, vous nous présentez un certain nombre de conséquences sur cette analogie, cette comparaison qu’a évoqué Netanyahou. On imagine qu’il y en a d’autres.

Il y en a d’autres, d’abord parce que Netanyahou dit cela au moment où les États-Unis annoncent le soutien indéfectible à Israël. Il doit penser que ce soutien ne sera pas un jour ou l’autre indéfectible, ou bien que la suprématie des États-Unis vit ses derniers jours, que les choses peuvent se gâter, et que donc Israël a besoin d’être indépendant si je puis dire, ce qui est une grosse nouveauté comme stratégie.

Et il vend, si j’ose dire, aussi des jours pénibles, parce que Sparte, c’est une vie austère n’est-ce pas ? Il faut faire des sacrifices et comme vous le savez, nous en finirons peut-être là-dessus tout à l’heure, il vaut peut-être mieux être ambassadeur de Sparte à Byzance que le contraire, pour ce qui est des conditions de vie.

Et point important également, cela doit montrer aussi la nécessité de l’exemple d’Athènes. Parce qu’Athènes, c’est non seulement le rayonnement culturel, mais c’est aussi le rayonnement commercial, les ports de toute la mer Égée et la flotte dont disposait Athènes, alors que Sparte justement n’avait pas de flotte. Donc c’est aussi un point important parce qu’une politique autarcique est une gageure pour Israël qui ne peut survivre qu’avec des échanges importants et une activité high-tech compétitive, car déjà l’association des high-techs israéliennes a répondu qu’ils n’avaient pas envie de redevenir des vendeurs d’oranges.

Et Netanyahou a dû un peu ramer pour dire que ce n’est pas ce qu’il avait voulu dire, qu’il disait bien qu’il fallait à la fois être Athènes, mais qu’il fallait être Sparte pour avoir une force militaire largement supérieure à celle de ses adversaires.

Donc finalement, on voit que Netanyahou a un raisonnement assez pessimiste à la fois sur l’hégémonie US qui ne devrait pas durer, à la fois sur une guerre j’allais dire durable puis une « paix par la force » et éventuellement un remodelage politique de toute la région de type protectorat israélien dans son raisonnement, qui permette de remodeler les frontières et de rendre de meilleures conditions de vie finalement à la population, aux populations y compris arabes, ce qui permettrait d’aboutir à une paix. Mais une paix basée sur les armes, comme vous le savez, c’est rarement quelque chose de stable et d’efficace, quoique l’exemple des protectorats serait peut-être une nouveauté pour un certain temps et en tout cas une moins mauvaise solution que de laisser perdurer les conflits actuels.

Jacques Cohen, vous évoquiez un raisonnement pessimiste de la part de Netanyahou. Est-ce que c’est plutôt cette fois de votre point de vue à raison, ou une sorte de parano par rapport à votre vision vous du monde et de ce qu’il se passe actuellement ?

À vrai dire, il est inéluctable que Netanyahou devienne parano à la longue, mais les paranos ont parfois raison, hélas. Et donc je crains qu’effectivement la situation ne devienne extrêmement dangereuse, sauf si Netanyahou réussit à imposer une paix militaire à toute la région, comme finalement l’avait fait Alexandre Le Grand après avoir battu Darius. Alexandre est allé loin, jusqu’à l’Hindus. Mais son empire n’a pas duré longtemps.

Et bien merci Professeur Jacques Cohen de nous avoir éclairés dans cette chronique d’actualité. Plus d’informations, cela se passe sur votre blog jhmcohen.com lorsqu’il est à jour, évidemment d’ici les prochaines heures, on n’en doute pas. A très bientôt Professeur.

Le dernier sujet est prêt, il sera mis en ligne ce soir.

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