Collision des horloges au Moyen-Orient

 JHM Cohen 28 mars 2026

 

sur les ondes de RCF LIEN https://www.rcf.fr/actualite/chronique-dactualite/embed?episodeId=671771

chronique d’actualité avec le professeur Jacques Cohen avec nous par téléphone. Bonjour.

Bonjour.

Merci d’être avec nous Jacques pour nous parler de la collision des horloges au Moyen-Orient. Que voulez-vous dire par là, Professeur ?

Et bien, il y a des acteurs qui ont des buts différents et qui ont besoin d’un temps différent pour réaliser leurs buts. Et malheureusement, les différents temps sont entrés en collision.

Le problème de Trump, c’est que le détroit reste ouvert. Le pétrole peut monter un peu, cela l’arrange même, mais pas trop, mais s’il y a des problèmes sur le gaz, cela le gêne également sérieusement. Et donc, pour Trump le problème c’est de garder le détroit ouvert.

Or, garder le détroit ouvert sous la forme d’un débarquement militaire ou d’une démonstration ou de vive force comme les Dardanelles autrefois il y a un siècle, c’est totalement déraisonnable.

Et s’il faut faire une opération beaucoup plus importante pour sécuriser la rive iranienne du Golfe, Sur une centaine de kilomètres, et bien cela ne se fait pas en 5 minutes, il faut au moins 6 mois à un an pour préparer une opération de ce genre, compte-tenu de l’imprévoyance de Trump en la matière.

Donc déjà, il y a un problème d’horloge de ce côté-là, et Trump a besoin d’amuser la galerie pour rassurer les marchés ou annoncer que cela va être fini dans les 5 minutes.

Et cette horloge-là, elle pose un problème à tous les autres partenaires, qui est qu’il est parfaitement capable de faire des cessez-le-feu, de faire des négociations, de traîner le plus possible, de traîner les pieds.

Alors qu’en face, il y a plusieurs forces qui n’ont absolument pas besoin que l’on traîne les pieds. D’abord, l’opposition iranienne ne prendra, j’allais dire d’assaut les gardiens de la révolution que s’ils savent que ce sont les 5 dernières minutes. S’il s’agit de préparer quelque chose pendant des mois et des mois, et bien ils attendront patiemment que ce soit fait.

Du côté des pays du Golfe, là aussi, maintenant que les Iraniens se sont mis à les bombarder sérieusement et que les Américains se sont avérés incapables de les protéger, ll y a une autre horloge qui est finalement extrêmement favorable à la paix, à la paix entre Israël et les pays arabes financés par les pays du Golfe.

Parce que ceux-la ils ont très bien compris, et surtout MBS, le patron en fait de l’Arabie Saoudite, a très bien compris que c’est l’occasion d’en finir. Cela va coûter cher, cela va être plus long que prévu, il y aura plus de casse, mais c’est la meilleure solution pour en finir avec les gardiens de la révolution iraniens.

Donc cela c’est déjà une chose notable, d’autant que du point de vue de l’Arabie Saoudite, c’est aussi de rappeler aux petits États du Golfe qu’ils sont à sa merci. Parce que l’Arabie Saoudite a Installé des usines de dessalage d’eau de mer décentralisées avec des capacités de résistance en cas d’attaque militaire ; les autres pays du Golfe ont des centrales de dessalage qui sont à la merci de trois missiles, et donc s’il n’y a plus d’eau 8 jours après, il n’y a plus rien, le pays n’a plus qu’à retrouver des chameaux pour évacuer. Donc de ce point de vue-là, c’est aussi voir se dessiner une puissance dominante qui sera l’Arabie Saoudite, et d’autre part les pays du Golfe qui ont tout à fait intérêt à ce que la guerre soit une vraie guerre et qu’elle aille jusqu’au bout vis-à-vis de l’Iran.

Du point de vue des Israéliens, de Netanyahu, c’est pas mal du tout. Seulement il y a un problème, c’est qu’il faut quand même une solution politique. Pour Gaza on peut là aussi, pour un problème d’horloge, la laisser en attente parce qu’il faut en finir avec le Hezbollah, que ce soit le Hamas et que ce soit après le Hezbollah au Liban.

Seulement là aussi, il faut du temps et donc il faut attendre parce que les Israéliens ne peuvent pas être au four et au moulin et s’occuper à la fois du Liban et de détruire le Hezbollah, ce qui est leur ligne actuelle. Et s’occuper de Gaza, et surtout s’occuper de la Cisjordanie pour laquelle il faut trouver une solution politique au moment précisément où les extrémistes juifs qui sont expulsionnistes. — On entend régulièrement parler de suprématisme, cela ne veut rien dire,– ils ne sont pas pour la supériorité de qui-que-ce-soit, ils sont pour expulser. Et ces gens-là sont des gens dangereux qui se sont mis à attaquer physiquement des villages arabes en Cisjordanie, ce qui n’arrange pas du tout Netanyahu ,contrairement à ce qu’on pourrait croire.

Son problème à lui, c’est qu’il ne peut pas se débarrasser de ces cinglés, parce que sa majorité parlementaire, vous savez c’est une démocratie avec un système de proportionnelle intégrale, sa majorité parlementaire n’est pas suffisante pour se débarrasser de ces individus.

Et donc il est obligé de composer avec, tant qu’il n’a pas eu un succès politique global pour l’ensemble du Moyen-Orient sur sa politique de l »a paix par la force », et d’en finir avec l’Iran, d’en finir avec le Hezbollah, etc. Il y a déjà un élément qui est très très favorable pour cela, c’est que le Qatar, prenant des bombes et des missiles, a fini par dire au Hamas que cela suffisait comme cela et qu’ils étaient priés d’arrêter. Donc il y a une possibilité de paix tout à fait raisonnable à condition que les horloges coïncident.

Les horloges israéliennes pour attaquer et détruire physiquement les gardiens de la révolution, elles sont en retard parce que le programme était prévu pour environ 6 mois. Il faut en finir avec le Hezbollah avant. Il y a les excités de colons juifs qu’il faut mettre au pas, mais Tsahal ne peut pas faire tout à la fois au point de vue politique et non pas au point de vue militaire, car Tsahal est tout à fait hostile à ces individus, mais Netanyahu donne comme consigne de ne pas y toucher pour l’instant.

Donc vous voyez que tout cela se trouve avec des horloges complètement désynchronisées alors que les pièces en fait s’assembleraient pas mal pour un Moyen-Orient complètement recomposé.

Avec les pays du Golfe s’entendant avec Israël et sous la houlette de l’Arabie Saoudite, donnant un développement économique à tout le monde, et une population arabe qui finalement reviendrait à ce qui était tout près de se produire avant l’attaque du Hamas. C’est-à-dire que de Doha payait et l’argent transitait via Israël grâce gouvernement de Netanyahu, et d’abord Gaza était en train de se développer au point de vue économique sur un véritable déversement d’argent de Doha. Il y avait également des passages de plus en plus importants de travailleurs de Gaza allant travailler en Israël, on était quand même sur des chiffres officieusement de près 100 000 personnes et beaucoup plus en fait en réalité. Donc finalement, la paix par l’économie c’était en bonne voie, sauf qu’il y avait deux choses qui s’y opposaient. L’une c’est que pour le Hamas, qui était une organisation mafieuse fonctionnant sur la pénurie et la gestion de la pénurie, tout développement économique qui détruit son système clientéliste, c’était un grand danger.

Les sondages à Gaza étaient très défavorables au Hamas juste avant que justement il ne choisisse l’escalade militaire.

Et donc cela c’était une raison, j’allais dire rationnelle du Hamas faire la guerre qui balayerait de ce développement économique.

Mais il y en avait malheureusement une autre, et c’est ce qu’on voit également en action en Iran, ce sont les fanatismes religieux. Les fanatismes religieux, c’est irréaliste, que ce soit les fanatiques des gardiens de la révolution, ceux du Hamas, ceux des extrémistes juifs qui veulent récupérer leur territoire, « historique » il faut aller jusqu’où ? Il faut aller jusqu’à Nabuchodonosor pour trouver la période d’expansion et de paix , d’ailleurs sous la houlette de ce qui allait devenir l’Iran. Donc tous ces gens-là sont perturbés par l’existence de fanatismes religieux qui sont irréalistes, qui sont illogiques et qui malheureusement gouvernent les gens par les armes et la terreur.

C’est un problème de voir que la religion est finalement un facteur de guerre considérable, quelle que soit la religion qui conduise une croisade, puisqu’il faut l’appeler comme cela, Djihad ou croisade.

Justement, Professeur Jacques Cohen, vous en parliez, vous avez surtout évoqué les horloges, vous avez terminé plutôt sur un côté de politique parfois qui sont irrationnelles. Est-ce que cela ne peut pas poser problème à terme cette irrationalité des politiques ?

C’est réellement le problème parce qu’on peut arriver à une situation satisfaisante pour tout le monde. Si Netanyahu réussit son opération militaire, il aura une majorité suffisante pour dégager les extrémistes de son camp et ainsi de suite de fil en aiguille on peut arriver à une solution politique par l’intérêt de paix par l’intermédiaire de l’économie et de l’intégration, même si Israël a d’autres problèmes majeurs avec une population arabe de près de 15% de la population, avec les extrémistes religieux également, ( on n’aura pas le temps de traiter cela aujourd’hui mais on y reviendra). Et bien, même s’il y a des difficultés tout cela pourrait, j’allais dire, s’arranger s’il n’y avait pas le caractère délirant des extrémistes religieux dans toute la région. Et ces extrémistes malheureusement j’ai bien peur qu’on finisse par les voir arriver chez nous.

Et bien merci Professeur Jacques Cohen de nous avoir éclairés dans cette chronique d’actualité, et on vous dit évidemment à très bientôt Professeur.

À bientôt.

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