Israël – Iran : du Liban à Téhéran.

Jacques HM Cohen 9 10 2024

Sur les ondes de RCF: LIEN

La chronique d’actualité avec le Professeur Jacques Cohen avec nous par téléphone, Jacques Bonjour.

Bonjour.

Et aujourd’hui, vous nous emmenez de nouveau en Iran pour nous parler de ce conflit Israël-Iran qui continue. D’ailleurs l’objet de votre chronique c’est cette question que l’on va se poser, est ce qu’on va aller du Liban à Téhéran avec des éléments de réponse que vous nous proposez, Professeur Jacques Cohen ?

Et bien, tout d’abord il faut regarder quelle est la situation. L’Iran attaque Israël par différents délégués depuis un certain temps, que ce soit les Houthis ou que ce soit surtout le Hezbollah qui en dépend étroitement au Liban, ou accessoirement via son aide au Hamas à Gaza.

Mais l’Iran a marqué un point considérable, c’est qu’il a pu attaquer le territoire israélien par deux frappes aériennes de missiles successives, même si les résultats ont été infinitésimaux, le ciel ne lui est pas tombé sur la tête. Il n’est pas tombé sur la tête des Mollahs après avoir attaqué directement Israël.

missiles gaza

Salve de missiles Un seul d’entre eux est ici intercepté dès son décollage

Il y a également une chose qui fait tic-tac, c’est comme une bombe à retardement, c’est que les Iraniens auront bientôt leur bombe atomique. Cela ne veut pas dire qu’ils s’en serviront contre Israël, parce que vous savez moi j’ai comme attitude que la bombe atomique est le commencement de la sagesse. La bombe atomique protège contre une attaque atomique, ne protège pas contre toutes les autres attaques. En revanche si les Iraniens ont explicitement une bombe, les Saoudiens iront en acheter une vite fait bien fait, et d’autres pays également, toute la région va se retrouver hérissée de missiles avec bombes. Cela existe déjà, le Pakistan et l’Inde ont tous les deux la bombe, ont réussi à mener deux guerres conventionnelles l’un contre l’autre alors qu’ils avaient déjà la bombe, et pour des pays dont on ne peut pas dire qu’ils soient particulièrement méticuleux, ordonnés, etc, et bien il ne s’est rien passé de nucléaire et les attaques conventionnelles ont été plus millimétrées qu’autrefois grâce à cette existence de la dissuasion mutuelle concernant le nucléaire.

Bon évidemment d’autres me disent que tout ce que tu dis c’est bien normal, c’est bien, c’est très bien, sauf que ça ne concerne que des gens normaux et des fous cela peut effectivement se servir d’une arme nucléaire s’ils l’ont sous la main. Ç’est une question. L’attitude des Israéliens est d’ailleurs de considérer que c’est un risque suffisant pour qu’ils ne veuillent pas le prendre.

Ils ont toujours dit qu’ils interviendront d’une façon ou d’une autre contre le programme nucléaire iranien, ils l’ont déjà fait par des sabotages.

Et là, regardez quelles sont les cibles permettant aux Israéliens de remonter le niveau de dissuasion pour que ces deux interventions sur le territoire israélien ne se reproduisent pas d’une façon ou d’une autre. Alors bien sûr, il y a ce nucléaire, mais ce n’est pas si simple que cela, parce que les Iraniens l’ont disséminé un peu partout et qu’à la limite aller disperser le matériel fissile hautement concentré, c’est pas du tout évident. Aller le récupérer c’est encore pire. Donc on ne peut guère imaginer que des opérations internes. C’est à dire non pas ce que les Iraniens attendent, c’est à dire des bombardements en tout genre, mais des opérations de sabotage ou d’intervention in situ, partant d’Iran ou partant d’ailleurs de pas très loin, d’Azerbaïdjan. Donc cela c’est déjà un sujet très délicat.

Et le deuxième sujet et cible là beaucoup plus facile, c’est de démolir les exportations pétrolières et de gaz des Iraniens. L’ennui, c’est qu’ils ont eux une possibilité de riposte qui est de détruire les capacités de l’autre rive du Golfe Persique, c’est à dire des Émirats ou de l’Arabie Saoudite. Et donc, ce qui perturbe sérieusement le commerce mondial de l’énergie, et les Américains y sont tout à fait hostiles. Donc paradoxalement, ce qui est plus facile à faire pour les Israéliens est interdit par les Américains. Donc après, il reste des opérations spectaculaires comme de tuer du personnel politique parmi les Mollahs et les gardiens de la révolution. Mais cela ne résout pas grand-chose, c’est visuel, c’est spectaculaire, mais ça ne donne pas davantage absolument décisif de dissuasion. Donc les Israéliens se préparent à faire quelque chose. Ils ont dit que cela sera surprenant. Ont-ils des farces et attrapes, comme l’affaire des pagers à une autre échelle parmi les missiles iraniens ou parmi le programme nucléaire. C’est à mon avis ce qui paraît le plus raisonnable et réaliste, c’est à dire de déclencher des dégâts qui soient cette fois-ci beaucoup plus visibles que ce qui avait eu lieu pour les centrifugeuses, de la séparation de deux isotopes d’uranium 235-238 attaquées par un virus informatique. Donc ou bien nous attendons de voir quelles sont les farces et attrapes israéliennes, ou bien nous continuons à nous demander quelle attaque plus conventionnelle les Israéliens vont-ils pratiquer pour revenir à un niveau de dissuasion qui corresponde à ce que les Iraniens n’attaquent plus directement leur territoire.

En revanche, la bataille qui est engagée, c’est la question du Liban. Je vous ai déjà dit qu’au Liban, la situation est très différente de Gaza. Il y a des solutions politiques entre les différentes factions à partir du moment où la main mise sur le pays que le Hezbollah a réalisée avec l’aide syrienne puis iranienne, sera levée par la destruction du Hezbollah, et Cela Cela paraît bien en cours et avec une perspective de sortie de restauration de l’équilibre politique libanais d’avant la prise de contrôle par le Hezbollah, qui est un objectif relativement réaliste.

Du point de vue des Iraniens, c’est un gros problème que de voir remis en cause leur accès à la mer en quelque sorte. Et leur mainmise sur le Liban, qui d’ailleurs pour être sérieusement éradiquée, implique aussi d’affaiblir considérablement la Syrie, qui est maintenant liée à l’Iran et qui pense bénéficier d’un parapluie russe. Mais là aussi, les Israéliens ont des négociations possibles avec les Russes, car leur soutien aux Ukrainiens est plus que mesuré du fait d’une vieille méfiance par rapport à la réhabilitation des collaborateurs des nazis par les Ukrainiens. Donc vous voyez que l’enjeu stratégique n’est pas réglé. L’enjeu réaliste de but de guerre d’expulser l’Iran du Liban est un objectif qui paraît en cours.

Professeur Jacques Cohen, lors de ce conflit, vous avez parlé tout à l’heure d’escalade. Est-ce que par rapport aux dégâts qui sont commis, aux traces qui restent dans le paysage, on n’est pas au-delà de l’escalade, Professeur Jacques Cohen ?

Non, hélas à Gaza peut-être, et encore Gaza ressemblera bientôt ou ressemble à Mossoul, et là c’est les Américains qui l’avaient fait. Mais au Liban, malheureusement il y a eu une guerre civile qui a tué 200-300.000 personnes, quelque chose d’énorme. En plus, les quartiers sont très séparés de façon confessionnelle ou politique ou les deux, et donc les dégâts par voie aérienne tels que les Israéliens le font actuellement, passeront très bien dans l’opinion libanaise et d’ailleurs même chez les Chiites, la base du Hezbollah, ils sont quand même libanais, donc ils ont compris qu’il faut se mettre à l’abri quand les Israéliens annoncent qu’ils vont taper à tel ou tel endroit. Regardez la destruction du quartier général où était Nasrallah, il y a moins de 100 blessés et une vingtaine de morts à peine, autrement dit tous les habitants des immeubles au-dessus qui ont été réduits en poussière s’étaient barrés à temps. Donc on n’est pas dans une situation au Liban où des dégâts majeurs d’infrastructures qui conduisent à des dégâts de population qui soit entre guillemets insupportable. C’est d’ailleurs malheureux à dire, parce que tout enfant tué est toujours épouvantable, mais quand on a une situation comme Gaza avec à peu près un civil tué par militaire, on est techniquement militairement dans une situation bien plus favorable que l’Irak où les Américains en étaient à 8-10 civils par combattants, mais c’est une question d’acceptabilité dans l’opinion publique internationale et l’effondrement du crédit d’Israël lié à ces dégâts collatéraux à Gaza est important, alors que par exemple tout le monde se moque de ce que l’on ait bien plus de morts au Soudan qu’il n’y en a jamais eu à Gaza. Là, je ne suis pas sûr que les Israéliens aient bien compris, tout du moins que le gouvernement israélien ait bien compris, que l’enjeu politique primait sur l’enjeu militaire et que de ce point de vue-là, comme je vous l’ai dit, en n’ayant pas séparé la population civile des combattants à Gaza en les évacuant, il y a une défaite politique majeure des Israéliens.

Et bien merci, Professeur Jacques Cohen, de nous avoir éclairés sur ce conflit. Évidemment et malheureusement, on aura certainement l’occasion d’en reparler. En attendant, on donne aussi rendez-vous aux auditeurs de RCF pour un peu plus de lecture sur votre blog, jhmcohen.com. A très bientôt Jacques.

À très bientôt.

Laisser un commentaire