Le détroit d’Ormuz ou les Dardanelles de Donald Trump.

Le détroit d’Ormuz ou les Dardanelles de Donald Trump.

JHM Cohen

Le vendredi 30 mars

Sur les ondes RCF : LIEN! https://www.rcf.fr/actualite/chronique-dactualite/embed?episodeId=669779

.La chronique d’actualité avec le Professeur Jacques Cohen avec nous par téléphone. Jacques, bonjour.

Bonjour

Merci d’être avec nous pour évoquer cette semaine le détroit d’Ormuz ou les Dardanelles de Donald Trump. Jacques Cohen, avant d’entrer dans le vif du sujet, on va avoir besoin d’un petit peu d’explications, j’allais dire, c’est quoi cette histoire de Dardanelles déjà ?

Et bien, c’est quasiment un anniversaire, ce sont les 101 ans de l’attaque des Dardanelles, du détroit des Dardanelles qui commande le Bosphore par les bateaux, puis les troupes françaises et anglaises pendant la Première Guerre mondiale. C’est une opération dont je peux dire tout de suite, Cela donnera moins de suspens, que ce fut un désastre franco-britannique et que c’est Winston Churchill, qui était un relativement jeune politicien à l’époque, qui a tant voulu cette opération qu’il a raté, et cela lui a quand même coûté cher pendant assez longtemps, puisqu’il était Lord de la mer à ce moment-là.

Donc, de quoi s’agit-il ? Il s’agit d’une tentative de passage en force d’un détroit. Vous savez que le détroit qui commande la mer Noire, il est double, il y a deux entrées, il y a la mer de Marmara, et les Dardanelles proprement dite, et donc l’idée était on va forcer le détroit et rentrer en mer Noire, et passer à travers Constantinople donc, pour bloquer les Turcs qui étaient alliés aux Allemands. Et cela s’est très mal passé, je peux déjà vous le dire.

La passe des Dardanelles et le detroit du Bosphore

Cela s’est très mal passé parce que cette tentative de passage  de vive force du détroit par les cuirassés anglais et français a coulé, c’est le cas de le dire, sur la présence de mines. Et les mines c’était un point extrêmement faible des cuirassés de l’époque étaient conçus pour prendre des gros obus avec un très gros blindage, mais qui étaient à peu près totalement vulnérables aux mines d’une part, et aux torpilles d’ailleurs également. Donc, les Français et les Anglais, donc Winston Churchill, ont commencé par débarquer à Gallipoli à l’entrée. Vous voyez cela vous rappelle quelque chose, Cela s’est d‘abord bien passé et puis très rapidement, quand il s’agit de passer le détroit lui-même, les forts de la côte, les forts ottomans, ont déjà commencé à taper plus sérieusement les bateaux.

Et puis Ensuite, les mines ont fait un désastre, alors que les anglo-français pensaient que leurs dragueurs de mines seraient suffisamment efficaces pour régler la question, ce qui n’était pas le cas.

Et puis après, on est rentré dans une campagne terrestre d’étape en étape, qui a commencé à coûter extrêmement cher, jusqu’à ce que l’on choisisse d’abandonner et de se replier sur Salonique. Donc cela pourrait nous rappeler quelque chose.

En effet, Donald Trump dit qu’on va prendre le détroit d’Ormuz de vive force et gare à qui s’y opposerait Grâce à la marine US au départ, on va empêcher, Qui assurer la sécurité de tout trafic maritime.

Ce n’est pas possible dans le détroit parce que le matériel a évolué depuis la Première Guerre du Golfe et des missiles ou des drones relativement bon marché peuvent, avec une portée de quelques dizaines de kilomètres, très largement empêcher d’utiliser ce détroit.

Alors Trump ne l’avait pas bien compris. Quand ses militaires lui ont dit « on n’a pas assez de bateaux, etc », il a même dit « et bien, on va prendre des alliés », et les alliés qui savaient aussi, qui probablement connaissaient l’affaire des Dardanelles, surtout pour les Anglais, lui ont dit que ce n’était peut-être pas une très très bonne idée. En fait, pour être plus sérieux, il n’est possible de sécuriser le détroit d’Ormuz qu’en mettant les pieds à terre, c’est-à-dire avec une bande de 30 ou 50 kilomètres contrôlée sur la rive Est et nord du Golfe, et il faut donc pour cela un matériel considérable. Il faut de l’artillerie avec des détecteurs de trajectoire, etc, et il faut aussi savoir aussi, Que c’est une longue côte,de plusieurs centaines de kilomètres On peut éventuellement faire un petit quelque chose autour du détroit proprement dit, mais s’il s’agit de contrôler toute la côte, c’est quand même une très grosse opération.

Justement, Professeur Jacques Cohen, je me permets, je vous interromps parce que vous parlez de contrôler l’ensemble de la côte. C’est vrai qu’aujourd’hui il semble que le pétrole arrive quand même à passer, à circuler ?

Ce sont deux choses, Différentes on va y revenir, on va y revenir. Donc la côte est longue et Cce sont donc ce sont des moyens considérables qu’il faut déployer Et la logistique étant le nerf et le secret de toutes les guerres, et les Américains n’étant pas particulièrement rapides pour ce genre de choses, il s’agit de lancer une opération qui demande au minimum 6 mois et probablement un an ou un an et demi de préparation, alors que, semble-t-il, Cela n’a pas été prévu.

Ce qui est quand même un énorme énorme défaut. Même si Napoléon disait « on se lance et on voit », ce n’est peut-être pas non plus quelque chose à recommander en permanence. D’autant plus qu’il y a plusieurs désynchronisations. Il y a la désynchronisation entre l’opération israélienne de démolition systématique de l’appareil des Gardiens de la Révolution et de ses cadres. Il y a la démolition des bases de lancement de missiles. Il y a la démolition des usines et des stocks de matériel radioactif pour la fabrication de bombes, etc. Tout Cela est un petit peu décalé et n’est pas totalement coordonné comme prévu. Donald Trump pensait qu’avec un peu de négociations en douce, on arriverait à ce que le pétrole continue à couler.

Mais justement c’est là la surprise, les Iraniens se sont mis à attaquer les pays du Golfe de l’autre rive de façon un peu sérieuse, ce qui les énerve prodigieusement. Ce qui est suicidaire parce que les pays du Golfe vont comprendre que la protection américaine ne vaut pas grand-chose et qu’il faut qu’ils comptent sur leurs propres forces et leur propre argent, et que donc ils vont se précipiter pour acheter du matériel français ou suédois, ou d’autres pays, puisque nous avons peu de temps, mais ce n’est pas les États-Unis qui sont leur réel parapluie. Donc Trump pensait à un système qui est qu’il passe quand même du pétrole quand les Iraniens sont d’accord. Mais c’est quand même très difficile sur ce tout petit détroit de faire passer des énormes tankers, en disant que les uns peuvent passer les autres pas, qu’il y a des commandants locaux qui peuvent se tromper, et donc il est très facile de transformer en énorme cocktail Molotov un pétrolier, et que à vouloir faire du sélectif, Cela finira un jour ou l’autre par mal tourner. Il y a également un autre élément, c’est qu’il existe un grand champ gazier qui est commun entre l’Iran et le Bahreïn, et que les Israéliens viennent de démolir une installation en mer correspondante, histoire de montrer qu’eux aussi ils ont des moyens de rétorsion par rapport à la persistance des bombardements sur Israël. Donc tout cela reste extrêmement tangent, avec comme résultat qu’il ne passe non pas de pétrole du tout, Certes il en passe un peu, mais qu’il n’en passe pas assez, parce que c’est quand même d’une artère à gros débit. Pour le gaz comme pour le pétrole, si j’ose dire, que ce détroit d’Ormuz et ce golfe persique, ou arabo-persique, si on veut être neutre.

Jacques Cohen, quand vous nous donnez cet exemple justement là que vous venez de citer avec Téhéran, Doha, et Israël qui a frappé justement cette poche de gaz, et que juste avant vous nous dites « à force de vouloir faire du sélectif, Cela peut mal tourner », on se demande comment Cela peut encore plus mal tourner quand même, Professeur. Cela nous fait peur.

Je ne sais pas si cela fait peur, mais enfin cela peut très mal tourner. D’abord parce qu’il peut y avoir une escalade concernant les installations pétrolières proprement dites sur les pays du Golfe. Il peut y avoir aussi Des dégâts sur, comme je vous l’ai dit, les pipes et les champs gaziers communs sur les deux rives. Il peut y avoir une destruction des infrastructures, et là les infrastructures cela met très longtemps à être réparé. Ne serait-ce déjà que de mettre des mines dérivantes dans le Golfe, c’est très compliqué d’être certain quand on les enlève, c’est très compliqué d’être certain qu’on a tout enlevé, qu’il n’y en a pas deux-trois qui continuent à se promener, deux-trois qui dérivent, qui ont cassé leur filin, etc. Lors de la Première Guerre du Golfe, il a fallu entre 6 mois et un an pour terminer le nettoyage et permettre des passages relativement sûrs. Donc vous voyez que Cela peut encore se gâter.

Et bien, merci Professeur Jacques Cohen de nous avoir éclairés dans cette chronique d’actualité, le détroit d’Ormuz ou les Dardanelles de Donald Trump. À très bientôt, Professeur. Plus d’informations, les auditeurs connaissent l’adresse, c’est sur votre blog jhmcohen.com.

À bientôt.

Le cuirassé le Bouvet coulé par une mine Le 18 mars 1915 lors de la tentative de passage en force du détroit des Dardanelles

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