Sur les ondes… le lymphome des prothèses mammaires

Chronique d’actualité enregistrée sur RCF mercredi 18 mars 2015 : http://rcf.fr/actualite/le-lymphome-des-protheses-mammaires

JPB: Question d’actualité avec vous Jacques Cohen. Alors c’est vrai qu’on retrouve là le professeur de médecine aujourd’hui, puisqu’on va parler des lymphomes liés aux prothèses mammaires

C’est une nouveauté et une grosse surprise parce qu’a priori on ne voyait pas très bien ce qui pouvait relier les deux. Il y a une épidémie d’un lymphome rare, lymphome anaplasique chez des porteuses de prothèses mammaires. C’est une épidémie mondiale. Il y a autour de 180 cas, en France il y en a 18. Il y en a eu 2 une année, puis 4, puis 8, puis 11 donc on est dans une situation de la survenue d’un phénomène inattendu. Après, la question c’est de chercher la cause.

On a déjà eu un problème pour les prothèses mammaires qui était la société PIP. Là c’était quelque chose de relativement simple. C’était une histoire de margoulin qui foutait n’importe quelle huile pas chère pour gonfler les prothèses, laquelle mangeait l’enveloppe et on se retrouvait avec une rupture et des ennuis d’inflammation et autre.

Donc on pouvait penser que la question actuelle était liée aux prothèses elles-mêmes ?

C’est certainement lié aux prothèses. Reste à trouver, puisque toutes les porteuses de ce lymphome rare sont des porteuses de prothèses. Reste à trouver quel est le lien. On n’est pas à première vue dans une situation du type PIP, puisque les choses avancent très lentement.  C’est-à-dire margoulin fabriquant n’importe quoi. Après cela peut être très compliqué parce que cela peut être lié, non pas au matériau tel qu’il est défini, mais à quelque chose qui s’est glissé subrepticement comme impureté dans le liquide ou une impureté de l’enveloppe, l’impureté d’un traitement de l’un ou de l’autre, un changement dans le mode de stérilisation etc. Tout cela est très délicat à voir.

Je vais vous donner un exemple pour un tout autre produit, c’est un produit dit de biothérapie, c’est-à-dire une molécule dont je ne peux pas vous donner plus de détails, une molécule biologique qui était fabriquée dans deux usines et mise dans des seringues. Deux usines de la même marque, une en Europe et une autre aux Etats-Unis. On a cherché abondamment dans le processus de fabrication, il n’y avait strictement aucune différence. On a pris le produit brut sorti des deux usines, on a testé là aussi, s’il pouvait être en cause ou non, puisqu’il s’agissait d’anticorps qui donnaient une inefficacité rapide du produit puis qui ensuite donnaient d’autres misères. On a cherché, on n’a rien trouvé. Et ça a duré deux ans. Au moment où la firme avait décidé tout simplement de faire une croix sur l’usine qui ne marchait pas, 2-3000 personnes dehors, je crois que c’est celle des Etats-Unis qui marchait pas, 2-3000 personnes dehors etc. un investissement industriel considérable qui partait à la casse, quelqu’un a trouvé tout simplement en regardant les reflets sur le caoutchouc des seringues. Les reflets des deux seringues n’étaient pas les mêmes. Parce que la façon de déposer le silicone qui couvrait ce caoutchouc avait changé sans qu’on y fasse gaffe. Cela ne paraissait pas quelque chose de bien important entre les deux usines. Dans un cas, il y en avait trop et des petites gouttes de silicone relâchées dans la solution s’entouraient des molécules biologiques et conduisaient à une immunisation et à une réaction contre le produit. Donc vous voyez que ça peut être très compliqué à chercher. Et pour donner un autre exemple encore plus pessimiste, pour le syndrome toxique de l’huile frelatée espagnole, on n’a jamais trouvé quelle était la substance contaminante.

ça veut dire que dans cette affaire, la prudence est quand même de rigueur. Et il ne s’agirait pas, selon vous, d’une affaire qui correspondait aux affaires que nous avons connues jusqu’ici ?

Il est très peu probable qu’on ait affaire avec quelque chose de type margoulin vulgaire j’allais dire. A l’inverse la prudence c’est aussi un problème parce qu’il faut savoir déjà faire l’inventaire du problème. On ne peut pas se mettre à retirer des centaines de milliers de prothèses si la plupart d’entre elles ne comportent aucun risque. Et donc il faut déjà au plus vite trouver à quelles prothèses est lié le syndrome. La marque, les lots etc, c’est un travail à faire. Et à partir de là, on va voir si on arrive à regrouper, à focaliser sur un suspect. A ce moment-là, on pourra éventuellement, si on est sur un seul lot, ou uniquement des prothèses posées une certaine année. On pourra à ce moment-là prendre des mesures radicales d’enlever tout cela et de voir après. Sinon, si c’est très diffus, on est très ennuyé parce qu’on est obligé de continuer à chercher. On ne peut pas prendre de mesures radicales de retrait des prothèses sur l’ensemble des prothèses sur l’ensemble des années pour un événement rare.

ça va prendre du temps ?

C’est très variable. Les affaires de genre margoulin se règlent en quelques jours ou quelques semaines. Les autres peuvent mettre beaucoup de temps et c’est toujours très inquiétant pour les patientes qui vont être toutes inquiètes tant qu’on n’aura pas focalisé pour savoir où se situe le risque.

Mais tout de même, est-ce qu’on ne risque pas, si on n’interdit pas, d’avoir des problèmes ensuite comme « bah vous voyez bien, vous saviez, vous n’avez pas interdit ? » Et que ça peut encore faire une affaire comme on en a vu quelque fois ?

C’est une préoccupation et cela oblige à la plus grande transparence d’indiquer ce qu’on sait et ce qu’on ne sait pas. Parce que l’attitude de dire qu’il faut enlever toutes les prothèses…. n’oubliez pas quand même que la majorité des prothèses sont mises non pas en agrément mais comme reconstructrices après une chirurgie pour cancer. Retirer les prothèses n’est pas toujours facile, c’est aussi psychologiquement désastreux. On ne sait même pas si les derniers modèles sont exempts de ce risque. Tout ça ne permet pas de prendre des mesures du type « faut qu’on » « y a qu’à ». Lorsqu’on saura, on saura faire. Tant qu’on ne sait pas, il est délicat de dire quoi que ce soit. Et l’attitude rétrospective de dire « vous saviez, vous n’avez pas voulu ou vous avez voulu les laisser malgré tout », ce n’est pas quelque chose de très raisonnable.

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