Iran : Les temps de la guerre
Avec nous aujourd’hui, le Professeur Jacques Cohen. Jacques Cohen, bonjour.
JHM Cohen le 24 avril 2026
Sur les ondes de RCF « https://www.rcf.fr/actualite/chronique-dactualite/embed?episodeId=680314 »
Bonjour.
Merci d’être avec nous parce que l’actualité aujourd’hui elle est marquée par l’international et par le conflit entre les États-Unis et l’Iran. Alors bien sûr, au moment où on est avec vous, les choses peuvent toujours évoluer, mais tout de même on suit, Jacques Cohen, l’information parfois avec des chaînes d’information continue qui essaient de nous faire vivre cette tragédie, parce que c’est une guerre et c’est une tragédie, comme si nous étions en direct. On n’est pas dans le temps de l’information continue. Votre chronique aujourd’hui, ce sont les temps de la guerre. La guerre, c’est un temps un peu différent de ce qu’on peut connaître.
Absolument. C’est les chaînes d’information continue et Trump qui fonctionne pareil à l’audimat a besoin de scoops deux fois par jour.
Or, les guerres, cela se passe très très différemment, parce qu’il y a des impératifs de logistique essentiels. Ce n’est pas une tragédie classique où tout doit être bouclé dans la journée, comme temps de l’action.
D’abord, il y a une première chose qui doit être frappante, c’est que d’ici 2 mois la guerre est finie, ou du moins elle est finie pour cette année dans le Golfe arabo-persique. Parce qu’au-delà de 50° au sol, on ne peut plus faire la guerre, tout simplement. Et la guerre, elle reprendra en janvier de l’année prochaine parce qu’il n’y aura pas de guerre sérieuse au sol pendant l’été, tout simplement déjà.
De même qu’autrefois, la marine à voile manœuvrait extrêmement lentement et que que les jeux étaient faits par la position des vaisseaux avant que le contact ne soit établi. Vous vous rappelez peut-être de l’affaire de Trafalgar.
Et de nos jours, on peut dire que les pétroliers ont aussi une grosse inertie, une inertie non seulement quand ils freinent si je puis dire, mais une inertie pour leurs déplacements, pour des mouvements qui leur font contourner le Cap de Bonne-Espérance. Vous voyez que c’est très long, et etc, et etc.
Et donc, on a des temps de la guerre. Il faut aussi compter que le temps d’une intervention au sol, si cela se finit comme cela, cela sera 6 mois-1 an de préparatifs minimum, et ainsi de suite. Et donc, ce que Trump a beaucoup de mal à gérer, c’est qu’ayant lancé des choses, ayant l’habitude des volte-face 5 fois par jour, la guerre pour de vrai et bien cela ne concerne pas seulement des choses où on change d’avis toutes les quelques minutes. Et donc la logique qui est lancée est une logique beaucoup plus lente et avec des impératifs.
Alors qu’est-ce qui peut se passer maintenant, Jacques Cohen, selon vous ? Parce qu’on parle actuellement que nous sommes dans l’espace d’un cessez-le-feu qui est plus ou moins repoussé, on sent qu’on essaie de négocier, mais il y a peut-être le temps de la guerre qui joue parallèlement.
Comme disait Samuel Fuller, il a pourtant fait plein de films de guerre, la guerre dans les films c’est sans arrêt, et dans la vraie vie c’est attendre longtemps puis des actions extrêmement brutales. C’est ce qui se passera, mais avec à nouveau des ruptures de rythme.
Il y a une rupture de rythme qui pourrait se produire plus vite que les autres, c’est la question du Liban-Sud. Le Hezbollah a choisi de poursuivre la guerre. Il pense qu’il peut gagner et obtenir de rester une force politique et militaire au Liban, et non pas d’être anéanti comme les Israéliens le voudraient à la façon du Hamas pour Gaza. Et il a choisi d’envoyer non seulement ses troupes, mais des gens tout simplement, la population chiite du Liban-Sud, vers le front.
Et d’ailleurs, il a choisi pour montrer sa détermination d’abattre des soldats français. Soit dit en passant, je n’ai pas entendu dire que nous avions choisi de riposter, même symboliquement, ce qui est quand même assez ennuyeux. Après l’affaire de l’immeuble Drakkar, on avait essayé quand même de faire savoir qu’on aurait pu riposter, même si on avait un peu triché en informant les Syriens de ce qui allait se passer. Et là maintenant on s’en moque éperdument, on fait des tours de piste aux Invalides et c’est tout.
Dans ces pays, la crédibilité est très importante, et la crédibilité c’est le pouvoir de nuisance. Si on ne fait rien, on aurait intérêt à rapatrier au plus vite les soldats français avant qu’ils ne servent de tir aux canards assez régulièrement. Cela, c’est un peu une parenthèse.
Mais du point de vue donc des Israéliens et du point de vue de Trump, du point de vue des Israéliens si le Hezbollah essaie d’infiltrer au-delà du Litani, du fleuve, et de chercher le contact systématiquement, les Israéliens vont être très embêtés parce qu’ils ont une supériorité considérable, mais la guérilla peut à ce moment-là, s’il n’y a pas de bombardements et d’action aérienne et de guerre chaude, peut les ennuyer considérablement avec des pertes importantes. Et donc, ils vont avoir le choix : soit ils profitent du énième épisode de rupture de cessez-le-feu pour reprendre l’affrontement avec le Hezbollah et le détruire, soit ils vont être obligés de se replier parce qu’ils ne peuvent pas accepter une guerre coûteuse au sol dans un pays montagneux, sans supériorité aérienne et bombardements massifs etc, et etc.
Et du point de vue du Liban, c’est aussi une catastrophe parce que le Liban qui avait à portée de la main de récupérer sa souveraineté, va voir s’enkyster un mouvement politico-mystico-religieux lié à l’Iran , qui atteint la Méditerranée. Et donc cela, ce sont des épisodes qui peuvent se passer très brutalement, aussi bien le repli des Israéliens, qu’au contraire de reprendre une offensive majeure en encerclant une population chiite déplacée intentionnellement par le Hezbollah qui va concerner plusieurs centaines de milliers de personnes au total.
Alors il faut dire qu’il peut y avoir des épisodes violents rapides. Vous avez parlé du Liban-Sud. Quelle peut être l’évolution de ce conflit dans les prochaines semaines ?
Bans ples prochaines semaines d’abord, somme je vous ai dit, cela va se tasser, si je puis dire, parce qu’il n’y aura pas de combat quand la température au sol va dépasser 50° en permanence. Donc cela c’est déjà une chose. Ensuite, il y a toujours ce folklore, si je puis dire, de faire passer des bateaux, d’avoir des cargaisons qui ont le droit de passer, d’autres pas, et etc, et etc. Mais cela, ce sont les épisodes de l’audimat.
Les choses sérieuses c’est que pour contrôler le Golfe, il faut contrôler la rive iranienne dans un pays montagneux là aussi, sur une profondeur d’au moins 50 à 60 kilomètres. Et donc il faut être capable de mettre des troupes au sol, et pour cela il faut un an de préparatifs. Cela ne tombe pas du ciel.
D’autant plus que les volte-face permanentes de Trump ont un inconvénient majeur, la population iranienne qui globalement déteste les Gardiens de la Révolution ne bougera pas tant qu’elle ne sera pas certaine que les Américains ne recommencent pas la plaisanterie de leur dire « allez-y, allez-y » puis de ne pas venir.
Et donc, les Iraniens ne croiront sérieux à la détermination américaine que quand il y aura des troupes au sol. Donc comme il n’y aura pas de troupes au sol avant un an, vous voyez à peu près ce que cela veut dire.
On peut dire que nous aurons sans doute l’occasion de vous retrouver, Jacques Cohen, sur ce sujet-là. On ne va pas finir d’en parler, je crois que malheureusement cela va être un sujet qui risque, vous l’avez dit en évoquant les temps de la guerre, quelque chose qui pourrait durer longtemps, à moins que les négociations débouchent à un moment donné, c’est toujours peut-être possible quand même.
Ce ne sont pas les négociations qui débouchent, ce sont les équilibres des rapports de force. Et si un équilibre stable est obtenu, on a effectivement une paix pendant longtemps. Mais là, il me paraît inéluctable que la guerre continue ou reprenne pendant longtemps parce qu’on n’est pas en Afghanistan où les enjeux économiques étaient quand même misérables.
On est dans une zone qui contrôle l’essentiel du gaz utilisé par la Chine et une bonne partie de ce que nous utilisons nous. Donc c’est une zone sensible. Et bien sûr, il serait possible d’avoir quelque chose de raisonnable comme accord, mais il faudrait que toutes les parties soient raisonnables,
Et malheureusement, comme vous savez, le fanatisme fait que chacun est persuadé que puisqu’il a raison et il il va y arriver. Et malheureusement, cela se termine la plupart du temps très mal.
Merci Jacques Cohen d’avoir été avec nous. Rappelons qu’on peut vous retrouver complètement sur votre blog bien entendu toujours disponible, jhmcohen.com
