La chronique d’actualité avec le Professeur Jacques Cohen avec nous par téléphone. Bonjour Jacques.
JHM Cohen 5 mars 2026
Sur les ondes de RCF LIEN Audio Podcast https://www.rcf.fr/actualite/chronique-dactualite/embed?episodeId=665086
Bonjour.
Merci d’être avec nous. Le titre de votre chronique aujourd’hui : Iran, l’Union soviétique, astre mort. De quoi voulez-vous nous parler exactement, Professeur ?
Et bien, l’écrasante supériorité des États-Unis et de son allié Israël dans le matraquage de l’Iran, dont on ne sait pas encore très bien si cela permettra d’éliminer les mollahs sanguinaires ou pas, mais ce n’est pas le sujet que je veux traiter pour l’instant, et bien cette énorme supériorité permet de se rappeler qu’il y a une très très grosse différence.
Par exemple, vous vous rappelez peut-être de la crise, même si vous n’étiez pas nés, de la crise de Suez, où il avait suffi d’un ultimatum soviétique pour que les Français et les Britanniques remballent leurs gaules, si je puis dire, et ne puissent pas reprendre le contrôle du canal de Suez.
Actuellement, la Russie comme successeur de plus URSS fait pâle figure. C’est-à-dire qu’on se trouve dans la situation qu’Obama avait décrite disant : la Russie est devenue une puissance régionale, et non plus une superpuissance disposant d’un veto dans différentes régions points forts où elle était implantée. Alors on le voit se réaliser par petits coups de pouce ou par coups de gommes successives. D’abord, dans toute l’Amérique latine et l’Amérique centrale, on voit le Venezuela où à un prix minimum les États-Unis dégomment le régime Maduro. On voit qu’après avoir interdit une livraison de pétrole vénézuélien à Cuba, Cuba a compris que leurs carottes sont cuites et qu’il faut marchander une sortie honorable et peut-être également quelques atouts à conserver puisqu’en échange de ne pas causer de guerre sanglante, ce que Trump appelle une OPA amicale.
Donc là on voit un grand rétrécissement de l’orbite de l’ex-union soviétique. En Iran, même chose, on a vu que Trump et ses alliés ont décidé d’un matraquage, que les autres points sur lesquels les Russes pouvaient s’appuyer dans le Golfe ne fonctionnent guère
Et et donc on a un monde où l’Union soviétique effectivement n’existe plus, et l’influence russe est très diminuée. Alors vous allez me dire, mais la question de l’Ukraine ? Et bien là, il n’est pas certain du tout que les États-Unis veuillent pousser l’avantage au-delà de ce qu’à peu près ils ont fait comme coup d’arrêt par rapport à l’invasion de l’Ukraine. Il y a bien sûr deux lignes, non seulement aux USA mais parmi les pays européens. Il y a ceux qui pensent qu’il faut ramener la Russie à ses frontières d’avant l’attaque de l’Ukraine, avec comme inconvénient que c’est quand même déjà les Occidentaux qui avaient augmenté leur zone d’influence largement en Ukraine. Et d’autre part ceux qui pensent que c’est un peu dangereux de continuer à émietter l’ex-Union soviétique, à émietter la Fédération de Russie. Parce que si elle se désagrège, Cela serait très gênant du point de vue des États-Unis. Parce qu’une énorme zone balkanique, j’allais dire, de l’ex-Yougoslavie jusqu’au Kamtchatka, en passant par tous les pays au sud de l’Afghanistan pour faire court, et tout le Caucase, Cela serait très gênant parce que les militaires US n’ont aucune envie d’être une puissance stabilisatrice sur une telle distance, et de ce point de vue-là la Russie leur est utile.
Et donc un raisonnement d’intérêt bien compris fait que pour les USA, il faut émietter l’ex-puissance soviétique, la puissance russe, ou du moins ce qu’il en reste, mais pas trop quand même.
Et donc c’est là où on a ce problème, c’est que du point de vue des USA, faire durer la guerre en Ukraine, cela a un avantage pour mettre au pas les Européens, pour fragmenter et dissocier les Européens, pour obtenir une balkanisation de l’Union européenne. Et de ce point de vue-là, c’est un intérêt commun entre les Russes et les Américains, mais qu’il ne faut pas aller plus loin.
Il ne faut pas aller plus loin dans la destruction de la Fédération de Russie. Et encore une fois, tout cela rappelle que l’Union soviétique était à des années-lumière de l’influence que Poutine voudrait reconstituer, mais dont il est très très loin de pouvoir disposer, et qu’il faut bien rappeler que les rapports de force d’hégémonie de la puissance US sont très différents, et que certains pensaient encore aux restes de l’Union soviétique comme un moyen de dissuasion et de bataille potentielle pour laquelle il fallait faire reculer les Occidentaux, et bien cela c’est fini.
Sauf que justement, les Américains ont tout à fait intérêt à ne pas laisser annihiler la Fédération de Russie et a intérêt même à s’en servir pour mettre au pas les Européens, parce que finalement pour les deux, c’est un intérêt commun que de dissocier et fragmenter l’Union européenne actuelle.
Professeur Jacques Cohen, par rapport aux éléments que vous nous présentez, est-ce pour cela que l’attitude de chacun des protagonistes de cette histoire est assez différente ? Vous nous avez déjà parlé de Donald Trump, qui est un personnage qui veut garder l’audimat comme vous l’aviez dit pour d’autres affaires évidemment, mais on le sent bien impliqué aussi dans ces conflits internationaux, et un Vladimir Poutine qui en Russie se fait tout à fait discret par rapport à la situation qui se passe en Iran, où on aurait pu effectivement l’imaginer beaucoup plus actif.
Et bien, Poutine est très sensible, très réaliste sur le rapport de force, et il sait très bien qu’il ne faut pas gesticuler quand on n’en a pas les moyens. Il ne dit rien sur Cuba, il laisse faire, à part quelques protestations sur l’Iran, et il essaye de voir là où il peut garder des billes. Il garde des billes sur la question de l’Ukraine. Il garde des billes sur la question peut-être de la Syrie et de la Turquie, parce que là aussi les Américains ne pourront pas se permettre un envahissement dans la zone d’influence instable qui est celle d’Erdogan, sans parler des problèmes du Caucase. Et donc, il peut continuer à jouer un rôle dans des systèmes ternaires, où il a des moyens de pression et de bascule, mais pas dans un système bipolaire et surtout pas contre la principale puissance mondiale, et comme il le sait et bien il fait avec.
Et Professeur Jacques Cohen, la question que l’on peut se poser aussi légitimement, c’est quelle est la place de l’Union européenne au milieu de toutes ces puissances qui s’affrontent ?
L’Union européenne elle est très ennuyée, ou elle devrait être très ennuyée, parce qu’elle a beaucoup de points de fragilité. On ne comprend d’ailleurs pas du tout à quoi rime la situation où elle essaie d’envahir au point de vue influence politique voire d’annexer la Moldavie, ce qui conduirait aussi à annexer la Transnistrie qui est une enclave russe par rapport à l’Ukraine. Donc ce sont des choses qui sont encore une avancée potentielle de l’OTAN version européenne, que les Russes peuvent choisir de bloquer, ils en ont encore les moyens. Et surtout des moyens avec l’aide des États-Unis parce que, je vous ai dit, les deux sont d’accord à museler l’agressivité européenne et à permettre que l’Union européenne, qui a des tas de fragilité, se retrouve morcelée dans un délai assez rapide. De ce point de vue-là, nous n’avons pas du tout intérêt à participer à des opérations comme la tournée qu’il y avait eu des ministres des affaires étrangères, voire même de la présidente l’Union européenne pour l’affaire de l’élection moldave.
C’est tout à fait ennuyeux, car à précipiter les choses et bien cela peut conduire Trump et Poutine à être d’accord pour nous mettre un petit peu plus la corde au cou si nous voulons faire des excentricités au-delà de ce que le rapport de force nous permet. Et de ce point de vue-là, je crois que le président Macron en fait un petit peu trop, mais on va voir comment il va s’en sortir.
Un grand merci, Professeur Jacques Cohen, de nous avoir éclairés encore une fois sur la situation internationale. Plus d’informations sur votre blog lorsqu’il sera à jour, jhmcohen.com. Promis, vous aurez la chronique dans les temps pour la mettre en ligne le plus rapidement possible.
C’est très gentil. On va rattraper la chronique précédente qui a eu quelques aléas de préparation pour la version écrite, mais on va y arriver.
À très bientôt, Professeur.
Je vous remercie.
