La chronique d’actualité avec le Professeur Jacques Cohen avec nous par téléphone. Professeur, bonjour.
Professeur JH Cohen
09/04/26
Sur les ondes de RCF LIEN: https://www.rcf.fr/actualite/chronique-dactualite/embed?episodeId=675589
Bonjour.
On a appris cette semaine un cessez-le-feu dans le conflit qui oppose plusieurs nations. Vous allez nous en parler bien évidemment, Professeur Jacques Cohen. « Plan Trump, une paix impossible », c’est d’ailleurs l’objet de votre chronique. Si l’on fait une photographie d’abord de ce qu’il s’est passé cette semaine, ces derniers jours, Professeur, que faut-il retenir ?
Et bien, Trump est, dans ses déclarations plus ou moins cohérentes, dans l’hyperbole. Ce qui le gêne beaucoup, et sa boussole, c’est le pétrole. Il faut que le pétrole puisse couler. Le pétrole et le gaz. Et pour cela, il a annoncé la manière forte de façon délirante, alors que la logique serait d’essayer de dissocier la population iranienne des Gardiens de la révolution.
Le fait de démolir des ponts, par exemple, ne présente en rien une façon d’empêcher sérieusement les Gardiens de la révolution de contrôler la population et ne peut causer que des misères aux gens, donc c’est vraiment stupide. Puis d’un seul coup, il annonce le contraire, c’est que la paix est faite ou quasiment. Dans les deux cas c’est complètement délirant, mais il y a un arrière-plan.
L’arrière-plan, c’est qu’à long terme les États-Unis n’ont pas préparé la logistique pour une vraie guerre, et qu’une vraie guerre cela prend du temps. Parce que la logistique, c’est une chose qui ne s’improvise pas et il faut 6 mois à un an pour la préparer au moins.
Et les choses n’ont pas été engagées dans le sens d’une guerre pour détruire les Gardiens de la révolution, en pensant qu’ils partiraient en miettes et que la population les chasserait. mais cela cela ne peut pas marcher aussi simplement. Parce que c’est une force d’environ 200 000 personnes, structurées, c’est une contre-société qui a des moyens financiers, qui a aussi une idéologie délirante de croisés. Et donc ce n’est pas aussi simple que ce que Trump croyait. Alors, en dehors de cet aspect, est-ce que cela peut marcher ?
L’idée c’est on laisse couler le pétrole, on file du fric à tout le monde, et on arrête la guerre sur le territoire iranien. Cela ne peut pas marcher pour plusieurs raisons.
Déjà il y a la question du Liban, parce que ce qui arrangeait les Israéliens c’était d’attendre un peu parce qu’ils n’ont pas fini de nettoyer le Hezbollah au Liban. Et de ce point de vue-là, les Européens ont une attitude qui me paraît complètement déraisonnable, qui est de penser qu’on peut maintenir le Hezbollah au Liban, tout en sachant qu’il ne se désarmera pas si la guerre sur place n’est pas terminée, et que donc les problèmes du Liban de permettre retrouver une souveraineté pour ce pays et qu’il ne soit plus dépendant d’une milice armée islamique confessionnelle délirante, etc …, c’est totalement contre-productif. La question étant que ce n’est pas tellement de faire une zone tampon ou pas, elle est de détruire la force militaire du Hezbollah est indispensable pour que l’état Libanais puissent retrouver sa souveraineté. Et que les Européens continuent à dire que ce n’est pas nécessaire, qu’on va laisser se créer une espèce de Gaza, c’est-à-dire le maintien du contrôle politique et militaire d’une population, c’est-à-dire les chiites libanais, sans permettre à l’État libanais de reprendre des couleurs, c’est totalement déraisonnable. Ensuite, donc du point de vue des Israéliens, il est utile d’avoir un peu de répit pour pouvoir continuer l’opération au Liban, mais l’ennui c’est qu’il est tout à fait probable que cette opération au Liban va être confrontée au maintien de l’activité militaire du Hezbollah, parce que c’est ce que les Iraniens vont maintenir comme pression. De même qu’ils continueront à tirer deux-trois missiles régulièrement, ce qui va faire une situation extrêmement défavorable pour Israël, qui aura du mal à intercepter tous les missiles et ce qui va représenter un moyen de pression continue de la part de l’Iran. Ensuite on va voir si les Iraniens acceptent le cessez-le-feu et acceptent d’arrêter de tirer des missiles, mais il y a fort à parier qu’ils vont continuer le petit jeu d’utiliser leur proxy du Hezbollah au Liban et de continuer un petit quelque chose de bombardements, donc d’une situation catastrophique du point de vue d’Israël.
Ce qui veut dire que la paix de ce point de vue-là a peu de chances de durer très très longtemps. De même toutes les histoires sur l’uranium, etc …, bien évidemment les Iraniens vont comme d’habitude tricher, expliquer que leur activité est pacifique et ainsi de suite, ce qui est une aimable plaisanterie. Donc, ce qui importe à Trump, c’est que le pétrole puisse couler,
Mais cela ne va pas durer très longtemps parce que même ses partenaires du Golfe, qui eux ont très bien compris qu’il faut en finir avec la puissance de l’Iran et le danger que l’Iran représente pour tous les pays du Golfe, eux ils pensent qu’il faut en finir. Et donc qu’il faut accepter que le pétrole ne coule pas pendant quelque temps et qu’on fasse la guerre. Et justement, pour faire la guerre, il n’y a pas 36 solutions, il faut de la logistique. Il faut pouvoir contrôler la rive iranienne du Golfe et pour cela il faut un corps expéditionnaire et il faut se préparer à une guerre, j’allais dire classique, exactement comme ce qu’il s’est passé en Irak de détruire Mossoul et de détruire en Syrie les poches de mouvements islamiques.
Mais tout cela, cela ne s’improvise pas, surtout quand on s’y est mal engagé. Et donc de ce point de vue-là, les militaires américains vont être un peu soulagés en disant « bon et bien maintenant on va avoir un an pour travailler et préparer des choses sérieuses ». Alors ensuite ,on aura le problème qui s’est posé pour les Israéliens à Gaza et qui a été mal géré par Netanyahou, c’est comment faire pour écarter les civils des combats.
Et donc il faut créer des zones du point de vue militaire, il faut créer des zones libérées d’un côté, il faut créer des zones où on évacue la population civile de façon à pouvoir continuer à taper sur les Gardiens de la révolution. Mais cela pour l’instant, on est très loin de créer des zones parce que cela ne peut se faire sérieusement que quand il y aura une véritable armée pour une opération de grande ampleur, et c’est tout à fait autre chose que de faire des bombardements ponctuels comme c’est fait pour l’instant. Donc la situation représente une chose : finalement les Iraniens obtiennent quelque chose, c’est-à-dire qu’ils obtiennent grâce à leur moyen de pression et leur force de dissuasion qui est le pétrole, ils obtiennent qu’on arrête de taper sur l’Iran et ils obtiennent la survie du régime et la survie des Gardiens de la révolution, c’est-à-dire la situation la plus catastrophique pour la population iranienne.
Professeur Jacques Cohen, vous nous avez parlé d’un certain nombre de partenaires. On a quand même envie d’avoir aussi un petit mot de la position des Européens. On sait que par exemple le président Emmanuel Macron avait annoncé que c’était une bonne chose de savoir qu’il y avait ce cessez-le-feu qui était annoncé au moins pour une période de 15 jours. Professeur Jacques Cohen, quelle est cette position justement de la France et de ses alliés en Europe ?
Et bien, c’est un petit peu triste car à la fois les Européens n’ont aucune puissance militaire pour influer significativement dans l’affaire, mais ils font semblant d’être très importants. Et donc ils ne sont pas pris au sérieux ni du côté américain, ni du côté iranien, ni du côté israélien. Donc c’est un petit peu dommage de ruiner sa crédibilité, surtout avec cette attitude qui est de dire qu’il faut faire cesser les combats au Liban, alors que la question qui est à portée de main, c’est de faire cesser la mainmise du Hezbollah, donc de l’Iran, par le Liban.
Et justement, Professeur Jacques Cohen, par rapport aux éléments que vous nous présentiez également, ce cessez-le-feu n’a pas, j’allais dire, une valeur de paix définitive. Pourtant Donald Trump confiait à l’AFP qu’il voyait cela comme une victoire totale et complète. On est quand même loin de la fin du conflit, Professeur, d’après les éléments que vous nous présentez.
Non seulement on est loin de la fin du conflit, mais on est loin du but de guerre, et donc la paix ne va pas durer très très longtemps. Plutôt elle va revenir à la situation précédente, c’est-à-dire les Iraniens peuvent sortir du pétrole, les Américains en sont contents et s’en contentent. Et après tous les problèmes précédents vont se reposer. Je pense que l’élément clé pour savoir si les hostilités reprennent, c’est de savoir si les Iraniens continuent à tirer des missiles régulièrement sur Israël. Je ne pense pas que les Américains puissent tolérer que la population israélienne soit toujours soumise à des bombardements et que finalement l’Iran ne le soit plus. Et donc à ce moment-là, Trump va avoir de grosses difficultés. Quant à annoncer une victoire, c’est un champion du faux-semblant et des déclarations incohérentes, donc cela n’a pas une très très grande importance, si ce n’est que comme toujours pour lui ce qui compte c’est l’image pour son électorat, même si c’est une réalité alternative, c’est-à-dire le contraire de la réalité, ce qu’il leur vend régulièrement.
Les auditeurs de RCF pourront d’ailleurs retrouver votre chronique consacrée à Donald Trump lorsque vous aviez dit qu’il voulait garder l’antenne, garder l’audimat. Merci, Professeur Jacques Cohen, de nous avoir éclairés. jhmcohen.com, c’est votre blog. À très bientôt, Professeur.
À très bientôt.
