Sur les ondes… Réforme du collège : l’enfer est pavé de bonnes intentions

Emission enregistrée sur RCF Reims mercredi 20 mai : https://rcf.fr/actualite/lenfer-est-pave-de-bonnes-intentions-0

 

JPB: Chronique d’actualité chaque semaine avec vous Jacques Cohen, bonjour Jacques. Merci d’être avec nous. Donc on est dans l’actualité puisque nous allons parler de cette fameuse réforme du collège. Le décret et l’arrêté ont été publiés au JO mercredi matin. Avant de revenir sur ce décret Jacques Cohen, peut-être un point sur le début de cette réforme. Pourquoi on en parle aujourd’hui ?

Au départ, il y a un constat, un double constat. Le constat d’une mauvaise efficacité de notre système scolaire. Une dégradation des performances comparé aux autres pays en Europe, d’une part. Et d’autre part le constat d’une différenciation importante parmi les élèves. Donc les buts de la réforme ont été d’essayer de palier ces deux familles de problèmes.

D’une part de renforcer l’enseignement des langues, d’autre part de renforcer l’enseignement en mathématique et technique, et pas seulement d’ailleurs les mathématiques pures. Tout cela ce sont des buts louables.

Le deuxième but, c’est de réduire les inégalités et la différenciation qu’il y a avec près de 15% de laissés pour compte par le système scolaire. Les solutions proposées sont sur le papier excellentes. Après cela se gâte un peu. Il y a beaucoup de modularité, de travail interdisciplinaire, de part variable, presque 20%, laissée aux établissements. Tout cela donne un potentiel considérable quand on a les enseignants pour le faire.

Je suis aussi enseignant et je préfère travailler par petits groupes, qui ne soient pas des groupes de niveau justement. Cela demande beaucoup plus d’efforts, plus de travail pour les enseignants et pour les étudiants, pour les élèves. Et tout cela peut tourner au contraire de façon très défavorable s’il n’y a pas de moyens. C’est-à-dire qu’on laisse dormir dans un coin du groupe ceux qui ne veulent rien faire. Et ainsi on se retrouve aussi à abandonner l’enseignement dur et de base. Par exemple la polémique qu’il y a sur le latin et le grec, sur les langues de l’antiquité : si on en a les moyens, l’étude de la civilisation encourage à apprendre la grammaire, à apprendre les deux langues. Mais s’il n’y a pas de moyens, on finit par faire un petit peu de civilisation façon les séries télévisées, et puis les points durs passent à la trappe.

Donc le point de départ est une très bonne intention à partir d’un constat qui est tout à fait réaliste de l’obsolescence d’un certain nombre de choses dans notre système. En revanche, après, les mises en oeuvre de toute façon ne peuvent se faire qu’avec les enseignants, et accessoirement les parents d’élèves mais surtout les enseignants. Et de ce point de vue là on ne peut pas faire une réforme contre l’Education Nationale.

Vous soulevez peut-être le point, c’est finalement de faire une réforme sans un sou ?

Effectivement c’est le principal problème. Le Président de la République a renoncé, ce n’est pas un secret, à la grand réforme fiscale qui est son domaine technique de prédilection parce qu’on ne peut pas faire de grande réforme fiscale quand on n’a pas d’argent pour mettre de l’huile dans les rouages.

L’Education Nationale est une machinerie extrêmement complexe et très lourde. Là aussi, il est périlleux de réformer sans moyens, parce qu’on est obligé de déshabiller Pierre pour habiller Paul. Evidement ça fait hurler et c’est tout à fait naturel. Donc là, il y a une difficulté dans la mise en oeuvre qui se profile.

Et il y a également le volet tactique, politicien dans cette affaire Jacques Cohen ?

Vous faîtes allusion à la parution ce matin du décret et de l’arrêté, au lendemain d’une manifestation. Et au lendemain de l’annonce par le Président de la République que l’on allait pouvoir discuter sur les modalités concrètes. Il faut voir cela comme un geste. Un geste d’affirmation de vouloir aboutir. Mais en dernière analyse, le dernier mot reste au Président de la République, et donc l’arrêté n’est pas le point ultime de la discussion.

D’autant que cet arrêté comporte des formules qui sont assez inhabituelles dans un arrêté, qui sont beaucoup plus habituelles dans une base de négociation comme l’article 8 qui dit que  » les élèves qui ont bénéficié de l’enseignement d’une langue vivante étrangère autre que l’anglais à l’école élémentaire peuvent se voir proposer de poursuivre l’enseignement de cette langue en même temps que l’enseignement de l’anglais dès la classe de sixième « . Donc il s’agit là d’une ouverture vers les classes internationales et européennes.

Mais un arrêté qui comporte le verbe « pouvoir » alors qu’il doit définir ce qui est obligatoire, ce n’est certainement la formulation ultime. Donc on peut prédire que la porte n’est pas fermée à une négociation ultérieure.

Sachant que c’est pour la rentrée 2016 ?

C’est pour la rentrée 2016. Mais les enseignants sont capables de s’adapter. Surtout s’il s’agit de maintenir ou rétablir des éléments, tout en commençant à faire d’autres choses nouvelles.

Il nous reste une toute petite minute, Jacques Cohen, on a eu la refondation de l’école primaire, là la réforme du collège, est-ce que le nouvel étage de la fusée, c’est le lycée ?

Et bien avant d’allumer le troisième étage, il faut que le deuxième soit consommé correctement, qu’il ait porté le satellite qui est au sommet à l’altitude et surtout à la bonne vitesse. Donc ce sera je pense pour plus tard. De même que le premier étage est encore perfectible.

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