Sur les ondes… Le terrorisme, l’affaire de tous

Chronique d’actualité enregistrée mercredi 22 juillet sur RCF Reims : https://rcf.fr/actualite/le-terrorisme-laffaire-de-tous

 

AV: Bonjour Jacques, aujourd’hui on va parler d’un sujet sérieux : le terrorisme. En France, en ce moment, le risque est élevé. En tout cas, c’est ce qu’on nous dit. On a également un petit peu ce sentiment notamment après ce qui s’est passé en janvier. Un point sur la situation Jacques, oui, le risque est élevé ?

Il n’y a pas de risque élevé ou moins élevé dans le terrorisme. Il faut bien distinguer deux choses : l’action militaire, qui est généralement symbolique, et l’impact politique. La lutte contre le terrorisme c’est d’abord de gagner les coeurs des gens. C’est d’isoler les terroristes.

Mao disait qu’il fallait être comme un poisson dans l’eau, eh bien il ne faut absolument pas que les terroristes aient de l’eau, qu’ils aient une population qui les soutienne. Qu’ils aient en plus des places fortes, des quartiers où ils soient hégémoniques. C’est le principal danger qu’il faut éviter. En gros, il faut éviter d’avoir la casbah de la bataille d’Alger.

Ensuite, comme c’est une bataille d’abord politique. Les actions militaires, de leur part ou les actions militaires du côté des forces de l’ordre, ont besoin d’une médiatisation variable. Il n’y a pas de règle absolue. Il peut parfois être utile de montrer que l’on peut intercepter des choses minimes ou à l’inverse, il peut être utile de laisser filer parce qu’on a infiltré, et de faire un coup de filet plus important. Il n’y a pas de règle absolue. De même qu’en terme d’impact, il peut être utile de montrer qu’on ne laisse rien passer, comme il peut être utile selon les cas de montrer qu’on est au courant de tout ou presque.

De ce point de vue là, la première chose à voir, c’est la bataille politique. Il ne faut absolument pas que les populations issues de l’immigration d’Afrique du Nord puissent être tentées d’être solidaires de ces olibrius.

Donc vous êtes en train de nous dire que le premier moyen pour combattre le terrorisme, c’est le citoyen ?

Absolument, c’est le citoyen, la cohésion de la Nation. Et pour cela, il ne faut pas employer de moyens ni militaires, ni politiques qui stigmatisent et qui séparent. Il faut faire une excision précise. Et y compris parmi les radicaux il y a souvent moyen de repêcher des gens. Il ne faut pas considérer que quiconque a approché des terroristes est irrécupérable. Là on voit par exemple une histoire d’un gamin qui a préparé un attentat me semble-t-il dans sa tête. Je ne sais pas ce que ce gamin sera dans dix ans, il faut là-dessus être à la fois très ferme sur les actions, persévérant sur le renseignement et sur la prévention y compris musclée. Mais il faut s’efforcer également de récupérer des personnes, non pas au sens retournement mais au sens exemple.

C’est très important d’avoir des exemples. Il est beaucoup plus pédagogique d’avoir quelqu’un qui est allé faire la guerre sainte en Syrie et qui revient en disant : « les mecs ça ne ressemble pas à ça, on y a cru, mais etc etc. » Donc c’est très important de récupérer des gens. Il s’agit pas non plus de considérer que quiconque y est allé n’a qu’a être tué sur place ou foutu au trou au retour. Bien évidement il ne faut pas les laisser dans la nature au retour mais il peut être important de récupérer les déçus. On a récupéré plein de déçus d’autres choses. On a récupéré les déçus du terrorisme italien qui se sont insérés, et qui ont aussi été une dose de vaccin anti-terrorisme en France dans extrême-gauche.

Bien avant, sous Pompidou, l’accueil assez large des Chiliens a aussi été une façon de rappeler qu’on n’était pas si mal en France. Et d’éviter un type de radicalisation dans les deux sens. Donc il faut aussi traiter cette population des revenants, si je puis dire, de façon nuancée et modulée. Sans avoir le moindre angélisme bien sûr, sur l’isolement qu’il faut pour les réseaux constitués ou les groupuscules actifs et prosélytes.

La radicalisation vous en parlez. On a parlé en France de la radicalisation dans les prisons, elle est réelle aussi ?

Le problème des détenus est un problème un peu insoluble. Tout le monde y a été confronté. Par exemple les Anglais y ont été confrontés par l’IRA. Il y a deux attitudes. Ou bien on dit si on les rassemble, cela leur permet d’agir ensemble. On a eu le problème en Espagne pour l’ETA. Si on les rassemble, cela leur permet d’agir. Si on les dissémine, cela leur permet de recruter. Donc il n’y a pas de solution parfaite. Néanmoins que la surveillance soit, y compris en prison, parfaitement policière c’est-à-dire de renseignement, me paraît indispensable. Si les gardiens de prison ne veulent plus ou ne veulent pas, c’est qu’ils militent directement pour des prisons spéciales. Ce qui finira par arriver si on n’a pas un niveau de surveillance suffisant dans les prisons ordinaires.

Style prison américaine, prison fédérale ?

Non, non, non, j’ai une autre image qui me vient en tête: du style Saint-Maurice l’Ardière parce que c’est là qu’il y avait un camp d’internement du temps de l’OAS.

Beaucoup plus radical…

Non parce que la plupart des gens ont fini par en sortir mais ils ont été en quelque sorte congelés pendant toute la période où ils auraient pu être nuisibles.

Merci beaucoup Jacques Cohen, peut-être un petit mot de conclusion, il nous reste 30 secondes ?

Il faut conclure par ce par quoi j’ai commencé. L’essentiel, c’est la cohésion de la Nation, d’isoler les radicaux, qu’ils n’aient pas de populations dans lesquelles ils se sentent à l’aise.

Et, une fois rejetés, comme tous les poissons sur la rive, ils auront quelques soubresauts, et après cela s’arrêtera là.

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