Sur les ondes… Jérôme Cahuzac ou les illusions perdues…

Emission enregistrée mercredi 10 février 2016 sur RCF Reims : https://rcf.fr/actualite/docteur-cahu-et-mister-zac-laffaire-cahuzac

AV:Nouveau numéro de chronique d’actualité, Jacques Cohen bonjour, on va s’intéresser à Jérôme Cahuzac aujourd’hui. On en parle bien évidement parce que le procès vient de s’ouvrir mais plutôt de Jérôme Cahuzac avant la révélation de cette affaire et de cette fraude fiscale. Qui est-il finalement ?

C’est un médecin, chirurgien « du mou », qui a toujours été quelqu’un de talentueux et travailleur. Dans le monde politique, il a commencé au cabinet de Claude Evin. Et c’est en fait lui l’auteur de la loi Evin. C’est lui qui l’a structurée et qui l’a préparée. Donc un très beau travail.

Ensuite il lui est arrivé des misères.

Il s’est retrouvé victime de la guerre, ou de la vindicte, de François Mitterrand envers Michel Rocard. Evin est parti, Rocard également, et lui, comme une personne du cabinet de C Evin, devait normalement être recasé dans un poste hospitalier et poursuivre sa carrière, j’allais dire à mi-temps, continuant à faire de la politique ou en faisant éventuellement de la consultation.

Mais il n’en était plus question. Non seulement il n’a pas eu de poste mais il a eu droit un contrôle fiscal de Michel Charasse parce que Mitterrand pourchassait les circuits financiers de Rocard. Et c’est à ce moment-là que le fameux compte avait été créé et que ce compte a résisté à la recherche de Charasse. Il avait été pris correctement si je puis dire, techniquement pour l’époque, avec un fusible à l’extrême-droite histoire de pouvoir déconnecter en cas de souci. Et il est monté à ce qui doit être l’équivalent de 3 ou 4 millions d’euros de nos jours. Et puis il est descendu. D’ailleurs, on peut noter qu’on n’a pas tellement de détails sur qui a versé, qui a repris, où c’est parti etc. Et il est resté dans les 600 000 euros qui ont dormi paisiblement pendant une dizaine d’années durant lequelles Jérôme Cahuzac n’y a guère touché. Des vacances par ci par là, mais au bout de 10 ans c’est en fait un compte dormant.

Jérôme Cahuzac avait fait de l’argent parce qu’il a ramé après cette période en faisant des ménages pour l’industrie pharmaceutique, préparant les dossier d’AMM (autorisation de mise sur le marché des médicaments), vu la connaissance qu’il en avait acquise au cabinet de Claude Evin. Il a fait un boulot, il a été payé. Donc il a été obligé de passer de l’autre côté de la barrière et c’est cela peut-être un des ressorts. Du fait qu’il ait dû changer d’orientation, changer de côté des choses, lui qui avait été intraitable avec les laboratoires, il a été obligé d’aller faire des ménages chez eux. Cela a peut-être été un déclic psychologique.

Après quoi, il fait, non plus de la chirurgie classique, mais il va faire des cheveux, comme on dit dans le milieu, c’est-à-dire qu’il va faire de la chirurgie de la calvitie, de l’implantation capillaire avec sa femme qui est dermatologue. Ils vont faire un assez bon travail puisqu’ils vont récupérer une assez grosse clientèle internationale et faire de l’argent. Qui d’ailleurs dans ce milieu là est souvent peu déclaré et va d’ailleurs transiter sur différents comptes, de ceux de sa mère à des comptes dans des paradis fiscaux anglais. Mais pas sur le fameux compte ancien dont il doit toujours considérer que ce n’est pas le sien. Et d’ailleurs c’est peut-être l’un des ressorts psychologiques de ses dénégations formelles.

Ensuite il reviendra en politique en reconstituant peu à peu un fief à Villeneuve-sur-Lot donc en retravaillant. Non pas parachuté, mais conquérant une ville. Et puis ensuite il va être à la commission des finances et il y travaille bien. Au point qu’il est remarqué par quelqu’un qui est un spécialiste des finances, c’est François Hollande, qui va le prendre comme ministre du Budget.

Et comme ministre du Budget, là aussi il travaille bien. Il travaille bien notamment à la chasse aux fraudeurs et à récupérer l’argent de la fraude fiscale. Et puis après patatras.

C’est un homme à deux visages finalement que vous nous décrivez un petit peu?

Très probablement. Il a commencé par un parcours irréprochable et il a pris des baffes injustifiées. Cela l’a peut-être conduit à une réévaluation de son rapport à la politique.

Et là aujourd’hui, le procès, la chute aux enfers finalement, sans mauvais jeu de mot ?

Il a bien évidement été lâché par tout le monde. Non pas parce qu’il avait fraudé mais parce qu’il a toujours été quelque peu cassant et surtout qu’il n’a jamais été assez ondoyant pour faire la part des choses, donner des miettes en face etc etc. Ce qui fait qu’il ne pouvait pas s’attendre à une certaine mansuétude de ses adversaires politiques ou des types qui auraient pu être ses obligés. Si comme beaucoup d’autres à sa place, il avait fait la part de ceci et cela, et gardé des moyens de pression au lieu de systématiquement déférer tous les fraudeurs etc etc.

Donc après, il s’est retrouvé dans une situation qui est à nouveau extrêmement défavorable. Parce que même comme consultant privé, il a été poursuivi par la vindicte cette fois ci de Médiapart. La seule société qui avait essayé de l’employer ouvertement a dû le lâcher alors qu’encore une fois il faisait un bon boulot. Puisque c’est quelqu’un d’intelligent et de travailleur.

Il a eu, bien sûr dans ce genre de choses, des misères familiales et personnelles. Les querelles avec son épouse ayant conduit à un beau déballage financier sur la partie « clinique des cheveux ». Tout cela est quand même relativement dur à supporter. De même que l’accueil qu’on lui a fait au palais de justice, sans aucune escorte, sans aucune protection, se retrouvant bousculé et pressé par les journalistes qui ont oublié qu’il était grand et sportif et qu’il pouvait frayer son chemin sans même donner de coups de poings, simplement en repoussant devant lui. C’est ce qui est arrivé hier. Il a simplement repoussé le type qui s’est retrouvé dans une sale position.

C’est aussi une pression qui a été mise sur lui, peut-être pas indispensable.

Les conséquences ?

Il n’y en a plus. Il est hors course. Certes en politique, tant qu’on n’a pas un pieu dans la poitrine et deux tresses d’ail autour, on peut toujours ressusciter. Mais s’il ressuscite, on pourra dire qu’il revient de loin.

 

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