Sur les ondes: notre avance nucléaire perdue…

Emission diffusée mercredi 9 mars 2016 sur RCF Reims : https://rcf.fr/actualite/fermer-fessenheim-du-nucleaire-ou-du-co

AV: Chronique d’actualité avec Jacques Cohen, bonjour Jacques, aujourd’hui nous allons parler de la fameuse centrale nucléaire de Fessenheim en Alsace. Alors, on va la fermer ?

Je crois qu’il faudrait regarder la question des centrales nucléaires non pas depuis le café du commerce comme autrefois, ni actuellement au bar des bobos où il y a moult déclarations péremptoires sur le nucléaire, mais de façon plus sérieuse.

Nous avons un parc nucléaire qui n’a jamais eu d’incident sérieux, qui assure plus des trois quarts de notre couverture électrique, avec une absence totale d’émission de CO2 ce qui nous donne un excellent classement. Nous exportons même vers l’Allemagne via la Suisse, ce qui permet aux Allemands de se passer des centrales qui sont chez nous.

Ce bilan exceptionnel et positif comporte quelques ombres pour le présent et surtout pour le futur. Il faut les regarder sérieusement plutôt que de se contenter de déclarations purement idéologiques.

Quels sont les problèmes ? L’âge des centrales. Elles étaient prévues pour 40 ans, on peut les prolonger à 50 mais il y a une facture pour cela. Et puis ensuite il y a la question du remplacement. Parce que prétendre qu’on va les remplacer par des éoliennes, c’est un petit peu rapide. On n’a pas de solution solaire miraculeuse. Et donc il faut les remplacer par des centrales nucléaires.

Or pour les générations suivantes on bute sur un problème. On a développé en France des EPR, un modèle d’EPR, un prototype qui ne marche pas bien. Donc on n’en finit pas avec celui qu’on a vendu à l’extérieur en Finlande, on a encore beaucoup de mal avec celui qui est en France. Le raisonnement initial était de dire qu’on essuie les plâtres mais qu’une fois que ce sera prêt, ce sera en grande série. Est-ce possible ? Est-ce qu’il n’y a pas de défaut de conception pour cet EPR qui, je le rappelle, était un EPR commun avec Siemens autrefois, avant que les Allemands ne le lâchent.

Et la discussion qu’il y a eu récemment, c’est « que faire pour la commande britannique » ? Donc EDF vient de dire : banco on la prend et son directeur des affaires financières dit : c’est un banco qu’on ne peut pas tenir. Non pas sur le chiffre tel qu’il est, parce que la direction d’EDF sait compter. Mais sur le risque qu’il y a que la facture, comme pour les autres, s’envole alors que le prototype ne serait pas stabilisé et ne serait pas stabilisable. Donc il est envisagé de faire un autre type de centrale en commun avec les Chinois qui représentent le principal marché. Mais ce n’est pas encore au point.

Parce que le nucléaire c’est un rythme très lent. Il faut des années de développement. De même que nous payons maintenant pour le démantèlement des centrales des générations actuelles. On paie le fait d’avoir arrêté dès 92 la recherche sur les surgénérateurs comme Phénix, Superphénix.

Ce n’est pas seulement une façon de produire de l’électricité, c’est aussi une façon de détruire les déchets en transformant les déchets à vie longue en vie courte. Là-dessus on n’est pas capable de le faire actuellement parce qu’on a cessé cette recherche depuis longtemps et, dans un contexte économique beaucoup plus délicat, on ne fait pas les investissements qui permettraient de reprendre sur cet aspect là. Et puis, au-delà, il y a encore d’autres générations qui ne sont pas développées car il y a un énorme écart entre des centrales de paillasse ou des centrales de théoriciens et un instrument industriel fiable qui marche. Et là-dessus on prend un gros retard.

Nous avions une très grosse avance, c’était même l’atout français principal. Le fait de ne pas bouger, de s’endormir sur ses lauriers, réduit notre avance. Nous avons encore de l’avance en combustibles mais en matière de chaudronnerie et de centrale globale, notre avance est en train de disparaître. Et surtout nous avons notre propre stock que nous ne savons pas très bien comment remplacer. Rénover on le sait à peu près, mais comment remplacer ultérieurement? alors là est la difficulté.

Alors Fessenheim, à cette échelle là, c’est une toute petite chose. Fessemheim c’est la plus ancienne, elle vient d’obtenir l’an dernier dix ans de prolongation de l’autorité indépendante. Il y a une sécurité supplémentaire à faire qui concerne la digue du canal d’Alsace en cas de très gros tremblement de terre car on pourrait avoir un raz-de-marée sans mer à partir du Rhin. C’est une dépense en plus. Faut-il la faire ? La question se pose en comparant les coûts si on arrête. Si nous avions une solution prête et de grande série pour remplacer cette centrale, puis d’autres, par d’autres qui seraient reparties pour 50 ans, la question serait beaucoup plus facile à résoudre que la situation actuelle d’incertitude.  Sans parler des réactions au bar des bobos.

C’est tout le monde qui réagit ! On entend aussi bien chez nous en France, qu’outre-Rhin les Allemands…

Il y a des bars et des bobos partout. Ce sont les écologistes allemands, « die Grünen », qui là aussi voudraient qu’on ferme nos centrales de proche en proche après avoir obtenu qu’on ferme les leurs, et qu’on arrête d’en faire de nouvelles. Ce qui est à mon avis une assez belle bêtise de la part de l’Allemagne qui la conduit à un dégagement de CO2, à une pollution importante, parce qu’il n’y a pas 36 solutions. Ou ils achètent de l’électricité nucléaire produite en France ou en Belgique ou bien ils font brûler du carbone. Et donc c’est beaucoup plus vilain.

Si le problème écologique principal est celui des températures, donc du CO2, de son effet de serre. A ce moment là, la seule solution sur quelques dizaines d’années comme échelle ne peut être que le nucléaire. Au delà, on verra avec Iter, ou de la fusion froide, si jamais on y arrive.. Mais enfin, pour l’instant on n’en est même pas à avoir des centrales sous critiques qui soient capables d’être montées à échelle industrielle et de production selon la théorie de Rubbia. Donc, on en est encore dans des choses très classiques. Et malheureusement il faut faire avec, parce que la réalité c’est qu’on a besoin d’électricité et que ceux qui prétendent qu’il suffirait de mettre quelques éoliennes sont, je le répète, des piliers du bar des bobos.

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