Sur les ondes…Les dernières cartouches de Mario Draghi

Emission diffusée mercredi 16 mars 16 sur RCF Reims : https://rcf.fr/actualite/bce-encore-une-vie-pour-super-mario

AV: Chronique d’actualité avec Jacques Cohen, bonjour Jacques. Aujourd’hui nous allons parler de super Mario, non pas de la figure et l’emblème des jeux vidéos mais de Mario Draghi de la banque centrale européenne. Il a annoncé l’abaissement des taux à zéro. Ils n’étaient déjà pas bien élevés. Est-ce cela ne ressemble pas à une dernière cartouche ?

C’est certainement l’une des dernières cartouches. Mais ce n’est pas le taux qui est le plus spectaculaire. Déjà il y a le taux de prise en pension, c’est-à-dire que quand on met de l’argent à la banque centrale européenne, comme les banques par exemple, elles doivent payer pour qu’on prenne leur argent. Le taux est négatif c’est-à-dire que des tas de capitaux qui brûlent les doigts peuvent être pris en pension, mais contre un intérêt négatif. Donc en payant pour qu’on vous prenne votre argent. C’est exactement le contraire d’un emprunt habituel.

Deuxième élément non négligeable : Mario Draghi a mis une énorme somme à disposition des banques à un taux de 0,25%, un taux presque nul, pour prêter aux entreprises. Et là il faut regarder un petit peu plus cette politique qui est menée.

Autrefois, on avait le frein et l’accélérateur. On freinait par la rigueur budgétaire, par le remboursement des emprunts, et on accélérait par la planche à billets ou par d’autres créations monétaires, par exemple par les obligations d’Etat.

Eh bien là, la monnaie baissait. Et si elle était gelée, comme c’est notre cas actuellement avec le système de l’euro, c’est sur les prix et sur l’inflation que les choses se ressentaient. Et sur les taux, les taux des emprunts des Etats. Chose qui existe toujours. Les Etats font des emprunts sur le marché à des taux différents. S’il s’agit, non pas de la Grèce que personne ne veut acheter , s’il s’agit de l’Italie, ou bien de la France ou de l’Allemagne, il y a ce qu’on appelle un spread, c’est-à-dire un décalage entre le taux auquel le marché achète des obligations allemandes, ou des obligations françaises ou italiennes.

Donc ces taux et ce système étaient relativement simples. On connaissait un pilotage avec le frein et l’accélérateur. Depuis plusieurs années, depuis 2008, on assiste à un phénomène étrange qui représente en quelque sorte un embrayage. Cet embrayage, on n’a pas de pied à mettre dessus. Il fonctionne tout seul et, plus exactement, il patine. C’est-à-dire qu’on peut toujours jouer sur le frein et l’accélérateur, il ne se passe rien. La voiture ne freine pas ou n’accélère pas. Parce que ses mécanismes habituels ne fonctionnent plus pour des raisons dont on va dire quelques mots tout à l’heure. Et la voiture roule sur son erre. Et sur son erre, elle est en direction de la déflation.

L’économie s’asphyxie, l’économie réelle s’asphyxie. Alors qu’est-ce c’est la déflation? C’est l’inverse de la procrastination. C’est-à-dire il vaut mieux remettre à demain ce qu’on pourra acheter moins cher demain qu’aujourd’hui. Et donc c’est quelque chose de très pervers. Une espèce de maladie de langueur qui afflige par exemple le Japon depuis 15 ans pratiquement. Qui finit normalement, avec un grand coup de planche à billets et ça repart. Un grand coup de relance et ça repart, c’est ce qui se voyait autrefois. C’est ce qu’on appelle lâcher des billets par hélicoptère. Sauf que de nos jours cela ne marche plus. Il faut s’interroger sur pourquoi. La première chose que l’on voit c’est qu’il y a un décalage entre l’économie réelle et l’économie financière.

Si les Etats sont priés de ne pas dépasser 3% de déficit etc.., les acteurs privés créent en fait de la monnaie sous forme d’emprunt, sous forme de paiement décalé de tel ou tel achat, j’essaie d’éviter les gros mots. Tout cela revient en dernière analyse à créer une énorme masse monétaire qui est gagée sur pas grand-chose. Les banques n’ayant pas de contrainte très sérieuse sur les réserves qu’elles devraient mettre en face de tout ce qu’elles prêtent ou escomptent. Devant cette économie financière en bulle de savon, les gens ont tendance à venir mettre cet argent en pension auprès des banques centrales des pays les moins à risque parce qu’il brûle les doigts, tout le monde sachant que cette bulle de savon un jour ou l’autre va claquer et que tout cet argent partira en fumée.

Dans la situation européenne actuelle, la nouveauté c’est l’argent donné aux banques parce que cela ferait très désordre de le faire directement: pour racheter des emprunts d’entreprise ou leur prêter.

Du point de vue de la banque centrale, elle ne pouvait pas le faire directement. Pourquoi ? Tout simplement parce que cela revient à du financement public direct des entreprises, ce qui risquait de poser des problèmes de compétition internationale et d’autorisation. Maintenant, la question qui va se poser, c’est d’une part » est-ce que les banques vont placer cet argent dans les entreprises ?  » Certains disent que ce sont toujours les banques qui sont responsables et qu’elles ne le feront pas. Mais ce n’est pas absolument certain. Le grand risque, c’est « est-ce que les entreprises vont se retrouver aspirées vers l’économie virtuelle par ces facilités bancaires » ou vont-elles réellement investir dans leur propre outil, dans leur propre domaine, vers l’économie réelle.

Donc là c’est effectivement une dernière cartouche de cette orientation politique de la part de Draghi pour la banque centrale européenne. Est-ce que les entreprises, ayant de l’argent à disposition à profusion, vont utiliser cet argent pour des capacités productives ou bien vont-elles être tentées par les sirènes de l’économie casino et se mettre à s’occuper d’économie financière et d’acrobaties. En délaissant peu à peu leur métier réel de production, d’économie concrète. On aura la réponse d’ici 6 mois à un an. Et si la réponse est que les sociétés, les grandes entreprises partent vers l’économie financière, ce sera un désastre en terme industriel.

Pour conclure sur une expression française, on n’est pas sorti de l’auberge ?!

Je ne sais pas encore dans quelle monnaie on paiera et surtout quel sera le prix. Si la déflation continue, il faudra payer l’addition le plus tard possible puisque ce sera moins cher.

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