Terreur de masse et assassinats individuels de policiers

Chronique d’actualité diffusée sur la radio RCF Reims mercredi 14 juin : https://rcf.fr/actualite/terreur-de-masse-et-assassinats-individuels

RCF : On va revenir sur l’attentat, l’assassinat, de ces deux fonctionnaires de police en région parisienne, imputé à Daech, ou en tout cas à une personne qui avait fait allégeance à Daech il y a trois semaines à peine. Ce qui est « intéressant » dans cette affaire, c’est que là ce ne sont pas des dizaines ou centaines de personnes qui ont été tuées, mais deux, finalement !

JHMC : Oui, et l’assassinat individuel de policiers, dans une guerre insurrectionnelle, est une tactique extrêmement efficace. Là, on a une contradiction entre à la fois un geste qui devrait être d’une tactique extrêmement efficace d’assassinat individuel des policiers, et le sacrifice de l’auteur des faits, qui est quelque chose de totalement inutile techniquement, mais qui tient à cette vocation sacrificielle des militants de Daech.

Là-dessus, on peut dire deux choses : L’assassinat de policiers dans une guerre insurrectionnelle est redoutablement efficace parce que c’est l’un des éléments qui permet une stratégie de tension qui conduit aux représailles, qui conduit à la guerre civile, qui oblige à des regroupement de protections des policiers et des choses inimaginables, qui pourtant se sont produites à de nombreuses reprises, y compris en France.

De l’autre côté, on a un aspect qui, s’il n’y avait pas mort d’hommes, pourrait être tenu pour burlesque. Pour abattre deux personnes dans leur pavillon, il suffit de ressortir après et c’est fait. Le fait de se faire « piquer » est complètement inutile. L’aspect burlesque c’est celui des Monty Python, c’est « la vie de Brian ». Un épisode de « la vie de Brian » où le Christ est en croix, les gardes sont partis au bistro. Arrive le commando qui doit le libérer, mais qui est un commando suicide et quand il arrive au pied du Christ en croix, le Christ leur dit « bien les gars, maintenant on me descend » et les gars lui disent « non, nous on est là comme commando suicide » et ils se suicident en le laissant accroché là-haut. On a un peu un aspect de ce genre, ce pathétique ridicule. En même temps qu’une action qui, si elle était reproduite dans des conditions beaucoup plus logiques, deviendrait extrêmement dangereuse.

Un premier élément, si je puis dire, de résultat de l’action de cet individu, c’est qu’il a été abattu. Un individu qui n’a même pas d’arme à feu, j’ai peine à croire qu’il soit indispensable de l’abattre. Cela est une façon de faire monter les enchères en expliquant que l’on abat les terroristes systématiquement. À Saint-Denis, on avait tiré 5 000 cartouches sur des individus qui ne disposaient que d’une ou deux armes de poing et pas de matériel lourd. Là, c’est encore plus caricatural et c’est contre-productif en termes de renseignement. C’est contre-productif, car il faut toujours écouter les délires de ces individus parce qu’ils révèlent et racontent beaucoup plus de choses qu’ils ne le voudraient.

Donc, cette escalade du genre « On les tue tous ! » est un premier résultat paradoxal de cet individu, donc de l’assassin.

Autant, peut-être sur l’action au stade de France, au mois de novembre, on parlait là d’un commando, là c’est plus un loup solitaire. Je me souviens que dans une émission vous aviez évoqué les fameux « Rantanplan »

Le « Rantanplan » c’est son comportement, c’est cette attitude d’abattre deux personnes qui sont des flics pris au hasard, qui ne sont pas des responsables importants. C’est aussi de rester sur place alors qu’il pourrait très bien avoir organisé de ne pas se faire prendre. Cela, c’est l’aspect « Rantanplan ».

Loup solitaire, pas tout à fait. Parce qu’il s’agit d’une nébuleuse de gens qui sont en contact, soit les uns avec les autres, soit avec des correspondants. Correspondants qui s’efforcent de leur faire faire des actions les plus dommageables possibles, et là on a effectivement affaire à des « Rantanplan » quand on obtient qu’une action aussi minuscule, du point de vue de ses commanditaires. Minuscule, mais politiquement très efficace, justement par la démonstration que l’on pourrait la multiplier très largement et très aisément.

Et il faut s’attendre à ça ?

C’est difficile à dire. Je ne sais pas si ces gens-là apprennent rapidement ou pas. S’ils apprennent, du point de vue des donneurs d’ordres, il y a différentes choses que l’on ne détaillera pas, qui pourraient nous faire du mal. Mais ils butent quand même pour l’instant sur l’extrême médiocrité de leurs exécutants. C’est pour cela que j’avais employé le terme de « Rantanplan ».

Une question d’ouverture, pour terminer cette émission : est-ce qu’il faut s’attendre à du changement sur la scène internationale ? Là, je fais un lien avec ce qui s’est passé aux États-Unis à Orlando.

Orlando ne change pas grand-chose, mis à part que cela rentre dans la polémique américaine sur l’autorisation de port d’arme, la réglementation, etc., mais cela ne devrait pas changer grand-chose sur la scène internationale. Ce qui peut changer plus les choses, c’est l’évolution de la situation en Syrie. C’est-à-dire si Daesh doit lâcher son territoire syrien pour se replier sur son territoire irakien, ou si au contraire Daech se retrouve intégralement comme organisation clandestine, en n’ayant plus de bases territoriales. Et de voir aussi si, oui ou non, ils sont capables d’augmenter leur niveau d’efficacité comme organisation clandestine, et pas seulement comme organisation qui contrôle un terrain, qui contrôle un territoire.

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