Le trompe-l’œil de l’âge du départ à la retraite

Chronique du vendredi 05 avril 2019

Sur les ondes de RCF: https://rcf.fr/embed/2064926

 

Jacques Cohen, bonjour !

Bonjour.

Vous avez envie de nous parler de l’âge de départ à la retraite, il est vrai que l’on entend beaucoup de choses, et pourtant, est-ce qu’il s’agit d’un trompe-l’œil ? C’est ce que nous allons essayer de décortiquer avec vous. D’ailleurs, cet âge à la retraite, ce départ, comment faut-il le décortiquer ?

Et bien, l’âge de départ à la retraite comporte un âge légal qui soit comporte la possibilité de partir avec différentes décotes soit nécessite des prérequis, c’est-à-dire un certain nombre d’années de travail. Et cela fait longtemps qu’il est difficile de partir avec 100 %. Mais il faut déjà voir que les retraites, globalement, ont beaucoup évolué de façon défavorable depuis 30 ans.

évolution retraites 2

On va peut-être commencer par cela, avant de voir l’âge de départ. Le premier à avoir fait une grosse entaille dans le contrat social, c’est Raymond Barre sous Giscard qui a déconnecté les retraites du salaire moyen. Parce que l’évolution, ce n’est pas l’indice d’inflation, c’est l’évolution des salaires qui devrait être la référence pour les retraites, et c’était le cas  jusqu’à cette époque-là, car les salaires progressent au-delà de l’inflation, de l’amélioration de la compétitivité du pays et de sa productivité. Et bien, c’est fini depuis la fin des années 70, nous sommes passés à indexer les retraites sur l’inflation, ce qui était déjà moins bien. Mais ensuite, on a commencé à tripoter un peu son indice, donc elle est nettement sous-estimée. Après on a encore pensé à quelques astuces comme de faire la réévaluation annuelle, non pas au 1er janvier, mais au 1er octobre et sans effet compensateur rétroactif. Ce qui revient tout simplement à manger les ¾ de la revalorisation de l’année, et cela chaque année. Ensuite, on a complètement gelé les retraites complémentaires depuis 2014 pour certaines et ainsi de suite.

À cela se rajoutent des allongements de durée de cotisations. On a une baisse du pouvoir d’achat des retraités qui est importante et on a déterminé qu’une fois que l’on est à la retraite, on ne peut que perdre. C’est-à-dire que si l’on part avec une retraite de cadre moyen, au bout de 15 à 20 ans, on termine avec l’équivalent du SMIC. Et si on part au SMIC, on aboutit au minimum légal et ainsi de suite.

Donc la situation des retraites est déjà, de ce point de vue, rabotée par tous les bouts.

Mais cette question d’âge est un leurre, c’est un trompe-l’œil puisque l’idée simple et simpliste, il faut se méfier des idées simples, c’est que si l’on a moins d’actifs et plus de retraités, il faut déplacer le curseur pour que les retraités ne soient pas devenus retraités, soient encore actifs, et que de ce fait, il y ait moins de retraites à payer. Alors ce raisonnement est faux par plusieurs bouts, d’abord parce que ces retraités, qu’on laisse au travail, bloquent la place pour des plus jeunes qui entreraient dans le travail. Les emplois ne sont pas extensibles à l’infini, ce n’est pas un problème de vases communicants.

C’est un bout, mais il en existe d’autres.

Deuxième problème, les retraités se décomposent entre secteur privé et secteur public. Les retraités du secteur privé préfèreraient de très loin que l’on retarde l’âge de la retraite parce qu’ils se font virer bien avant, pour dire les choses en raccourci.

Situation différente dans le secteur public ?

Oui, parce que, autant dans le privé, ils se font virer bien avant et donc, ils aimeraient bien que l’on prolonge, si on ne les virait pas, mais on les met en préretraite, en congé de stage de ceci et de cela, et donc la fraction de travailleurs du privé qui travaillent au-delà de 60 ans est infime, elle n’est pas de 5 %.

Dans la fonction publique, pour les fonctionnaires, la situation est très différente, ils restent jusqu’au bout.

Ils vont croire que l’on s’attaque à eux, les fonctionnaires, déjà hier on parlait économie et on disait qu’il fallait en supprimer quelques-uns et là aujourd’hui, vous allez nous dire qu’ils coûtent trop cher, Jacques Cohen.

Non, ils ne coûtent pas trop cher, mais les faire travailler plus longtemps coûte plus cher, contrairement à ce que l’on raconte ! Les fonctionnaires ont un glissement vieillesse – technicité qui fait que les fonctionnaires âgés coûtent plus que les jeunes, ce qui est tout à fait normal, et si on les laisse vieillir, ils vont continuer à toucher plus que les jeunes voire même continuer à gagner en vieillissement et donc, ils coûtent beaucoup plus cher que leur remplaçant beaucoup plus jeune.

Il ne peut pas apporter une touche d’expérience malgré tout ?

Indépendamment du revenu, les travailleurs plus âgés amènent leur expérience, et là, nous avons deux catégories, ceux qui ont un travail comportant des responsabilités et un niveau technique où l’expérience est importante, et ceux, si j’ose dire, qui vissent les boulons, pour prendre une formule vulgaire, et à ce moment-là, eux, ils ont au contraire le problème qu’ils s’adaptent mal aux nouveautés, à l’informatique, aux changements, etc. Donc ils coûtent plus cher à former lorsqu’il y a un changement de fonctionnement de leur poste, etc. Mais ce n’est pas tout, parce que lorsqu’ils sont plus vieux, les travailleurs, ils ont des ennuis de santé ! Et donc l’absentéisme a augmenté en France l’an dernier et quand on a regardé pourquoi, on s’est aperçu que les plus de 60 ans sont de temps en temps malades et qu’ils ne sont donc pas au travail. Donc globalement, prolonger la durée de travail dans la fonction publique coûte beaucoup plus d’argent que cela n’en économise. La ligne retraite s’en voit équilibrée, mais on le paie par ailleurs. Parce que le principal critère, c’est le coût moyen du salaire horaire en France, c’est-à-dire de l’intégration des coûts pour déterminer la productivité du travail, et donc du pays d’un côté, comparée à son coût. Si on fait travailler les vieux, malgré les apparences, cela coûte plus que de les remplacer. Évidemment, il existe une solution économiquement satisfaisante qui est de les abattre, mais pour l’instant, et heureusement d’ailleurs, personne ne propose ce genre d’extrémité.

Pour terminer rapidement, quelles sont les perspectives de l’âge de départ à la retraite ?

Alors, il y a cet aspect de leurre, ou de trompe-l’œil ou de faux semblants qui est donc un affichage, et ensuite, l’autre question qui est, simplement, celle des classes d’âge. On voit ou pas, selon les classes d’âge, un déséquilibre. Là, en l’occurrence, ce qui perturbe la situation, ce ne sont pas, contrairement à ce que l’on dit, les effectifs abondants des classes d’âge qui partent à la retraite, il va même y avoir une amélioration entre 2020 et 2025. On va entrer dans des classes d’âge moins fournies.

On est optimiste alors ?

Non, nous ne sommes pas forcément optimistes parce que ce qui perturbe les choses, c’est d’avoir un volant, si l’on peut dire, un niveau de chômage structurel très important qui fait que 10 % des gens ne sont pas employés, donc ceux-là ne contribuent pas à payer les retraites. Au contraire, on les paie à survivre. Donc c’est globalement cela qui est un problème plus délicat : nous avons une structure de la main-d’œuvre du travail qui comporte des poids morts considérables qui montrent que la société fonctionne mal. Nous n’arrivons pas à faire travailler des gens qui pourtant sont jeunes, et d’autre part, on a du mal à payer décemment les retraités sans parler du problème de la dépendance que l’on abordera une prochaine fois, et de savoir si la durée de vie va s’allonger réellement ou pas, ce qui n’est pas absolument certain.

Là encore, nous pourrions décortiquer différence homme/femme, etc., mais je pense que nous allons être pris par le temps.

Bien sûr, donc nous verrons une autre fois plus en détail pourquoi les femmes vont mourir plus vite que précédemment et pourquoi on ne sait pas encore si les hommes vont vivre plus longtemps. Les femmes après une vie de travail et avec un contingent de fumeuses important voient déjà leur espérance de vie diminuer. Mais on ne sait pas où cela s’arrêtera ! Tandis que les hommes, qui ne souffrent plus de maladies professionnelles ou d’accidents du travail, qui fument et boivent moins que leurs prédécesseurs vont vivre plus vieux. Mais dans quelle mesure, on ne sait pas encore…

Merci, Jacques Cohen, d’avoir décrypté avec nous, ce que vous avez appelé le trompe-l’œil de l’âge de départ à la retraite. À très bientôt, Jacques Cohen !

À très bientôt !

 

 

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