Rien n’a changé de Joseph et Henriette Caillaux à Benjamin Griveaux

 

Après la fuite d’une vidéo intime de B Griveaux, on entend largement dire que c’est une nouveauté et un palier grave dans l’étalage de la vie privée des hommes politiques sur la place publique.

Il n’en est rien.

Joseph Caillaux au début du XXème siècle écrivait des lettres enflammées à sa maîtresse. Lorsque l’un et l’autre auront divorcé, ils se marièrent bien avant que leurs lettres ne soient divulguées. A l’époque on écrivait, de nos jours les sms sont plus courants, et certains modernistes préfèrent filmer la preuve de leur émoi.

henriette cailleaux 2

Henriette Caillaux dans le box des accusés

Mais les fuites des documents intimes sont les mêmes. Les lettres de la future Mme Caillaux lui sont volées et finissent entre les mains du directeur du Figaro, Gaston Calmette. Via un aventurier affairiste sans doute mis en branle par les ennemis politiques de J Caillaux : Clémenceau, Barthou ou Poincaré, et par l’ambassadeur de Russie qui arrose la presse pour qu’elle mène campagne contre tous ceux qui s’opposent à la guerre qui vient.

La correspondance de J Caillaux comporte également des commentaires politiques où, auprès de sa belle, il justifie son action avec vantardise, et parfois avec cynisme sur les mensonges qu’il a estimé nécessaire de proférer.

Gaston Calmette commence début 1914 une campagne sur le thème «  les Français ont le droit de savoir ». Il publie quelques commentaires politiques. Mais considérant que contraint par ses commanditaires à faire le sale boulot, il faut le faire salement, il annonce le reste à venir distillé, en feuilleton. « il y a encore d’autres choses » aurait pu dire Juan Branco….

Mme Caillaux, dame très convenable de la bonne société, qui se souvient très bien du contenu des lettres d’amour, crues pour l’époque, s’inquiète : Gaston Calmette a déjà fait fuir la mention dans une lettre de « mille baisers partout ». J Caillaux est un spécialiste des finances et un défenseur d’ailleurs de l’impôt sur le revenu qui ne peut s’empêcher de chiffrer. Une autre lettre qui sera la seule lue à l’audience lors du procès d’Henriette Caillaux par son défenseur pour solder la pile de lettres avec l’accord du Président de la cour d’assises mentionne « mille millions de baisers sur tout ton corps. ». Du coup Henriette s’évanouira et on passera à autre chose.

Que s’est il passé ? Henriette Caillaux s’inquiète pour Joseph en lui demandant ce qu’il va faire si Gaston Calmette publie réellement leurs lettres. Elle a en fait peur d’un duel qui pourrait le mettre en danger. Pratique courante à l’époque, Même Jean Jaurès s’est battu une fois en duel !

Mais J Caillaux est d’esprit moderne autant que pratique : il a 15 ans et 20 kg de moins que Gaston Calmette. Il répond à Henriette : « j’irai lui casser la gueule ! » Ce qui catastrophe Henriette qui pense que filer une raclée au plumitif n’est pas convenable. Elle ne veut pas que son Joseph s’adonne à des mœurs d’ouvrier. Elle va acheter un pistolet. Elle se rend au Figaro, demande à voir G Calmette qui la reçoit immédiatement. Et elle l’abat sur le champ. Quatre balles sur six sont dans la cible. Qui a eu la mauvaise idée d’avancer pour la désarmer au lieu de plonger sous son bureau. Mais, préjugés anti-féministes aidant, le Jury va considérer qu’elle a tiré au hasard et sans viser. Et va l’acquitter. Avec sans doute l’arrière-pensée que Gaston Calmette l’avait un peu cherché…..

Mais le but recherché était atteint: J Caillaux avait dû démissionner de son poste de ministre pour défendre sa femme dont le procès à l’été 14 éclipsait complètement dans la presse les prodromes de la machine infernale conduisant à la première guerre mondiale.

Les instigateurs de l’opération « lettres d’amour » ne seront en rien inquiétés.

Rien n’a changé ?

Si !!

Benjamin Grivaux a bêtement renoncé à être candidat à la mairie de Paris, sans que ni sa maîtresse ni son épouse ne règlent son compte à Juan Branco, ni même être allé lui-même lui casser la gueule, ce que son allonge supérieure aurait garanti. Et Juan Branco réfugié derrière le fusible russe et son statut d’avocat échappera aux poursuites. Comme les instigateurs en amont.

Là rien n’a changé….

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