Jacques HM Cohen 8/10/20 25
sur les ondes de RCF LIEN en attente
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Comme l’actualité va vite, cette chronique du mercredi 8 octobre n’avait pas prévu la cessation des combats Gaza
je n’avais surtout pas prévu l’immense espoir de paix des diverses populations, qui a donné une chance à un plan Trump qui paraissait pourtant bien fragile. …
La chronique d’actualité cette semaine avec le Professeur Jacques Cohen avec nous par téléphone. Jacques, bonjour.
Bonjour.
Merci d’être avec nous pour évoquer le plan de paix de Trump au Proche-Orient, une paix dont personne ne veut. C’est la question que vous posez et à laquelle vous allez tenter de répondre durant les prochaines minutes, Professeur.
Et bien, c’est une paix à laquelle toutes les populations aspirent, mais qui n’intéresse aucun dirigeant, sauf Trump il faut le reconnaître,
et de ce fait le problème pour chaque dirigeant c’est comment faire capoter le plan de paix sans en apparaître le liquidateur et hélas, il y a des tas d’astuces pour y arriver, et c’est je crains ce qu’il va se passer. Car ce plan de paix a suscité un immense espoir, aussi bien dans les familles des otages que chez les Gazaouis qui voudraient que cela s’arrête pour eux aussi et qui n’arrivent pas à éviter que le Hamas continue à contrôler le territoire ou l’État, cela dépend du point de vue. Et bien, on peut revoir rapidement pourquoi les uns et les autres n’y ont pas intérêt. La première chose, c’est que les Iraniens par définition n’y ont pas intérêt, puisque leur pouvoir régional tentait de s’étendre au-delà de l’Euphrate, si j’ose dire, d’aller vers la mer. Alors ils étaient arrivés quasi à la mer à Beyrouth et puis là ils ont dû battre en retraite. Donc ils n’ont aucun intérêt à calmer le jeu puisque le régime des Mollahs ne tient que par la puissance de la répression et la pression qu’il y a à expliquer que la patrie est en danger, etc, etc. C’est une situation qui malheureusement vaut pour beaucoup de pays arabes. Des tas de pays arabe auraient tout à fait intérêt à la paix et aux accords d’Abraham et à un développement économique. Seulement pour les dirigeants, le développement économique d’accord à condition de ne pas se faire jeter ou assassiner dans les meilleurs délais.
Ce qui fait que seuls les régimes forts peuvent se permettre de voir les bénéfices de la paix. De ce point de vue-là, les Saoudiens ne sont pas trop mal placés, parce que la contestation en Arabie Saoudite elle est assez restreinte. Mais tous les autres pays arabes ont un grand danger. Il y avait le Maroc qui effectivement avait le même raisonnement, mais depuis quelques semaines et qu’il y a des troubles dans le pays, il est possible que le Maroc aussi ait besoin de l’épouvantail ou de l’affichage de l’ennemi bien commode d’Israël, et donc de ne pas vouloir gérer la paix. Les Égyptiens cela fait très longtemps qu’ils gèrent et la paix et la collaboration économique, tout en évitant d’avoir le moindre contact et flux de population, et surtout surtout de ne pas vouloir voir la population de Gaza se mettre à l’abri des combats en traversant la frontière, donc de ce point de vue-là peu de chances de voir de gros changements.
Du côté du Golfe et du Qatar, il faut bien se rendre compte aussi que le Qatar c’est le pont entre les deux rives du Golfe en quelque sorte, entre l’Iran et l’Arabie Saoudite ou le Koweït. De ce point de vue-là, ils n’ont pas intérêt non plus à perdre leur position d’intermédiaire en passant trop d’un côté ou trop de l’autre. Donc pour cela, la meilleure solution c’est le statu quo, même s’ils ont un petit peu eu la pression de la part des Israéliens du genre de celle une opération aérienne qui a été un demi-succès ou un demi-échec, mais qui au moins a marqué vis-à-vis de Doha les limites qu’Israël ne pouvait admettre. Et puis, si on revient de l’autre côté en Israël, du point de vue de Netanyahou, d’une part la guerre c’est quand même ce qui peut lui éviter des misères et lui donner une deuxième chance ou refaire le match après son échec majeur. Et d’autre part pour la droite israélienne, il s’agit, puisque Sharon avait évacué la bande de Gaza avec un résultat qui est finalement désastreux pour les Israéliens, et bien il n’y a qu’à recommencer, on vire les Gazaouis, on fait l’inverse.
Il ne s’agit plus d’abandonner quelques kibboutz, il s’agit de virer la population gazaoui pour récupérer l’intégralité du territoire de la bande de Gaza. Donc finalement tout le monde a intérêt, du moins tous les dirigeants, ont intérêt à éviter la paix, sauf bien évidemment les populations civiles d’un côté et les otages de l’autre. Alors est-ce qu’on va finir par avoir une paix à l’arraché ? Je suis, je l’avoue, un petit peu sceptique. Jusqu’à ce qu’il y ait une liquidation de la force armée du Hamas, et donc tant que les Israéliens n’arriveront pas à faire partir les populations civiles, ou ne voudront pas faire partir les populations civiles, puisque les deux problèmes existent, je crains que la situation ne reste tout à fait défavorable.
Professeur Jacques Cohen, vous avez fait un tour d’horizon des différents pays qui pourraient être impliqués dans ce conflit. Vous avez choisi une liste non-exhaustive, donc vous n’avez pas fait tous les pays, j’allais dire Professeur. Pourquoi avoir fait ces choix-là en particulier et pas de zoom sur d’autres ?
Et bien parce que l’Arabie Saoudite était d’un côté ceux qui étaient le plus engagés vers un processus de paix et de coopération économique d’un côté. De l’autre côté, l’Iran est aussi un axe qui tient par le chantage à la bombe atomique, non pas à la bombe avec des atomes mais la bombe atomique que représente le pétrole et la menace de détruire le pétrole du Golfe, qu’il soit iranien ou qu’il soit de l’autre côté. Et donc ce sont quand même les meilleurs paramètres. J’aurais pu aussi parler de l’expansion iranienne sous la forme des Houthis, et de la fermeture de fait de la mer Rouge au trafic maritime, ce qui est aussi une catastrophe pour l’Égypte. Donc il y a malheureusement beaucoup beaucoup de facettes à ce problème, et dans la plupart des cas les dirigeants n’ont aucun intérêt à ce que les choses s’arrangent, et c’est comme cela qu’on a des réfugiés de quatrième génération, voire cinquième génération, parce qu’au lieu de dire aux gens que finalement il fallait tirer un trait, c’est tellement plus simple de laisser les choses pourrir et durer indéfiniment.
Et dans ce conflit, Professeur Jacques Cohen, il y a aussi la question des otages.
Les otages eux, le Hamas est dans une situation qui là aussi va devenir tangente pour lui. Les otages, c’est la survie des dirigeants du Hamas. Mais s’il n’y a plus d’otages, il n’y a pas de survie. Ils seront liquidés vite fait bien fait, et avec un certain nombre de bavures parce que la population civile n’a toujours pas pu ou n’a toujours pas voulu, selon les cas, se sauver. Et donc jusqu’à combien d’otages survivants les Israéliens changeront de tactique ? Ou bien jusqu’à tant qu’il y a un otage vont-ils maintenir la position d’attentisme ? C’est aussi quelque chose d’incertain. On aurait pu croire que les dirigeants du Hamas auraient fini par trouver une négociation sur une porte de sortie qui va permettre de sauver leur peau, mais il est à craindre que chacun reste sur une politique du bord du gouffre et de faire durer les choses.
Et bien en tout cas, Professeur Jacques Cohen, on vous remercie de nous avoir éclairés cette semaine. Plus d’informations comme d’habitude sur votre blog lorsqu’il sera à jour, jhmcohen.com. A très bientôt.
À bientôt.
