Bonnes et mauvaises nouvelles du virus Hanta. Pour ceux qui ne sont pas virologues et ne veulent pas le devenir !
» Quand on entend ce qu’on entend et qu’on voit ce qu’on voit, on a bien raison de penser ce qu’on pense. » Pierre Dac
Professeur Jacques HM Cohen 15/05/2026
À chaque épidémie, une faune bigarrée et péremptoire, abreuve le profane d’affirmations à présupposés idéologiques, qu’il n’est pas équipé pour évaluer, critiquer, relativiser, ou au contraire prendre au sérieux..
En revenant à mes premières amours viro-immunologiques, et en retardant un peu ma chronique habituelle d’actualités géopolitiques, je vais m’efforcer d’exposer simplement les bonnes (ce sont les plus nombreuses ) et mauvaises nouvelles de l’épidémie parmi les passagers d’un bateau de croisière Hondius.
Le contexte de décès successifs parmi les passagers et l’impuissance des médecins, a bien sûr réveillé le fantasme millénaire de la peste à bord des bateaux à voile
Pour revenir aux faits, la maladie a été très vite identifiée (par les sud-africains) comme une forme rare et grave d’une maladie courante…
Le potentiel épidémique, c’est-à-dire de diffusion, ne doit pas être confondu avec la capacité de transmission interhumaine. Le profane peut croire qu’une maladie à potentiel de diffusion interhumaine va donc pouvoir s’étendre de proche en proche. Ce n’est pas le cas de la forme du Nouveau Monde du virus Hanta.
Trois des cinq foyers épidémiques retrouvés en Argentine, aux États-Unis, et en Guyane n’ont pas donné de diffusion secondaire au-delà du second patient contaminé. Un foyer a été particulièrement étudié en termes de sujets contacts, de traces sérologiques etc. sans aucune diffusion secondaire malgré une forme de maladie pulmonaire, donc à potentiel respiratoire.
La preuve la plus solide et la plus rustique et l’absence de cas parmi les soignants même lorsqu’il y a eu des patients intubés en urgence, dans des conditions forcément à risque. Le seul cas parmi les soignants (on dit de façon pédante nosocomial) est une contamination au laboratoire.
Pourquoi cette bonne nouvelle ?
Par ce que nous ne sommes pas l’hôte habituel ce virus. La stabilité et la virulence d’un virus sont un produit complexe entre son hôte, chez qui il prolifère, et l’environnement. Par exemple, le bacille de la peste a fait disparaître d’Europe le rat noir qui ont mourait trop facilement au profit du rat brun d’origine scandinave, devenu hégémonique en Europe.
Comme la vraie vie est toujours plus compliquée qu’une démonstration mono factorielle, on peut ajouter dans le cas de la peste qu’il y avait un troisième facteur: la puce. À la mort du rat noir ses puces contaminées se sauvaient des cadavres et infectaient les humains donnant un caractère explosif aux bouffées épidémiques de peste.
On peut noter, concernant le Hanta, que les hôtes du Nouveau Monde ne sont pas des rats bruns. En Argentine c’est une espèce locale, chétive mais à très longue queue. Mais ce n’est pas celle qui a été retrouvée en Guyane et aux États-Unis.
Le souches virales sont variées entre nouveau et ancien monde, mais stables dans un écosystème donné… si les rats n’ont pas la bougeotte !.
Les virologues du Kamtchatka https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38739651/ ont pu ainsi trouver des souches variées, provenant de la rivière Hantan en Corée, mais aussi du Cambodge et du Vietnam, suivant les flux commerciaux maritimes.
Une bonne nouvelle. Toutes les analyses de souche dans le monde montrent des isolats homogènes et donc que ce virus mute très peu.
Une autre bonne nouvelle : dans le Nouveau Monde, ce virus tue très peu
Même s’il demande parfois quelques semaines de dialyse rénale. En revanche sa mortalité pour les souches du Nouveau Monde atteint facilement 30 %. L’incubation est longue de plus d’un mois, ce qui peut permettre des quarantaines efficaces. On a l’impression d’une participation immuno allergique aux signes cliniques avec une hyper éosinophilie et surtout une dégradation très brutale de l’état pulmonaire au bout d’une à deux semaines. Au moment où on pense le malade presque tiré l’affaire, s’installe une détresse respiratoire aiguë, nécessitant une assistance respiratoire avec circulation extracorporelle. Cette réanimation lourde est elle-même grevée de près de 30 % de mortalité..
Où trouve-t-on du Hanta en Europe et plus particulièrement en France ?
On en trouve partout où il y a des rats, qui sont dans notre pays des rats bruns.
Si les cas humains sont banaux dans le nord-est, on n’en a trouvé jusqu’à Deauville, dans une ferme en Côte-d’Or. Et en pleine ville au parc de la Tête-d’Or à Lyon.
Un bémol en Europe : la souche TULA trouvée en Allemagne, en République tchèque et vers Dijon. Plus méchante que la souche SEOUL habituelle.
Les infections par le virus Hanta sont-elles en augmentation?
Si le nombre de cas ne paraît pas en très forte augmentation, les territoires concernés en France paraissaient s’étendre.
On incrimine par conformisme incantatoire, le changement climatique. Mais la pullulation des rats en milieu urbain du fait du gaspillage alimentaire croissant, la raréfaction du ramassage des poubelles du fait du tri sélectif, et tout simplement de la disparition des campagnes de dératisation paraissent des causes bien plus probables. Il
faut insister sur l’importance de la réduction du réservoir murin en milieu urbain, dont on peut prédire, bien plus que des cas sporadique de Hanta, de futures épidémies de leptospirose.
Il faut sans doute y adjoindre une dégradation des conditions d’hygiène dont la diminution du lavage des mains, très efficaces pour une maladie de contact. Le cas de Côte-d’Or avait visité une grange et ne s’était pas lavé les mains sortant de celle-ci. Le cas de Deauville avait remarqué des crottes de rat dans le lieu de stockage de la canette de boisson qu’il avait pourtant ouverte sans lavage particulier.
https://www.santepubliquefrance.fr/hantavirus/donnees
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38739651/
C’est en 1933, dans ses leçons au collège de France que Charles Nicole a résumé son expérience et sa philosophie des maladies infectieuses dans son ouvrage « le destin des maladies infectieuses »
On peut rappeler que Charles Nicole, qui découvrit entre autres, le toxoplasme, est devenu directeur de l’institut Pasteur de Tunis après s’être fait jeter de Rouen,… dont le CHU porte aujourd’hui son nom !
Il y aura des maladies infectieuses nouvelles
Les essais de la nature dans la voie de la création de maladies infectieuses nouvel.les sont aussi constants qu’ordinairement vains. Ce qui s’est passé aux époques anciennes où, par exception, la nature a réussi un essai, se répète à tous les instants présents et se répétera de même toujours.
Il y aura donc des maladies nouvelles. C’est un fait fatal. Un autre fait, aussi fatal, est que nous ne saurons jamais les dépister dès leur origine. Lorsque nous aurons notion de ces maladies, elles seront déjà toutes formées, adultes pourrait-on dire. Elles apparaîtront comme Athéna parut, sortant tout armée du cerveau de Zeus. Comment les reconnaîtrions-nous ces maladies nouvelles, comment soupçonnerions-nous leur existence ayant qu’elles aient revêtu leur costume de symptômes ? Il faut aussi bien se résigner à l’ignorance des premiers cas évidents. Ils seront méconnus, confondus avec des maladies déjà existantes, et ce n’est qu’après une longue période de tâtonnements qu’on dégagera le nouveau type pathologique du tableau des affections déjà classées.
Pour qu’on la reconnaisse plus vite, il faudrait que l’infection nouvelle soit d’importation exotique et douée d’un pouvoir marqué de contagiosité, telle autrefois la syphilis à son débarquement en Europe. Le monde est devenu trop petit,pour que cette hypothèse se réalise et, d’ailleurs, il ne s’agirait pas, dans ce cas, d’une maladie inédite. Quant à saisir le mal lors de ses premiers essais, la chose est irréalisable. Le secret restera fermé à nos investigations.
Il y aura donc des maladies nouvelles, et nous n’en saurons pas plus sur la naissance de ces maladies que sur l’origine première de celles dont nous souffrons aujourd’hui et dont certaines sont plus vieilles que l’histoire
https://www.santepubliquefrance.fr/hantavirus/donnees
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38739651/
Cartographie des rats infectés du parc de la Tête-d’Or à Lyon.

