Dans la rue samedi 24 octobre 2026 : Le jour de vérité !
JHM Cohen, 22/10/2026
Sur les ondes de RCF, lien « https://www.rcf.fr/actualite/chronique-dactualite/embed?episodeId=723412 »
Alexis
La chronique d’actualité, avec le professeur Jacques Cohen avec nous par téléphone. Professeur, bonjour.
Jacques Cohen
Bonjour.
Alexis
Et après les événements de la semaine dernière, aujourd’hui nous allons essayer de regarder ce qui peut se passer dans la rue ce samedi 24 octobre, le jour de vérité. Pourquoi, professeur, vous l’appelez comme cela, le jour de vérité, ce samedi 24 octobre ?
Jacques Cohen
Alors, ce sera le jour de vérité si, de part et d’autre, les politiques continuent la surenchère qu’on a entendue ce matin. Que s’est-il passé ? LFI d’un côté, donc c’est Mathilde Panot qui annonçait que, avec quelques contorsions, elle manifesterait, même si c’était interdit. Et de l’autre côté, le gouvernement a annoncé que, là où c’est interdit, cela sera réprimé. Donc on est dans la situation de se préparer à une épreuve de force réciproque.
Et puis, il y a des troisièmes partenaires : c’est la question des pillard en tout genre, et de savoir comment les contrôler. Bien sûr, s’il y a à nouveau des manifestants nombreux qui ne respectent pas les chemins prévus, etc., tous ces lieux où c’est interdit de manifester, tout cela va se télescoper redoutablement. En plus, la solution, semble-t-il, choisie du côté forces de l’ordre, c’est de mettre le maximum de monde dans la rue, y compris ceux qui ne font pas de maintien de l’ordre d’habitude, ce qui est très dangereux, parce qu’ils ne sont pas habitués. Et donc, à la moindre situation périlleuse pour eux, ils risquent de tirer ou des choses comme cela.
Donc chacun fait monter les enchères, avec comme résultat : si cela se passe mal, cela sera la faute de l’autre.
Quelle est la réelle pensée pour LFI ? C’est de vouloir une épreuve de force, de stratégie de tension, c’est-à-dire de vouloir que les élections se passent dans une situation de crise institutionnelle : le gouvernement ne fonctionne pas, il n’y aura pas moyen de gouverner , ou si possible même on le fait démissionner, le président aussi tant qu’on y est, ce qui serait la seule solution pour activer les choses au plus vite. Vous savez qu’en cas de démission du président, les élections se passent très, très vite, je crois que c’est de 3 semaines à 35 jours
Donc une stratégie de tension, que l’on voit aussi avec, si j’ose dire, des partenaires un petit peu indéterminés. Les fameux anarchistes, dont on ne sait pas très bien qui c’est en fait. Les gens d’ingérence extérieure. Il ne faut pas négliger que cela doit exister quand même aussi, que ce soit des ingérences russes, des ingérences américaines, tout cela est tout à fait possible, voire même de certains services d’autres pays. Il n’y a pas que les superpuissances qui peuvent aussi être tentées de mettre quelques gouttes d’huile sur le feu.
Donc tout cela, c’est quand même une situation périlleuse. Et donc on va savoir très, très vite s’il y a désescalade, c’est-à-dire, c’est le cas de le dire, entre LFI d’un côté et le gouvernement de l’autre, ou si chacun fait monter les enchères en considérant que c’est l’autre qui paiera la facture politique si les choses tournent mal.
On peut d’ailleurs ajouter encore un autre paramètre, c’est que les commerçants qui ont été, j’allais dire, des citoyens exemplaires et disciplinés, personne n’ayant tiré dans le tas, risquent de se fâcher si cela recommence un peu trop souvent. Et donc on peut aussi y avoir quelques bavures.
Alors, au point de vue maintien de l’ordre, on a également des mesures qui ne peuvent pas être faites de façon immédiate. Tout ce que j’ai expliqué la semaine dernière sur les drones et le taggage des manifestants.
Alexis
C’était même cette semaine, professeur, c’était en début de semaine, c’était mardi.
Jacques Cohen
C’est vrai, c’est passé mardi. Donc tout cela, tout ce que j’ai expliqué, ce sont des choses qui seront à développer, mais qui ne peuvent pas se mettre en place instantanément.
En revanche, ce qui peut se mettre instantanément en place, par rapport aux pillages, c’est une vieille méthode policière qu’on a oubliée, c’est celle des barrages.
Malheureusement, c’était très fréquent pendant la Seconde Guerre mondiale, pour intercepter les gens au coin d’une rue, en barrant la rue, ou dans une station de métro, ou à la sortie du métro. Et puis cela a continué, on l’a oublié, mais cela s’est fait pendant la guerre d’Algérie, cela s’est fait contre l’OAS, jusqu’en 62. Cela consiste à avoir des forces de l’ordre qui empêchent tout le monde de passer à un endroit donné, qui fouillent les gens.
Si par hasard ils ont des choses, soit pour de mauvaises actions en préparation, soit parce qu’ils ont piqué des tas de trucs qu’ils ont dans plein les poches, à ce moment-là, les gens se font arrêter. Alors, soit cela se passe en douceur s’ils sont d’accord, et puis de toute façon, les barrages, cela se fait aussi avec un effectif suffisant pour coincer les gens.
Alors, à l’époque, on ne coinçait pas les gens en leur demandant de rester sagement à un endroit donné, et puis en les tenant simplement. Malheureusement, à l’époque, ou heureusement, je ne sais plus, à l’époque, la police, elle cognait. Vous avez vu, j’ai mis une photo, justement, dans mon dernier post, rappelant que même en mai 68, les flics tapaient encore assez dur à la matraque.
Jacques Cohen
Et donc, les barrages, ce sont des barrages dissuasifs et d’intervention s’il y en a besoin. Alors, si en face il n’y a que des pillards isolés, qui ont essayé de se sauver, puis qui sont interceptés dans leur fuite, les choses fonctionnent assez bien. Sinon, justement, ils se retrouvent non pas dans la nasse, mais dans le piège, et les affrontements peuvent être violents, mais bref, si j’ose dire, parce qu’il n’y a plus de masse de manifestants « normaux », de manifestants pacifiques, lorsqu’il y a barrage.
Jacques Cohen
Donc, si on en vient là, je crois que la seule solution contre les pillages, ce sont les barrages surprise et le filtrage in situ. Mais là aussi, il y a des risques un peu sérieux d’affrontements, plus ou moins bien contrôlés, parce qu’on n’a quasiment plus de forces de l’ordre qui sachent faire cela. On verra bien, si je puis dire.
Jacques Cohen
Donc, le risque, c’est l’escalade allant jusqu’à la crise institutionnelle. Qui, en plus, a un autre parfum, c’est que le spread, comme on dit, c’est-à-dire les taux d’intérêt français, la crédibilité de la France sur les marchés continue à se dégrader. Quoique, il faut reconnaître que le président Macron est allé faire un peu de commerce dans le Golfe, et que cela, cela peut quand même ramener pas mal de financements qui nous seront utiles.
Alexis
Professeur Jacques Cohen, vous êtes notamment revenu aujourd’hui dans cette chronique, en lien avec ce que vous nous racontiez en début de semaine sur les différents moyens d’agir pour les forces de l’ordre, mais vous avez aussi lié cela à ce bras de fer politique qui est lancé entre les différents partis.
Alexis
Et parmi les hypothèses évoquées, vous avez dit que certains pourraient chercher la démission du président Emmanuel Macron pour peut-être anticiper une élection présidentielle assez rapidement. Est-ce que c’est une hypothèse qui paraît crédible aujourd’hui ?
Jacques Cohen
Elle est crédible, à ceci près que le président a dit qu’il ne démissionnerait pas, ce qui est une façon de faire monter les enchères. Mais il peut être absolument coincé, parce que si le gouvernement tombe, et cela, cela va dépendre donc de la volonté ou pas, en dernière analyse, de l’extrême droite du RN, de faire tomber ou pas, puisque LFI ne peut pas y arriver toute seule, on va voir ce qui va se passer.
Et c’est une éventualité que la stratégie de tension soit menée de part et d’autre, parce que du point de vue de l’extrême droite, c’est une façon de gérer l’insécurité et d’expliquer qu’ils sont le seul recours pour l’ordre. Et de l’autre côté, LFI a comme raisonnement de renforcer là aussi sa position comme le seul rempart contre l’extrême droite, parce qu’il faut arriver à obtenir l’accord syndical, ce que jusqu’à présent LFI n’avait pas, qui lui assurerait une surface politique bien au-delà de sa surface politique habituelle, pour représenter toute la gauche, voire beaucoup plus loin, contre le Rassemblement National.
Jacques Cohen
Et bien, on va voir lequel des deux a raison dans son raisonnement, si bien sûr il n’y a pas de désescalade très rapidement, c’est-à-dire en fait demain ou après-demain au maximum.
Alexis
Évidemment, vous n’avez pas de boule de cristal, professeur, mais la question qu’on aura envie de poser, c’est : à qui profite le crime ? Il va falloir patienter pour le savoir.
Jacques Cohen
Eh bien, là, l’originalité, c’est qu’ils sont au moins deux, voire plus, comme je l’ai dit tout à l’heure, à penser qu’ils peuvent leur profiter. Mais justement, ce n’est pas sûr. Il reste à voir auquel cela profitera, parce que malheureusement, dans l’expérimentation politique sans filet, plusieurs forces politiques sont malheureusement en situation de faire des choses qui peuvent tourner très différemment de ce qu’elles pensaient.
Alexis
Un grand merci, professeur Jacques Cohen, de nous avoir éclairés dans votre chronique d’actualité ce vendredi.
Alexis
Et puis, puisque l’on évoquait donc la manifestation, la mobilisation de ce samedi 24 octobre et la façon dont cela pourrait se produire, les dernières nouvelles, c’est que le président Emmanuel Macron a annoncé que seulement les manifestations organisées par des organisations syndicales seraient autorisées.
Alexis
La manifestation parisienne, notamment, qui est attendue, est autorisée entre Bastille et Nation ce samedi.
Alexis
Voilà pour les éléments que l’on peut donner au moment où l’on a enregistré, nous, cette chronique avec vous, professeur Jacques Cohen. On vous souhaite tout de même un bon week-end, professeur.
Jacques Cohen
Merci, merci. Je peux vous dire tout de suite que je ne serai pas dans la rue.
Alexis
Et plus d’informations, c’est sur votre blog que cela se passe, jhmcohen.com. On a fait pas mal de liens avec la chronique que vous aviez enregistrée un petit peu plus tôt cette semaine et que nos auditeurs ont pu découvrir ce mardi. Ils peuvent la retrouver également sur le site rcf.fr et sur votre blog. À bientôt, professeur.
Jacques Cohen
À bientôt, merci Alexis.
