Jacques H. M. Cohen, 19/10/2026
Sur les ondes de RCF LIEN Podcast En attente…
Alexis Claude-Retz
Avec nous par téléphone, on retrouve le professeur Jacques Cohen pour une chronique d’actualité, même si on n’est pas encore vendredi.
Émeutes : la police en retard d’une guerre, vous l’avez bien compris. On va revenir sur la journée de ce samedi 17 octobre, les manifestants, et surtout les Black Blocks, et aussi comment tout cela a été géré au plus haut niveau de l’État. Professeur Cohen, bonjour.
Jacques Cohen
Bonjour.
Alexis Claude-Retz
Merci d’être avec nous. Pour revenir sur cette actualité : une petite photographie de ce samedi 17 octobre, qu’est-ce que vous retenez dans votre pellicule, professeur ?
Jacques Cohen
Ah, j’ai peut-être encore de la pellicule, parce que je date du temps où il y avait des pellicules. Mais surtout, je retiens deux choses importantes : la volonté de s’attaquer aux symboles de l’État, de la part d’inorganisés, mais probablement aussi de groupes malheureusement tout à fait organisés. Et ce n’est pas seulement une question de quartiers dégradés. Par exemple, j’ai vu qu’il y a eu des choses à Alençon… Alençon, ce n’est pas le Bronx, hein… Donc il y a à la fois du pillage opportuniste, et il y a également des commandos organisés.
On va y revenir, mais on va déjà reprendre un petit peu le déroulement, parce que si le titre c’est « Émeutes : la police est en retard d’une guerre », c’est qu’il faudrait aussi expliquer ce que l’on pourrait faire de bien plus moderne.
Alors, d’abord, pour les magasins, avant de regarder le concours Lépine des solutions sécuritaires, ou qu’ils soient réglementaires, du genre État d’urgence, ce qui n’a aucun intérêt, ou qu’ils soient de point de vue technique, eh bien regardons justement la technique.
Pour les magasins, et bien il y a une solution simple, qui peut être mise en œuvre en très peu de temps : c’est que si vous avez un système d’alarme un peu évolué, en France, vous avez le droit de mettre de la fumée. Mais cette fumée, c’est une fumée de boîte de nuit, c’est une fumée inoffensive. Donc ça ne fait pas peur à grand monde
Parce qu’en France, il est interdit de mettre une fumée lacrymogène. Eh bien tout simplement, il suffit de remplacer la cartouche légale française actuelle par une cartouche qui deviendra légale et qui donne des gaz lacrymogènes. Alors évidemment, ce ne sont pas les particuliers qui vont avoir le droit de gazer les visiteurs chez eux. Mais comme tous ces appareils sont maintenant gérés par Internet, c’est la police qui aura le droit d’appuyer sur le bouton et de gazer les gens, si j’ose dire, au magasin ou à domicile, s’ils s’aventurent dans ce genre d’endroit. Ça me paraît beaucoup plus simple et beaucoup plus efficace.
Jacques Cohen
Alors, le deuxième élément, pour les pillards, c’est qu’autrefois les motos, mais maintenant Ce sont les drones qui sont la solution. Il faut agir par le ciel. On peut suivre les gens, les tracer. Ce que fait le renseignement intérieur, mais ce n’est pas à l’échelle de ce qu’il faut. Il faut avoir des drones capables d’encadrer, de surveiller l’action des forces de l’ordre, et de la guider. Et d’une part, donc, agir par le ciel, c’est-à-dire être capable, avec des paintballs à micro-dose, ce n’est pas la peine d’éborgner les gens, justement, Ce ne sont pas du tout des LBD, il faut avoir des paintballs volants qui permettent de taguer les gens, tout simplement, avec de la peinture, ou même des choses invisibles, fluorescentes.
Il peut y avoir des liquides qui sont aussi urticants, ce qui veut dire que les lunettes ski, et tous les interstices, comme les jointures de gants vont devenir insupportables. Et à ce moment-là, les émeutiers vont enlever leurs manteaux et leurs tenues vite fait.
Donc, avec une action par le ciel, et une identification qui devient parfaitement inamovible, et bien les gens qui peuvent tenter un regroupement sur un point donné, et bien on finira par les retrouver, et ils seront là où il le faut, c’est-à-dire devant le juge d’abord puis en taule .
Donc ça, c’est déjà un premier point. On peut en venir à des produits, à des techniques plus modernes, que les mobylettes qui dataient de 1968, et les Motos de trial des modèles des années 80 pour l’affaire de la loi Devaquet.
On a des choses beaucoup plus efficaces, et qui peuvent être contrôlées à distance. Donc le problème de la dissémination et de l’éparpillement des moyens de surveillance et de lutte des forces de l’ordre peut être maintenant beaucoup plus facilement résolu.
Alexis Claude-Retz
Ça, c’est pour l’aspect technique, professeur, mais il y a d’autres aspects aussi que vous voulez développer, je crois.
Jacques Cohen
Absolument. Mais déjà, le premier élément, qui n’est pas seulement technique, qui est également politique, c’est que l’action des forces de l’ordre, elle doit être fondamentalement écrasante. C’est-à-dire qu’il faut rassembler des forces écrasantes à un endroit donné, comme toujours, parce que si on a une force écrasante, on n’a pas besoin de s’en servir beaucoup. Tandis que quand il y a, par exemple, des forces de l’ordre qui s’avancent de façon inconsidérée, sans équipement sérieux, contre des manifestants, qui, eux, ne craignent plus les charges, parce que justement la charge, c’est qu’il faut avoir une force écrasante, et si les flics sont émiettés, eh bien la charge échoue, et c’est très dangereux. Donc il faut revenir aux fondamentaux.
Et déjà, il faut, j’allais le dire de façon provocante, il faut réarmer la police. Parce que je me souviens de Creys-Malleville, dans les années 70, les grenades lacrymogènes de l’époque ne se renvoyaient pas en jouant au ping-pong ou à la balle comme actuellement, parce qu’elles explosaient, pas très loin, mais elles étaient fragmentées, elles faisaient une explosion sur trois niveaux, et il y avait une espèce de colonne d’environ 3 ou 4 mètres de diamètre, et 6 mètres de haut, qui était infranchissable. Il y a donc une suprématie aux forces de l’ordre avec ce genre de matériel, que l’on a abandonné. De même qu’on a réduit les grenades soufflantes et celles qui font du bruit, là aussi, il faut s’en servir à bon escient, mais on ne peut pas trouver de solution qui ne donne pas une force écrasante et définitive aux forces de l’ordre. La force doit rester à la loi, c’est ça le point important.
D’autant plus que si les forces de l’ordre ne disposent pas du meilleur matériel, ou d’un matériel supérieur à celui d’en face, eh bien c’est extrêmement dangereux, parce qu’un jour ou l’autre, des flics isolés et agressés vont tirer, parce qu’ils ont quand même des armes. Et donc c’est exactement ce qu’on voulait éviter.
Ensuite, il y a bien sûr eu de grosses erreurs. Les grosses erreurs, ce sont les barrages statiques, où les manifestants peuvent jouer, comme sur un stand de fête foraine, à lancer des gros projectiles sur les forces de l’ordre.

En 1968, la police tapait à coups de matraque.
Normalement, les forces de l’ordre ne doivent pas rester à portée de manifestants. Elles doivent être plus mobiles, elles doivent charger si elles ont des moyens importants, ou elles doivent refouler si elles doivent le faire avec des gaz ou des grenades offensives, mais surtout ne pas rester au contact.
Alors le contact, c’est aussi la nasse . La nasse, c’est extrêmement dangereux, parce que c’est une technique de pression, et on risque de revenir un jour ou l’autre à un mouvement de foule, comme dans le métro Charonne dans les années 60, où les manifestants ont été tassés dans une bouche de métro qui était fermée, et où il y a eu une dizaine de morts. Donc ça, c’est un danger qui guette les opérations de nasse, qui sont extrêmement dangereuses, et qui autrefois étaient strictement prohibées dans les manuels de maintien de l’ordre.
Jacques Cohen On pourrait encore parler d’autres bêtises techniques, mais c’est déjà l’important.
On a, après les petits Berliet des années 70, qui étaient sans visibilité, qui roulaient aussi bien sur les policiers que sur les manifestants, Et ils étaient très vulnérables aux cocktails Molotov. On a enfin choisi de prendre des véhicules conséquents. Mais justement, on les a pris trop considérables.
Vous avez vu, sur la Cannebière, des Centaures. Eh bien les Centaures, ils sont très jolis sur la Canebière, mais 150 mètres plus loin, là où il y a des petites boutiques, dans le quartier de l’Opéra, ils sont beaucoup trop gros, ils ne passent pas. Et donc là aussi, il y a une erreur de conception qui fait que ce sont des appareils décoratifs, ces Centaures, mais ce ne sont pas des petites choses maniables comme il le faudrait.
Alors, il y a aussi des éléments nouveaux. Les éléments nouveaux, malheureusement, c’est le lithium. Vous savez que les batteries de portables, et ensuite même les trottinettes, tous les trucs électriques, ont des batteries au lithium. Et le lithium, c’est un métal. Et rien n’arrête un feu de métal. C’est même pour ça que Creys-Malleville, la centrale, était dangereuse, parce qu’il y avait 60 tonnes de sodium en fusion, et qu’ils ne pouvaient pas supporter une trace d’oxygène, et que c’était donc un délire d’ingénieurs.
Mais maintenant, on voit que ça fait des flammes tout à fait spectaculaires, la plus minables des batteries de smartphone , et quand les pompiers arrosent, eh bien le feu s’arrête un peu, ça fait de la fumée, puis ça repart. La seule solution, c’est d’attendre que ça brûle, et bien évidemment d’éviter qu’il y ait du feu qui se propage autour. Mais ce qui est, pour l’avenir, plus inquiétant, c’est que ça, concerne des téléphones portables, ou bien des batteries de trottinettes. Mais quand il va y avoir le problème de voitures, qui elles ont plusieurs centaines de kilos de batteries, en cas d’incident sérieux, on ne sera plus du tout, du tout dans la même échelle.
Alexis Claude-Retz
Professeur, c’était pour une photographie technique et technologique. Le temps est toujours compté, ça fait une dizaine de minutes que l’on est avec vous. Il vous reste encore quelques minutes pour conclure, mais je sais qu’il y a aussi le point de vue politique à développer, alors je vous laisserai embrayer sur ce point, j’allais dire.
Jacques Cohen
Absolument, absolument. Eh bien, on a eu la conjonction de voyous opportunistes, mais aussi de commandos organisés. Ça, c’est plus ennuyeux.
Jacques Cohen
Les affichages étaient des sigles et slogans anarchistes, mais rien n’indique que ce soient, j’allais dire, d’authentiques anarchistes qui Qui les a écrits. Parce que leur opération était à chaque fois un petit peu trop coordonnée pour être le fait d’un anarchiste lambda. Il s’agit en fait de paravent, d’une stratégie de destruction du pouvoir d’État par des extrémistes, qu’ils soient rouges ou qu’ils soient bruns. Les deux sont possibles.
Et la dénonciation des émeutiers et les appels au calme de Mélenchon sont assez intrigants. Soit qu’il se soit rendu compte qu’il jouait à l’apprenti sorcier, soit qu’il ait eu peur que l’implication de quelques-uns de sa mouvance conduise à la dissolution de son mouvement, quand ils vont finir par être identifiés. Donc ça, c’est quand même un aspect politique tout à fait notable.
Il est inutile de réclamer des mesures d’état d’urgence ou autre, mais il faut identifier les gens qui essayent de s’en prendre pour une raison politique globale, de contestation de la République, qui essayent de s’en prendre à ses fondements. Et avec ses symboles, comme l’incendie de Clermont-Ferrand, ou d’autres petites choses ou plus modestes, que l’on a vues un peu partout en France, dans des endroits où on ne s’y attendait pas.Comme par exemple À Reims Le mécanisme d’un passage à niveau qui a été incendié dans une banlieue déserte, ou un local d’une loge maçonnique dans une zone commerciale déserte. Dont la porte a été ouverte par un vrai camion bélier. Et pas la trottinette d’un lycéen manifestant.
On ne peut pas toujours dire que c’étaient les pillards des quartiers pourris qui se sont mis à attaquer les mairies ou les commissariats. D’une façon générale, les pillards, d’ailleurs, ils n’essayent pas trop d’aller vider les commissariats, ils ont bien mieux à vider.
Alexis Claude-Retz
Eh bien en tout cas, un grand merci, Professeur, de nous avoir éclairés dans cette chronique d’actualité, qui n’était pas, pour une fois, un vendredi. Mais on aura plaisir à vous retrouver sur les ondes de RCF en fin de semaine, avec peut-être des compléments d’informations, selon comment la situation évolue, ou peut-être sur un autre sujet, évidemment. On vous dit à très bientôt, Jacques.
Jacques Cohen
À très bientôt.