Série israelienne Fauda « je fais un sale boulot mais j’ai une excuse, je le fais salement »
Jacques HM Cohen
07/10/2026
Sur les ondes de RCF :lien @En attente.
La chronique d’actualité, cette semaine comme toutes les semaines, avec le professeur Jacques Cohen. Avec nous par téléphone, professeur, bonjour.
Jacques Cohen
Bonjour.
Professeur, vous n’êtes pas simplement un observateur de l’actualité, vous êtes aussi un fan de séries. En tout cas, c’est ce qu’on a cru comprendre lorsqu’on a préparé cette chronique, et l’on va parler de la série israélienne FAUDA, que nos auditeurs connaissent peut-être, ou peut-être pas. Alors, pour commencer, je vais vous demander de nous donner le synopsis de cette série israélienne FAUDA.
Jacques Cohen
Il s’agit d’un groupe d’Israéliens infiltrés dans les régions arabes, parfois même dans les pays arabes, et en particulier chez les Palestiniens. Ils parlent tous arabe couramment, et donc ce sont des infiltrés, c’est la formule. Et donc les infiltrés, ce sont des gens qui sont des agents qui sont sous une couverture, et qui font des actions chez leurs adversaires.
Et cette série a un très gros impact dans les pays arabes, parce que ce n’est pas une série manichéenne qui expliquerait qu’il y a des bons et des méchants, et qu’en fait tous les bons finissent par faire des saletés, parce que c’est la logique des guerres. Donc finalement, personne n’est heureux, et il y a un poids qui s’abat sur les protagonistes, qu’ils soient Israéliens, Palestiniens ou autres.
Et il y a le poison de la vengeance de part et d’autre, et l’inéluctable, c’est que des gens qu’on voit par exemple dans certains épisodes, qui sont proches, très proches, qui pourraient, très entendre, qui pourraient vivre heureux, se retrouvent dans le malheur et dans la guerre. Et on voit régulièrement que ce qui est salvateur, c’est que l’un des Israéliens propose aux autres de les exfiltrer, pour ceux qui travaillent pour lui, de les exfiltrer à Berlin. ou dans les pays scandinaves, enfin de sortir de là, de sortir de ce malheur.
Et donc le fatum, en quelque sorte, « Ya mektoub », c’était écrit, donc c’est quand même quelque chose qui frappe, comme dans toutes les tragédies grecques, c’est le fatum qui est le message. On voit l’un des infiltrés qui finalement envisage même de refaire sa vie avec une personne d’en face, et puis finalement ça se termine très mal, etc. On voit un jeune type qui ne demanderait pas mieux que d’aller faire du sport, comme boxeur, dans tous les pays, quels qu’ils soient, et ainsi de suite, et tous finissent par se retrouver empoisonnés par la haine et la vengeance, c’est quand même très important.
Et alors un autre aspect, qui est quasiment sociologique, c’est que tout le monde fait des horreurs. Les Israéliens dans cette série abattent les prisonniers, torturent, tirent des balles dans le genou, etc., parce que leurs adversaires en font autant, et vice versa. Et donc on a cette spirale infernale du malade, de l’horreur et de la barbarie. Car la barbarie est, hélas, contagieuse et contamine d’un camp sur l’autre.
Et donc ce que vaut cette série, et à mon avis si regardée dans les pays du Moyen-Orient, c’est parce qu’elle est réaliste en cela. C’est-à-dire qu’elle montre la spirale infernale de la haine et de la violence, et montre les gens écrasés par cela.
Comme je vous ai dit dans le titre, « je fais un sale boulot », et c’est l’attitude des protagonistes israéliens, qui sont quand même les vedettes de la chose dans cette série, c’est « je fais un sale boulot, je n’en suis pas content, mais si j’ose dire, je le fais ad maiorem gloriam Dei », si j’ose dire, et je le fais, j’ai comme excuse, c’est la citation de Louis Malle que j’ai mise, « je fais un sale boulot, mais j’ai une excuse, je le fais salement ».
Alexis Claude-Retz
Par rapport aux différents éléments que vous nous présentez, professeur, cette série qui est une fiction, est-ce qu’elle a presque une valeur quand même de documentaire pour nous qui la regardons ici en Occident? Parce que vous disiez qu’il y a quand même une certaine fidélité par rapport à ce qui se passe réellement, et c’est ce qui explique son succès, notamment au Moyen-Orient.
Jacques Cohen
Totalement. C’est une série qui est totalement réaliste, et en plus les protagonistes, acteurs, connaissent très bien le sujet, parce qu’ils ont fait, ou ils font, en fait le rôle qu’ils ont à l’écran pour certains d’entre eux. Il y en a donc un des acteurs importants qui a été tué dans la guerre à Gaza, et ainsi de suite.
Et donc, si j’ose dire, ils savent de quoi ils parlent, qu’ils soient Israéliens ou qu’ils soient des pays arabes, qu’ils soient Palestiniens. Pour l’instant, les Palestiniens de Gaza, il n’y en a pas, forcément, je ne crois pas qu’il y en ait. Mais les Français peuvent y découvrir par exemple qu’il y a des Bédouins israéliens, et que les Palestiniens de Gaza, les détestent. C’est bien pour ça d’ailleurs qu’ils les ont abattus quand ils ont attaqué les kibboutz, et ainsi de suite. On y voit aussi des Arabes israéliens. Citoyens à peu près comme les autres, Qui votent mais qui ne font pas leur service militaire. Une des personnages y est même un flic israélien en uniforme. On y voit aussi la réalité de l’immigration clandestine. Avec des migrants qui passent la frontière de la de la Cis-Jordanie et Israël. Pour travailler. Et que les patrouilles militaires laissent filer, au contraire, des militants du Hamas qui sont impitoyablement pourchassés.
Le massacre du 7 octobre que l’on commémore aujourd’hui, ce sera dans la dernière saison, je vous encourage à la regarder aussi.
Et on voit que finalement, c’est l’inondation du malheur qui est l’évolution progressive de cette série. De temps en temps, on a un regret, on voit des choses dont les gens pouvaient se parler, autrement que par une balle dans la tête, quoi.
Mais c’est quand même très pessimiste comme situation, et finalement, c’est le plus important, appel à la paix et à la raison que cette série, même si malheureusement elle décrit que les Dieux, ils sont hostiles, que ce soit l’un ou l’autre des Dieux du coin , ou d’autres Dieux.
Alexis Claude-Retz
On aurait pu parler dans cette chronique de séries Amazon Prime Video ou Disney+, mais c’est bel et bien une série Netflix, la série israélienne FODA que l’on développe avec vous.
Alexis Claude-Retz
Simplement, professeur, avant de vous laisser dans cette chronique, vous avez de nombreuses fois évoqué le mot « malheur », mais pour l’un et l’autre des camps, si j’ose le dire un petit peu familièrement, ça veut dire que cette série, c’est aussi un petit peu la série de l’équilibre du malheur des uns et des autres?
Jacques Cohen
Hélas, oui. Elle décrit très bien que le malheur est une chose la plus répartie dans cette région.
Alexis Claude-Retz
Eh bien, en tout cas, un grand merci de nous avoir présenté cette série FAUDA. Elle est disponible sur la plateforme Netflix, et on aura plus d’informations sur votre blog jhmcohen.com. À très bientôt, professeur.
Jacques Cohen
À bientôt.
