Le système scolaire, l’impossible réforme
Jacques H.M. Cohen, 16/10/2026
Sur les ondes de RCF : lien « https://www.rcf.fr/actualite/chronique-dactualite/embed?episodeId=721104 »
Thierry
La chronique d’actualité avec le professeur Jacques Cohen, bonjour Jacques.
Jacques Cohen
Bonjour. Thierry. Alexis n’est pas là aujourd’hui, il va nous revenir bientôt, et donc il ne pourra pas me faire aujourd’hui ses commentaires avisés.
Thierry
Cette semaine, vous allez nous parler de l’école.
Jacques Cohen
Absolument, et du système scolaire en impossible réforme, en fait, parce qu’il y a une situation de grand malaise des lycéens qui révèle, en fait, le délabrement du système avec une situation où tout le monde a, depuis des années, des dizaines d’années presque, reporté la solution du problème, tout en sachant très bien que le système n’était pas viable. Voyons donc. que nous avions autrefois. On avait un système scolaire qui, d’une part, avait des examens, et où les notes, il y avait des notes, et où les gens, les parents surtout, pouvaient voir quel était l’état de leur progéniture par rapport au reste de la classe, et ainsi de suite. Et puis, s’ils n’avaient pas des notes suffisantes, et bien, on devait aviser pour les aider, et ils pouvaient redoubler. Alors déjà, on s’est dit que c’était très mal pratique, d’une part, parce que cela modifiait les flux d’étudiants, et puis d’autre part, parce que les parents cela ne l’aimait pas, et donc que le plus simple, c’était que les redoublements on allait les supprimer de fait, que c’était une perte de temps. Ce qui est tout à fait exact, seulement que ceux qui redoublaient, ce n’était pas pour rien. Et donc on se retrouve avec des fonds de classe que l’on va traîner, donc, jusqu’au collège, puis plus tard. Deuxième gros problème : les filières.
Jacques Cohen
On a modifié le système du bac, multiplié ses mentions, ou plutôt ses spécialités, mais tout cela sans tenir compte des places disponibles, et on obtient un système où on met des souhaits, tout en sachant que les vœux ne seront pas exaucés. Et donc tout cela conduit à ce que le bac soit maintenant donné à tout le monde. On se demande d’ailleurs pourquoi on l’a maintenu, puisqu’il y a des mentions très bien largua manu et qu’il n’a plus de signification pour permettre l’entrée dans les filières universitaires ou des grandes écoles. Donc on a constaté son décès, on n’a pas voulu remplir, il est cliniquement mort, mais on n’a pas voulu remplir le certificat de décès. Alors Qua t’on comme problème plus récent. D’abord le manque d’argent. Le mammouth qui est quelque peu paralytique, puisqu’il y a des classes entières qui n’ont pas de remplaçants, et puis qui peuvent ainsi se retrouver pendant des mois avec une discipline cruciale qui n’est pas enseignée.
Jacques Cohen
Et alors le truc le plus frappant, la chose la plus frappante, c’est que le ministre finit par dire : « Ah ben attendez, j’en ai 3 000, je vous les sort du chapeau, on les avait laissés dans un coin, mais on va vous les distribuer tout de suite et c’est réglé. » cela montre le niveau de décrépitude du système s’il est capable d’oublier 3 000 enseignants dans un coin.
Mais tout cela ne résout pas le problème de l’entrée en fac. Parce que, quand le bac avait une signification, c’est par note de bac que l’on pouvait ou prétendre à telle ou telle filière à la fac. Maintenant que le bac n’est plus d’élément discriminant, on a le problème de la sélection sous la forme de Parcours Sup, lequel est un système assez astucieux, si je puis dire, parce que tout le monde peut émettre des vœux, et personne ne décide qu’ils sont refusés, parce que ce sont les formations elles-mêmes qui vont, sur des critères parfaitement opaques, des algorithmes qu’ils se gardent d’indiquer, qui vont décider si monsieur Untel pourra passer dans cette filière-là ou pas. Alors on avait un système un peu différent, qui était ce que j’appelle l’immense parking. Tout simplement, puisque les gens veulent aller à la fac, ils vont à la fac, il n’y a aucun problème.
Jacques Cohen
Ils n’ont pas le niveau, il n’y a aucun problème non plus, puisqu’ils vont être inscrits à la fac, mais en licence, et même déjà dès la première année, et puis ensuite, mais il en restera encore un grand nombre, qui n’aboutiront à aucun diplôme, parce qu’ils ne sont pas capables d’avoir des notes convenables dans les disciplines où on a fini par les caser. Alors pendant longtemps, on avait un parking avec des filières, j’allais dire, totalement dédiées à cette paisible post-adolescence, mais cela finit quand même par coûter. La fac essaie de resserrer, de ne plus avoir des fournées d’étudiants qui ont 90 % d’échecs en première année, et ainsi de suite. En fait, le système est effectivement bloqué par la volonté de ne pas décider. En fait, soit on a un système d’un bac sélectif, soit on doit avoir des concours, et ceux-ci seront sur l’entrée en fac. On peut tout simplement resituer le système sur ce type de choix. Et pour l’instant, on décide de ne rien faire, car les volontés sont contradictoires.
Jacques Cohen
Et ce qu’il faut aussi souligner maintenant, comme point majeur, c’est que la décrépitude des lycées, c’est aussi leur différenciation. Parce que les lycées des quartiers pourris, pour dire les choses franchement, se retrouvent très rapidement des bâtiments souvent saccagés, des proviseurs qui n’habitent plus sur place parce que personne n’ose y vivre réellement, et ainsi de suite. Et donc on a une différenciation qui est tout à fait dommageable à l’égalité de l’école de la République, parce que malheureusement, entre des quantités de, non pas de redoublants, mais de quantités de décrocheurs, en fait, qui se traînent et qui viennent de temps en temps parce qu’on n’ose pas leur dire que de toute façon ce serait quand même bien de venir, et bien on a des lycées dont le niveau est très variable. Et ensuite tout cela retombe sur un paradoxe apparent, c’est que la volonté d’égalité et de classes différenciées aboutit à ce que si on ne corrèle pas les exigences et de niveau, et bien cela aboutit à ce qu’on laisse filer à veau l’eau des lycées qui ne mènent nulle part, et des lycées de qualité qui, eux, mènent quelque part. et ensuite il reste malheureusement qu’une seule brique ou plus seule pierre de taille, comme une clé de voûte, c’est d’en finir avec le système de l’éducation nationale tel que nous le connaissons, où on aboutit à ce que les concours et les écoles remplacent les facs, parce que là aussi, les filières parking ou les filières de mauvaise qualité, de toute façon, ne mènent nulle part, et que donc il vaut mieux restructurer intégralement l’université. Bien sûr, on ne va pas le faire, parce que là aussi, il est tellement plus simple de se voiler la face et de se cacher la réalité. Alors comment va-t-on s’en sortir ? Et bien, tout dépend déjà d’une volonté politique à long terme, car l’éducation nationale, c’est un système à long terme, et tant qu’on a des ministres de passage, et dont le principal souci est de ne pas faire de vagues, et bien il n’y a absolument aucune chance que l’on réforme sérieusement le système.
Il y a plusieurs orientations qui seraient possibles, mais la pire, c’est celle que l’on utilise actuellement, c’est de ne pas en avoir. Et c’est cela que je voulais donner comme leçon. Certes, les lycéens vont obtenir quelques milliers de profs pour calmer le jeu.
On va retoucher probablement quelques filières, mais on ne touchera pas à grand-chose.
Et on peut voir, par exemple, des étudiants en licence de biologie, qui ne savent pas faire une fraction.
Pour pouvoir faire de la chimie, cela me paraît quand même déjà un problème.
Or, les fractions, si on remonte à loin, loin, loin, c’était des choses que l’on devait avoir maîtrisées en 6e.
Jacques Cohen
Et donc vous voyez que, si j’ose dire, il y a du boulot.
Thierry
Alors pour vos filles, moi j’ai bien une solution, je connais un professeur de mathématiques, vous le connaissez aussi, qui peut aider.
Jacques Cohen
Elles sont bonnes en maths mes filles, et sont effarées de voir entre une seule génération, la leur, et la suivante, la décrépitude du système.
Thierry
Jacques Cohen, merci pour cette nouvelle émission, et on vous retrouve la semaine prochaine.
Jacques Cohen
À la semaine prochaine, et à très bientôt.
