Le crépuscule Trumpien

Le crépuscule Trumpien

Jacques H.M. Cohen 05/11/2026

Sur les ondes de RCF :LIEN  « https://www.rcf.fr/actualite/chronique-dactualite/embed?episodeId=727370 »

Alexis Claude-Retz

La chronique d’actualité de cette semaine, c’est avec le professeur Jacques Cohen, qui est avec nous par téléphone. Bonjour, professeur.

Jacques Cohen

Bonjour.

Alexis Claude-Retz

Merci d’être avec nous. On va analyser aujourd’hui, si vous le voulez bien, les résultats des midterms aux États-Unis, avec cette chronique que vous avez décidé d’appeler « Le crépuscule Trumpien ». Pourquoi, professeur ?

Jacques Cohen

Et bien, parce que différents petits signes, avant même le résultat, montraient que Trump a un petit peu lâché la rampe et qu’il est en train de se dissoudre comme du sucre dans le café. Déjà, une petite histoire est tout à fait symptomatique : Madame Trump a géré toute seule, comme une grande, j’allais dire, un cessez-le-feu entre Ukrainiens et Russes, qui était loin d’être évident, qui elle a obtenu pour 4 jours, qui était le délai prévu, etc., et donc qui s’est très bien débrouillée comme négociatrice et facilitatrice. Et ce n’est pas du tout le style du personnage de Donald Trump que de laisser sa femme s’occuper de ses affaires. Donc là, qui plus est, avec un succès net, alors qu’il a lui été à la peine sur les mêmes sujets.

Une photo de Mme TRUMP ( en tenue très convenable ).  Devenue un médiateur russo-ukrainien, plus efficace que son mari. Ici Melania Trump recevant un prix humanitaire de Dmytro Lubinets, le médiateur ukrainien des droits de l’homme, à la Maison Blanche

Jacques Cohen

Donc cela, c’est déjà étrange, et on en a d’autres signes. Trump a félicité ses adversaires, ce qui n’est pas le style de bonhomme. D’habitude, il explique que tout a été truqué, et ainsi de suite. Tout au plus, après les avoir félicités, a-t-il pu dire que c’était la faute de ses propres partisans qui n’avaient pas été à la hauteur. Mais cela, si j’ose dire, c’est dans le style du personnage.

Jacques Cohen

On a ensuite des choses qui vont se passer. Les démocrates ont gagné les 2 chambres, mais cela ne veut pas dire que le président n’ait plus aucune possibilité. Il y a un certain nombre de choses pour lesquelles il a un veto, et puis il y a des choses,sur lesquelles il peut il peut jouer au chat et à la souris. L’impeachment, cela ne me paraît pas très probable. D’abord parce qu’il faut une majorité qui n’est pas du tout celle que les démocrates auront pour cela, et puis aussi parce qu’au fond, les démocrates n’ont pas intérêt à obtenir une élection précipitée. Ce n’est pas tout à fait leur intérêt.

Jacques Cohen

Il faut qu’ils continuent à miser sur la désagrégation de Trump et du monde de Trump, que tout cela parte en lambeaux. En revanche, ils ont tout à fait la possibilité de gérer tout un tas de casseroles avec des commissions d’enquête sur l’une des multiples affaires financières où toute la bande de Trump est mouillée jusqu’au cou. cela, ce sont quand même des choses où ils pourront continuer à remettre des thunes dans le bastringue régulièrement, mais sans vouloir pour autant en finir avec des élections prématurées.

Jacques Cohen

Alors aussi, les démocrates ont quelques difficultés. D’abord parce qu’ils sont très hétérogènes, il y a beaucoup de domaines où il n’y a pas de politique démocrate. Il y a des personnalités qui ont telle ou telle position, parfois diamétralement opposées. D’autre part, les appareils des partis comptent aux États-Unis, de même que les différents lobbies, et donc ceux qui ont de l’argent et ceux qui n’en ont pas, cela va redevenir assez net.

Jacques Cohen

En plus, il y a un autre aspect : même si plusieurs personnalités de gauche, quasiment socialistes même pour certaines, ont été élues, globalement, au point de vue du score, les « extrémistes » les plus radicaux n’ont pas fait des progrès aussi considérables que les modérés chez les démocrates. Donc on peut prévoir une assez belle foire d’empoigne de ce côté-là.

Jacques Cohen

Du côté des républicains, et bien, les élections prochaines présidentielles sont ouvertes. C’est-à-dire qu’on va avoir une bagarre entre Rubio et Vance. Alors, Rubio a quelques points forts, qui est qu’il est quand même nettement plus politique que les autres, mais il a une casserole, c’est qu’il a une fixation sur Cuba, et à cause de Trump, certes, il n’a pas terminé le boulot de faire partir le régime cubain. Il continue à faire souffrir les Cubains, ce que finalement, les anciens réfugiés cubains n’aiment pas, tout simplement parce que c’est leur famille, parce qu’ils ont encore des contacts et qu’ils contribuent à l’économie de Cuba, et que donc, pour eux, Rubio n’a pas été foutu d’en finir proprement et qui fait souffrir inutilement les Cubains.

Jacques Cohen

D’autre part, le comportement sur l’affaire de Caracas et quelques autres fait que son surnom en Amérique latine, son surnom universel, c’est El Vice Rey, c’est-à-dire le vice-roi, comme le vice-roi des Indes du temps du roi d’Espagne. Donc c’est à la fois il a des points forts et des points faibles. Quant à Vance, il a un énorme point faible : il n’a pas l’appareil du parti. Ce n’est pas lui qui va tenir l’appareil républicain, et à mon avis, Vance a très peu de chances de s’en sortir face à Rubio avant les élections elles-mêmes, mais qu’il a très peu de chances d’être le candidat républicain. Donc cela, nous allons voir.

Jacques Cohen

Ensuite également, on peut voir que Trump va-t-il continuer à mener sa politique US ou sa politique, ou va-t-il peu à peu se laisser bercer, j’allais dire, par sa femme et par son entourage, parce qu’il commence à être un petit peu flapi. On le verra, on n’en est pas absolument certain. Ce qui est à craindre, c’est que, comme vous le savez tous, c’est quand même un personnage quelque peu imprévisible et fantasque, et qu’il peut avoir des idées très, très inattendues et finalement très dangereuses. Donc les jeux ne sont pas faits sur un retour à une politique américaine raisonnable, loin de là.

Alexis Claude-Retz

Professeur Jacques Cohen, dans l’analyse que vous nous proposez de ces résultats des midterms, on a aussi bien l’impression que vous vous projetez presque plus sur la prochaine présidentielle américaine avec l’enjeu dans le camp républicain que sur la politique intérieure qui va encore pouvoir être menée pendant les 2 ans à venir par le président Donald Trump. Est-ce qu’il faut vraiment déjà se projeter sur le futur et sur la suite aux États-Unis ?

Jacques Cohen

Je pense, parce qu’il va quand même y avoir des ajustements schématiquement. Le président a de larges pouvoirs en politique extérieure, mais s’il n’a pas les chambres, ses possibilités en politique intérieure sont extrêmement limitées.

Jacques Cohen

De même, les commissions d’enquête vont dégommer systématiquement un certain nombre de gens de l’administration Trump, à commencer probablement par le ministre de la Défense, qui est un authentique cinglé. Mais du point de vue des démocrates, il faut qu’ils fassent attention, parce que s’ils retouchent trop le gouvernement Trump, ils risquent de se retrouver avec des gens qui vont devenir des gens sérieux et qui risquent de faire le boulot et d’avoir des résultats, parce qu’il reste quand même 2 ans avant les prochaines élections.

Jacques Cohen

Donc la situation est nettement plus compliquée qu’il n’y paraît pour les démocrates.

Alexis Claude-Retz

Cependant, ce n’est pas une nouveauté de voir un président américain ne pas remporter les midterms, aussi, professeur Jacques Cohen. Je pense au mandat de Barack Obama, qui avait été lui aussi battu lors des midterms, et qu’on était sur des camps opposés. L’histoire était dans le sens inversé. Donc est-ce que cela peut vraiment empêcher Donald Trump d’agir comme il le souhaiterait ?

Jacques Cohen

La différence, c’est qu’il est habituel que les tenants du titre, si j’ose dire, perdent des plumes aux midterms. Ce qui est inhabituel, c’est que Trump avait les 2 chambres, et donc d’un seul coup, il n’en a plus aucune.

Jacques Cohen

S’il avait gardé une des 2 chambres, j’allais dire, la décélération ne serait pas exactement la même. C’est cela, la nouveauté.

Jacques Cohen

Effectivement, il est très habituel que le président n’ait qu’une des 2 chambres, qu’il soit obligé de marchander. Mais là, depuis 2 ans, donc Trump avait tous les pouvoirs, et le moins qu’on puisse dire, c’est que son caractère le conduisait à en user et abuser.

Alexis Claude-Retz

Eh bien, en tout cas, un grand merci, professeur Jacques Cohen, de nous avoir éclairés sur les résultats des midterms aux États-Unis.

Alexis Claude-Retz

Le président Donald Trump, qui n’a donc plus le Congrès avec lui, hein, c’est comme cela qu’on appelle le Sénat et la Chambre des représentants, qui permettent au président de pouvoir dérouler son programme politique.

Alexis Claude-Retz

Merci, professeur Jacques Cohen, d’avoir été avec nous dans cette chronique d’actualité. On se dit à la semaine prochaine. D’ici là, on vous retrouve sur votre blog, jhmcohen.com

Jacques Cohen

Exactement. À très bientôt.

 

 

 

Votre commentaire