Sur les ondes… la recherche scientifique en direct de Moscou

Emission diffusé sur RCF Reims mercredi 24 juin : https://rcf.fr/actualite/collaboration-scientifique-franco-russe

 

JPB: Jacques Cohen est en studio d’habitude avec nous. Pour cette chronique, il est en direct avec nous aujourd’hui à Moscou. Jacques bonjour, alors pourquoi êtes-vous à Moscou Jacques ?

J’y suis pour une collaboration entre mon laboratoire, laboratoire de recherche en nanotechnologie de l’université de Reims Champagne Ardenne et des laboratoires qui sont à Moscou et à d’autres endroits en Russie. Nous avons donc fait une réunion de travail.

Alors Jacques, souvent vous évoquez la Russie dans un contexte géopolitique, qu’est ce que vous avez constaté à Moscou sur le terrain, sur place ?

Malheureusement j’ai constaté ce que j’avais déjà perçu, c’est-à-dire que la guerre froide se réinstalle doucement et que la population russe se prépare à la confrontation. J’ai vu par exemple la commémoration du jour de l’attaque allemande de 1941 qui, à l’université, comportait une grande réunion avec des discours, un vétéran rappelant la situation d’autrefois. Donc malheureusement la confrontation avec les Etats-Unis semble se préparer au sens d’une hostilité durable.

Au-delà de cette confrontation et de la guerre froide, vous alliez rencontrer des responsables scientifiques. Sur ce sujet, qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur la recherche scientifique en Russie aujourd’hui ?

Ce qui me frappe, c’est le courage et l’obstination. Car avec des moyens qui ont été réduits, qui n’ont jamais été gigantesques, les gens s’acharnent à travailler et ont des résultats. Ce qui m’a frappé, par exemple, c’est de voir de très vieux bâtiments. Dans ces vieux bâtiments on fait avec, et dans un coin on aménage plusieurs pièces avec des machines ultra modernes. Quand on voit en France des endroits où l’on exige sans arrêt des cathédrales tous les 20 ans, des bâtiments magnifiques qui seraient indispensables pour travailler… je vous avoue que j’ai des doutes.

Vous avez constaté quand même du matériel moderne, performant et que les gens travaillent peut-être dans des conditions moins confortables mais qu’ils bossent comme on dit familièrement ?

Absolument, ils bossent avec des résultats car depuis la chute de l’Union Soviétique, un certain nombre de valeurs ont persisté et en particulier celles du système éducatif. Un système éducatif sélectif mais un système éducatif qui a des résultats, une population éduquée d’une part et des éléments de haut niveau d’autre part. Lesquels donc tentent de maintenir les contacts qu’ils avaient commencé à avoir dans le vaste monde car la coopération pour les scientifiques est essentielle et à la limite, c’est encore plus important, pour eux comme pour nous, qui ont une recherche légèrement différente de la nôtre. Car on trouve quelquefois des solutions complémentaires de ce qu’on attendait pas, ce qu’on ne trouverait pas dans des choses qui se ressemblent. Il faut aller regarder les choses qui ne se ressemblent pas pour y trouver des idées de mélange, d’avancée, de percée et là-dessus nous avons je crois pas mal de choses profitables mutuellement que nous avons entamées.

On peut dire que ces échanges, là où vous êtes à Moscou aujourd’hui, Jacques Cohen, c’est plutôt fructueux, plutôt très positif pour vous ?

J’insiste sur le fait que c’est mutuellement profitable, en anglais on dit vulgairement « win win ». Mais il ne s’agit pas d’un système déséquilibré où l’on ferait l’aumône d’argent pour les machines ou de tel ou tel élément scientifique pour un pays sous-développé. Ce n’est pas du tout cela. Sont développées des choses originales qui nous intéressent si on les utilise dans d’autres perspectives que celles qui sont développées et réciproquement chez nous. Donc c’est une coopération qui est parfaitement équilibrée. Alors évidemment le niveau économique est meilleur chez nous mais nous avons malheureusement plus tendance qu’eux à réduire les crédits de la recherche quand les choses ne vont pas alors qu’ils savent, j’allais dire culturellement, que de maintenir un niveau scientifique de premier plan, même si c’est cher, c’est quelque chose d’essentiel pour le niveau d’un pays. Et y compris dans une perspective de confrontation qui est la perspective qu’ils ont à nouveau. C’est important et je pense que leur gouvernement maintiendra des crédits pour la recherche avec des réductions qui, proportionnellement, sont moindres que les nôtres.

Oui, ce qui est paradoxal parce que souvent vous insistez sur les difficultés parfois économiques de la Russie aujourd’hui ?

Absolument, la Russie a de grosses difficultés mais elle sait que de maintenir un niveau scientifique de premier plan, c’est essentiel pour ne pas dégringoler. Et que donc il faut y mettre le prix, alors évidement dans la mesure de leurs moyens. En particulier en évitant de façon drastique tout gaspillage.

Vous aurez l’occasion sans doute, Jacques Cohen de recevoir, vos homologues russes peut-être dans quelques semaines, dans quelques mois ?

Il en vient régulièrement. Il y a d’ailleurs des étudiants, des post doc russes au laboratoire dans le pôle santé de l’Urca. Il y a une réunion vers le 10 julllet. On a une réunion de travail qui est un programme européen qui comporte des Russes mais qui comporte des gens d’Allemagne, d’un peu partout. Mais c’est devenu pour les scientifiques non pas quelque chose de nouveau mais quelque chose de bien établi justement que d’avoir de larges coopérations, des échanges d’étudiants. Et de temps en temps des responsables de laboratoire peuvent se déplacer aussi. On a certes maintenant des facilités avec les téléconférences, on a l’internet dix fois par jour s’il faut Mais de temps en temps il y a des trucs qu’on ne comprend pas. Il a des choses qui se discutent plus facilement face à face et puis il a des choses qui se montrent et se dessinent avec une pièce en main, une machine, finalement en quelques minutes alors qu’on peut passer des heures dans une téléconférence à ne pas comprendre de quoi on parle. Donc les contacts physiques ne sont pas totalement abolis par le développement des contacts virtuels.

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