Sur les ondes… au lendemain du référendum grec

Emission enregistrée au lendemain du résultat du référendum grec : https://rcf.fr/actualite/situation-de-la-grece

 

AV: Et nous évoquons la situation grecque avec le résultat au référendum. Le peuple grec, à 60%, s’est exprimé contre le programme des réformes proposées par les créanciers de la Grèce, Jacques Cohen bonjour, est-ce que c’est un résultat surprenant ?

Cela montre que les référendums ne sont pas toujours des choses prédites, ni des choses rationnelles. Et très souvent il est plus facile d’y vendre du rêve que de vendre la réalité. S’il y avait eu un référendum en 1938 sur Munich, il est très probable que les Français auraient choisi d’approuver la politique de Daladier. Le choix des Grecs est à la fois un choix de désespoir et un choix désagréable qui est de donner un chèque en blanc à nouveau à une position démagogique.

La Grèce est un pays compliqué. « Né » veut dire « oui », « ochi » veut dire « non », quand on secoue la tête horizontalement cela veut dire « oui », et quand on veut dire « non », il faut relever la tête. Tout cela montre que c’est un pays un peu éloigné du reste de l’Europe.

Carte blanche donc pour Alexis Tsipras, pourtant son ministre des Finances qui avait dit : en cas de vote « oui » je démissionnerai, pourtant Varoufakis a démissionné alors qu’il y a eu un vote « non » ?

Il ne faut pas trop s’attarder sur Varoufakis. Il a démissionné ou il a été démissionné. Très probablement la tactique de Tsipras est une tactique de négociations avec multiples équilibres et plusieurs facettes, et il lui était donc utile de sacrifier Varoufakis.

Et maintenant ? On a beaucoup parlé de  Varoufakis parce que c’était un personnage assez extravagant, un peu loufoque, un peu brut de décoffrage, ça bougeait un petit peu les cadres à Bruxelles, là Tsipras se retrouve tout seul ?

Pas du tout, Tsipras n’a pas rompu avec toute l’oligarchie politico économique grecque et d’ailleurs il a immédiatement nommé un nouveau ministre des Finances qui est issu du sérail.  A la fois d’une grande famille ayant de nombreux biens en Grèce et à l’étranger, et qui d’autre part a passé l’essentiel de sa carrière en Angleterre.

Il faut s’attendre encore au jeu de poker menteur ?

Le problème c’est que les Grecs ne sont pas les seuls à jouer. Et les règles du jeu vont être de moins en moins celles qu’ils proposent. Parce qu’en Allemagne Merkel a commencé par faire une négociation intra-allemande avec le SPD, et même beaucoup plus loin. Regardez les prises de position du leader du SPD, de Martin Schulz qui lui est à l’Europe mais qui vient du SPD, et également les déclarations de Cohn Bendit. Cela suffit pour constater qu’on n’est pas dans une situation comme certains le pensent en France d’une chancelière de droite contre une opposition de gauche qui ne serait pas d’accord avec elle.

Tout le monde est d’accord en Allemagne sur le fait que s’il peut y avoir des aides et qu’on peut les recommencer, les prolonger, les multiplier etc, c’est à condition que des réformes de structure soient entreprises. Il n’y a pas de réformes de structure entreprises en Grèce ou plutôt les efforts relativement timides précédent ont été balayés par Tsipras. Il a quand même fait campagne en expliquant aux gens de ne pas payer leurs impôts parce qu’on allait changer tout cela, de même qu’on allait réembaucher des fonctionnaires et ainsi de suite.

Tout cela tient du miracle. Alors il ne faudrait pas blasphémer ici. Mais les miracles n’arrivent pas tous les jours d’une part, et d’autre part ce ne sont pas les politiques qui les font. Donc quand ils en vendent, généralement, ils sont un petit peu flapis comme miracles.

La situation grecque va maintenant être déterminée par une pression allemande pour des réformes avec une marge de négociation qui est l’habillage de « mise sous tutelle ou pas ». Les Grecs vont de plus en plus jouer les matamores, en en ayant de moins en moins les moyens, en étant sérieusement étranglés. Il faut se rendre compte que maintenant au jour le jour, en dernière analyse c’est en fait par l’Allemagne, derrière la BCE, que les liquidités des banques grecques sont contrôlées au jour le jour. Personne ne veut plus prêter, aucune prêteur privé ne prête à la Grèce. Les dettes de la Grèce ont été reprises par les Etats, l’excédent primaire dégagé par Samaras n’existe plus, les banques ne survivent que de la monnaie que donne la BCE au jour le jour. Il suffit de serrer un peu le robinet pour déclencher une panique ou pour obliger à tel ou tel acte comme par exemple de revenir sur les retraites accordées aux moins de 60 ans, ce que tous les gouvernements grecs jusqu’à présent ont fait semblant de vouloir mais n’ont pas fait.

Puis il y a des réformes structurelles beaucoup plus importantes. Il n’y a pas de cadastre en Grèce, donc aucune imposition sur la plupart des biens immobiliers. Les biens de l’église, puisqu’il n’y a pas de cadastre, ne sont pas non plus ni évalués, et d’autre part sont toujours non imposables.

La TVA n’est perçue par à peu près personne. C’est ce qui avait fait bondir Cohn-Bendit parce que Varoufakis s’était permis de faire une blague sur le fait que la TVA en Grèce ce serait bien difficile. Même quelqu’un comme Cohn-Bendit n’apprécie pas, ayant une culture franco-allemande par un des ses haplotypes, ce genre de déclaration.

Nous en France, Jacques Cohen, on a le sentiment que l’Allemagne est en osmose avec elle-même mais que sur les partenaires italiens et français, ce n’est pas la même chose. Est-ce qu’il ne faudrait pas que tout le monde se mette d’accord du côté des créanciers et nous les Européens ?

Je crois que d’abord la question se situe à l’intérieur de la France. Il n’y a pas de consensus en France sur la question parce qu’un certain nombre de gens croient à la suprématie du verbe. Seulement on va voir que malheureusement les prix ne se forment pas selon le verbe mais qu’ils vont se former en Grèce en fonction malheureusement d’une loi d’airain du point de vue économique. Et on arrivera à une espèce de compromis franco-français pour acclamer des choses et faire le contraire en expliquant que ce sont les méchants Allemands, ce qui sera certainement une façon relativement simple d’agir. C’est un manque de maturité économique et politique du pays qu’une politique soit menée sans l’assumer soi-même. La position de DSK ( geler la dette, cesser les prêts ) était tout à fait intéressante, mais beaucoup plus sévère que ce que les Français en ont compris.

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