Sur les ondes… L’affaire Masseret : un précédent périlleux

Emission enregistrée sur RCF Reims mercredi 13 janvier 16 : https://rcf.fr/actualite/lattitude-des-socialistes-dans-la-grande-region-est

AV: Chronique d’actualité avec Jacques Cohen, bonjour Jacques. Nous allons parler d’un sujet local, encore que la région est bien grande en ce moment. On va évoquer l’attitude des socialistes au niveau de la grande région. Le fait qu’ils siègent, qu’il y ait eu beaucoup de rififi pendant les 2 tours. D’abord avant de commencer, on dit Grand Est, Acal, une idée de nom ? Qu’est-ce qu’il faut faire ? Une consultation publique ?

On verra bien. Je pense que c’est Grand Est qui s’imposera.

Du côté des socialistes, on avait plusieurs catégories de personnes à l’issue du second tour. On se souvient que Jean-Pierre Masseret n’avait pas voulu se retirer alors que certains de ses colistiers lui demandaient fortement de se retirer ?

Ce ne sont pas seulement ses colistiers qui demandaient son retrait. C’est le parti socialiste comme structure nationale, c’est le Premier Ministre et donc implicitement le Président de la République.

Masseret a choisi de maintenir sa liste. Techniquement il pouvait le faire, sauf si la majorité des colistiers disaient avant le mardi à 18 heures qu’ils étaient contre.

Il y avait 3 catégories de candidats. Il y avait des candidats d’accord avec Masseret pour se maintenir et le disant ouvertement. Il y avait des candidats qui étaient tout prêts à se maintenir tout en évitant de trop le dire, de telle façon que si par hasard il y avait un retour de bâton du national, on ne leur tape pas sur les doigts. C’est un nombre d’individus qui n’est pas négligeable. Ce sont les ménageurs de chèvres et de choux.

La 3e catégorie, ce sont les militants disciplinés qui considéraient que la consigne nationale étant le retrait, il fallait l’appliquer. Il y a eu au minimum 71 personnes de cette catégorie. Il en fallait 89. J’en connais une dizaine dont les demandes de retrait de liste sont arrivées en retard, et peut-être quelques autres, donc en fait c’était très tangent si on avait eu une consultation ouverte.

Mais la question n’est guère là. Ce n’est pas une question de consultation et de décision individuelle locale. Un parti, surtout pour un scrutin de liste, donne les investitures nationalement. Là, on a assisté à quelque chose d’étonnant qui est le maintien d’une liste contre la position nationale, contre la structure du parti, sur une parfaite autonomie locale.

Ce qui est arrivé depuis est encore plus étrange. Parce que finalement le rififi est encore compréhensible. Ce qui est étrange c’est la paix des braves. C’est-à-dire le fait que Masseret n’est pas exclu, qu’il n’y a qu’un seul groupe socialiste au conseil régional qui réunit les gens qui le voulaient vraiment et les « malgré nous », puisque nous sommes dans l’est! Donc ceux qui ont été « malgré nous », dont ceux qui ont été élus à l’insu de leur plein gré, se retrouvent avec les partisans de l’opération du maintien.

Je rappelle que la position nationale du retrait était qu’il fallait absolument faire barrage au Front National, ne pas prendre le risque d’une élection du Front National. Et d’ailleurs les électeurs, eux, ont appliqué la consigne. Richert a récupéré la plupart des électeurs socialistes. Le score apparemment identique ou presque, de Masseret aux deux tours vient en fait du siphonnage par vase communiquant de la gauche de la gauche qui cette fois ci a voté pour lui tandis que les socialistes ont voté Richert.

Cette réunification est allé jusqu’à choisir d’avoir un groupe commun. Un groupe parlementaire commun des 3 variétés que je vous ai indiquées précédemment d’élus l’ayant voulu ou à l’insu de leur plein gré et ceux qui ne l’étaient pas totalement à l’insu de leur plein gré.

Un seul groupe, cela revient à entériner l’autonomie et le droit à la dissidence des listes locales. Donc un retour en arrière considérable, en revenant au temps de la SFIO et d’un découplage complet de la politique locale et régionale dans chaque féodalité, de la politique nationale qui était dictée par un petit groupe qui, à l’époque, était logé Cité Malesherbes.

La faute est à qui dans cette affaire ? Est-ce c’est la rue de Solférino qui n’a pas été assez ferme en prenant tout de suite des mesures ? Et là visiblement en voulant un petit peu calmer le jeu en disant : bon c’est de l’histoire ancienne ?

C’est un choix à mon avis périlleux de la rue de Solférino c’est-à-dire de la direction nationale du PS. Qui certes récupère de cette façon là les cotisations des élus qui ne sont pas négligeables, mais entérine un précédent qu’elle paiera cher. Le parti socialiste paiera cher au prochain débat car, si j’ose dire, si la scission est autorisée avec un élastique, les gens auront moins peur de faire scission.

Masseret gagnant sur tout la ligne finalement non ?

Totalement. Alors qu’il a été désigné par la structure nationale du Parti Socialiste contre beaucoup de militants qui lui trouvaient des tas de défauts. Que ce soit son âge, que ce soit son système familial, que ce soient les opérations d’investissement de son conseil régional. Il a donc été désigné parce qu’il avait en quelque sorte l’onction nationale. Il a ensuite joué son propre jeu et il va pouvoir continuer à cumuler sénateur, conseiller régional. Il n’est certes plus président, c’est un moindre cumul qu’auparavant.

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