L’adieu aux armes des FARC en Colombie

Chronique du 28 septembre 2016

FARC : L’adieu aux armes

Sur RCF: https://rcf.fr/embed/1401642

On va s’intéresser aujourd’hui à l’accord entre le gouvernement colombien et les FARC qui vont donc déposer les armes. On va essayer de comprendre avec vous, un petit peu, pourquoi finalement les FARC ont décidé de déposer les armes ! Cela peut paraître surprenant de se dire que cette guérilla armée, change un petit peu aujourd’hui « son fusil d’épaule », si je puis dire.

Oui, mais plutôt « l’arme aux pied » nous dirons-nous ! Et bien, parce que ce sont des gens, malgré les apparences, extrêmement lucides et raisonnables.

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Accord de Paix: tous en blanc !

Une guérilla, ce cas d’école le rappelle, a besoin d’avoir des territoires libérés, d’avoir des bases qui soient des sanctuaires, des bases arrières qui soient extérieures, de l’argent et d’autre part, d’avoir des moyens de déstructuration de la vie politique et du jeu politique du pays dans le jeu traditionnel de l’autre côté. Et là, les FARC ont vu qu’ils gardaient, à peu près, des sanctuaires chez eux, des zones libérées, mais que leurs sanctuaires extérieurs, leurs bases arrière au Venezuela ou à Cuba, battaient sérieusement de l’aile et qu’on les laissait tomber, donc qu’il fallait négocier. Alors, ils ont pas mal négocié, sans attendre  d’être exsangues.

Ils ont une carte intérieure en poche qui est l’économie de la drogue et le gouvernement a quand même très envie, sinon de liquider cette économie, du moins d’en avoir sa part. Les négociations sous l’égide des Cubains se sont passées, comme toute bonne négociation, c’est-à-dire que personne n’est content, mais tout le monde s’y résigne.

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Les FARC en 1998

Du côté du gouvernement, il a fallu faire un certain nombre de concessions pour permettre une réinsertion civile des FARC. Il y a aussi quelques avancées vers, justement, cette intégration économique, comme on peut le dire pudiquement.

L’opposition au gouvernement actuel, râle des deux côtés. L’opposition de droite dit que « c’était le dernier quart d’heure, il fallait tenir, on aurait fini par avoir leur peau » sauf que c’est vendre « la peau de l’ours », et l’opposition de gauche trouve aussi, alors qu’elle, elle a joué le jeu, qu’elle est bien mal récompensée de voir débarquer dans le jeu politique, auréolé de leur survie à un affrontement majeur, pendant 50 ans, ces FARC. Mais c’est pour cela que je suis relativement optimiste sur le succès vraisemblable de ce cesser le feu. Je crois que cette fois-ci c’est réellement « l’arme au pied ».

Et vous l’avez dit, avis très partagé sur la scène politique colombienne. Est-ce que, vous avez expliqué, effectivement, qu’il y a besoin de bases arrière, d’une économie, de contrôler des territoires, est-ce que les FARC n’étaient pas en train de s’essouffler tout simplement ?

Oui, mais entre être essoufflé et être mort, il y a, heureusement, une assez large marge et donc ils pouvaient encore « pourrir » la vie du gouvernement et détruire l’économie colombienne pendant un bout de temps. Donc le raisonnement était assez réaliste. D’autant que le gouvernement avait comme problème qu’il avait voulu en finir avec les milices et les activités paramilitaires court-circuitant la loi donc avec le risque d’une dictature de bandes armées. Et que s’il arrivait à les contrôler, il fallait qu’il contrôle les FARC également ou si à l’inverse, il n’arrivait pas à contrôler les FARC, ceci risquait de susciter à nouveau un retour de bâton vers des groupes paramilitaires plus ou moins aidés par les grands voisins du nord, puisqu’il ne faut pas oublier que tout cela, se passe dans une zone où il y a beaucoup de cocaïne.

Est-ce que le peuple colombien en sort gagnant ?

Il est peut-être un peu tôt pour le dire, mais si les choses se passent bien, il sera gagnant. Ne serait-ce que parce que la Colombie a quand même pas mal d’atouts, gâchés par cette guerre civile pendant plusieurs dizaines d’années et que comme toujours, le développement économique  cahin-caha devrait profiter à tout le monde, même s’il profite plus à certains qu’à d’autres.

Pays, on le rappelle, à la géographie très variée…

C’est sûr qu’entre une zone urbaine et les confins du Brésil en zone amazonienne comme Léticia, il n’y a pas grand-chose en commun. C’est un pays très diversifié, non seulement du point de vue du climat, mais du point de vue du contexte. Il y a, par exemple dans la capitale, des activités scientifiques tout à fait convenables et encore une fois, à Leticia, on est au contraire quelque part dans la conquête de l’Amazone, dans le film de Werner Herzog.

Oui, donc vraiment, un pays aux multiples facettes et vraiment très changeant. Alors, c’est vrai que Bogota est une capitale qui bouge, vous m’avez dit sur le plan  scientifique, il y a vraiment des choses intéressantes.

Il y a un développement économique, un potentiel culturel technique pour cela. Il y a une société extrêmement différenciée et également archaïque dans le poids, par exemple de la structure militaire, de la défense, etc., et de la police. Là aussi ce sont des choses qu’une paix permet de modifier très rapidement parce que, pour avoir la peau des FARC, les autres se saignaient quand même aux quatre veines.

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