Retraites: un régime unique pour tous ou pour chacun..?

Chronique du 06 décembre 2019

Sur les ondes de RCF: https://rcf.fr/embed/2253195

Bonjour Jacques.

Bonjour.

Jacques on va parler de l’actualité, les manifestations c’était ce jeudi dans toute la France, cela se prolonge d’ailleurs ce vendredi, cela risque de se prolonger ce week-end et en début de semaine prochaine. De votre œil de chroniqueur, de votre œil d’analyste comment analysez-vous la situation, que se passe-t-il selon vous JC ?

Et bien, le président a voulu mettre en œuvre une idée simple, que les retraites avec 36 régimes c’est compliqué et que ce n’est pas forcément très égal comme résultat. Donc à ce moment-là l’idée simple c’est un régime unique avec des points acquis selon les droits de la même façon pour chacun. Le problème c’est que contrairement à ce qui a dû être imaginé, le gouvernement n’était pas le premier à y penser, mais les idées simples si elles ne sont pas mises en œuvre, c’est que ce sont des idées simplistes, parce que de nombreux gouvernements ou spécialistes des retraites y avaient pensé et tout le monde y a renoncé, non pas parce qu’ils étaient peureux, mais tout simplement parce que cela ne marche pas. Cela ne marche pas parce que tout est lié.

Le principal problème c’est que les retraites et les profils de carrières sont liés, il y a des professions où la carrière commence très tard, il y a des professions où les salaires sont bas et ne montent que vers la fin – c’est pour cela que les fonctionnaires, par exemple, avaient les retraites calculées sur les 6 derniers mois et ainsi de suite – et donc c’est un peu comme un mikado ou un château de cartes, si on essaye d’enlever un truc sous prétexte que de toute façon on va homogénéiser, l’ensemble du système s’écroule. Et quand on dit qu’on va compenser, cela veut dire qu’on annonce un truc pour faire des économies et qu’ensuite on va devoir mettre de l’argent pour mettre de l’huile dans les rouages. De toute façon ce sont des sommes totalement d’une échelle telle qu’on n’aura pas les moyens et les Français comprennent bien qu’on veut leur prendre tout de suite et qu’on leur dit qu’on leur rendra plus tard, ce qui généralement ne les persuade pas de la réalité de la chose.

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JC, le gouvernement voulait mettre en place ce système des retraites, cette réforme avec une idée de tout le monde pareil, mais si on comprend bien comme vous l’avez dit, tout est lié, il y a les profils de carrière, ce genre de choses. Cela veut dire que même en voulant faire tout le monde pareil, finalement on va devoir du différent ou comment on va faire les melting-pots ?

Exactement et on a déjà 2 ministres importants, ayant un grand nombre d’administrés qui ont commencé la veille des manifestations à déclarer « oui, mais pour nous ce ne sera pas pareil ». C’est Blanquer pour l’éducation nationale et Castaner pour l’intérieur « ne vous inquiétez pas on va compenser pour que vous ne perdiez rien » a dit Blanquer. et pour lIntérieur c’est encore plus spectaculaire, Castaner a dit texto que « les spécificités de la fonction de policier et donc de leurs retraites seraient préservées ». Vous avez remarqué le mot « spécifique », et d’autre part, que « le droit de partir de façon anticipée sans trop perdre sera préservé également ». Donc en fait, on va avoir, si on fait les choses jusqu’au bout, un régime commun avec des modalités particulières en amont au lieu d’être à la fin. Cela revient exactement au même et c’est parce qu’il n’y a pas de solutions pour un régime totalement homogène.

Cela veut dire que si ce n’est pas pareil pour tout le monde actuellement, JC, c’est que finalement il y a des bonnes raisons aussi peut-être ?

Exactement, parce que justement c’est une idée simpliste de penser qu’il serait égalitaire que tout le monde soit traité de la même façon, parce que tout le monde ne travaille pas de la même façon, parce que les carrières sont différentes selon les professions parce que, par exemple, je me vois difficilement demander à un couvreur de monter sur les toits entre 62 et 65 ans, etc.

Et comment tout cela est perçu par la population Jacques ? Parce que c’est quand même nos auditeurs sur RCF et puis le public qui est le premier concerné, comment tout cela est perçu

Il y a 3 points. D’abord la population perçoit que s’il y a de moins en moins de gens qui travaillent et qu’il y a de plus en plus de retraités, il finira par y avoir un problème. Alors le conseil d’orientation des retraites est censé traiter ce genre de choses, malheureusement il lit dans le marc de café, parce que les prédictions, surtout sur l’avenir, comme dirait Woody Allen, c’est difficile et là il s’agit de définir des choses en fonction d’une population active et d’un taux de chômage et d’un taux de croissance à 25 ou 30 ans, c’est très difficile. Quand on entend, par exemple, qu’il y a 2 ans le conseil d’orientation des retraites disait, « non il n’y a pas de problèmes particuliers, on est à l’équilibre » et qu’il dit là « on a quelque chose qui devrait tourner autour de 7 milliards de déficits », puis qu’il dit un peu plus tard, « oui, mais 7 milliards cela peut en faire 17 », de toute façon, tout cela c’est dans le marc de café et dans l’épaisseur du trait. Les retraites, c’est plus de 350 milliards par an, c’est quasiment le budget de l’État ou presque, donc un truc à 5 milliards, c’est dans l’échelle de la précision de prédiction, quand bien même la prédiction serait bonne, or la prédiction est très loin d’être bonne. En fait, le principal problème c’est la fraction de population active, c’est-à-dire employée et on s’aperçoit qu’entre le chômage déclaré et puis 36 solutions pour payer mal les gens à ne rien faire, on a à 55 ans à peine 50 % d’une classe d’âge qui travaille, et au-delà de 60 il n’y en a plus beaucoup du tout, en dehors des fonctionnaires. En plus, c’est une illusion de penser que de faire travailler les gens beaucoup plus tard va faire des économies, cela fait des économies sur la ligne retraite, mais on les paye ailleurs, parce que les travailleurs âgés sont mieux payés, c’est normal puisqu’ils sont en fin de carrière avec le glissement vieillesse et de technicité, et d’autre part leur absentéisme s’envole, alors bien sûr ils n’ont plus de grossesses, mais ils tombent malades. Et donc, on constate depuis qu’on a décalé au-delà de 60 qu’il y a un absentéisme plus important, donc des charges qui en découlent. Alors sur le compte des retraites c’est merveilleux, mais sur le compte de la sécu cela ne l’est pas du tout.

JC, vous nous avez dit comment la population perçoit cela, il y a 3 points, vous en avez développé un largement, il en reste deux autres, on aura peut-être un peu moins de temps, mais en quelques secondes rapidement, les deux autres points ?

Et bien, l’autre point c’est le danger du curseur unique. Cela, la population se rend tout à fait compte que si c’est le gouvernement qui seul à la main sur le bouton, il peut en une fraction de seconde décider de piquer 1,2,3,4, 5 %, voire plus. Une gestion paritaire du curseur d’un système de caisse unique par point est absolument indispensable. J’avais déjà dit tout à l’heure que la population a la perception que l’on prend tout de suite et que l’on rendra peut-être plus tard en sachant que l’argent n’est pas disponible pour cela. Donc la population a l’impression d’une entourloupe relativement classique et je crois que pour aujourd’hui nous ne traiterons que ces points, il restera le faux semblant des régimes spéciaux et des caisses autonomes, mais si vous me donnez 30 secondes, je peux quand même en dire un mot.

Très rapidement Jacques, très rapidement.

C’est mis en vitrine et c’est totalement marginal. Il y a 2 choses, les fonctionnaires c’est une chose importante, on en a parlé. Les caisses autonomes, par définition elles sont autonomes, elles vivent très bien dans leur coin, comme par exemple celle des avocats, je ne vois pas très bien pourquoi il faudrait aller leur piquer leurs réserves. Et ensuite il y a les régimes dits spéciaux qui concernant par exemple, la SNCF, les gaziers, électriciens, etc. Leurs problèmes c’est que ce sont des professions qui avaient beaucoup de gens et qui en ont beaucoup moins et donc en revanche, leurs retraités ils sont là. Et les déficits que l’on annonce ne sont pas des problèmes de ceux qui y rentrent, c’est le problème de ceux qui sont à la retraite. Que l’on gère en système nouveau ou ancien, la charge pour l’État du régime de la SNCF où il y a bien plus de retraités que d’actifs, la différence sera minime, d’autant plus que les modalités d’entrée en retraite ont déjà été largement révisées progressivement, en particulier sous HOLLANDE, et que donc là il y a un affichage politique, j’allais dire revanchard et ridicule, de mettre en vitrine quelques avantages qui sont en voie d’extinction pour masquer le problème général. Encore une fois ces régimes-là représentent au total moins de 3 % de l’ensemble des retraités.

Merci JC. Je ne vous retarde pas plus longtemps, on ne prend pas plus de retard dans ce 18/19 en Champagne, merci d’avoir été avec nous, à très bientôt JC.

À très bientôt.

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