L’Ukraine, un piège pour les 2 camps

Chronique du 04 mars 2022

Sur les ondes de RCF: LIEN

Jacques Cohen, vous êtes avec nous comme toutes les semaines pour votre chronique d’actualité qui une fois n’est pas coutume, n’est pas consacré au Covid cette semaine, mais à l’Ukraine.

Et bien, le Covid a disparu des médias alors qu’il est toujours dans les hôpitaux, je peux vous le dire puisque je reviens d’une série de gardes. Il y a encore un nombre de malades considérable, mais on en parle plus, donc nous allons faire comme tout le monde, car il est vrai que l’Ukraine est un problème sérieux. Et bien, ce que je voudrais expliquer aujourd’hui c’est que l’Ukraine est un piège pour les deux camps. Un piège dans lequel Vladimir Poutine est tombé, mais il y en a un second pour les gens qui l’y ont poussé, parce que malheureusement les guerres cela se déroule rarement comme c’était prévu. Tout d’abord le piège dans lequel Poutine est tombé :

les Occidentaux, en fait les USA ont essayé d’obtenir une roumanisation polonisation de l’Ukraine, c’est-à-dire l’attacher au monde occidental, l’armer ( environ un milliard de dollars de matériel en 2021 ) de façon à empêcher une intervention russe , puis finir par mettre des missiles sur son territoire de façon à sanctuariser contre toute intervention et récupération par la Russie.

lvov lviv lemberg 2006 750 ans

Feu d’artifice pour célébrer en 2006 les 750 ans de la cité de Lvov Lvow Lviv Lemberg, dont la province s’appelait autrefois le Galicie, qui a changé de mains et souvent de nom une bonne vingtaine de fois, dont la moitié durant le dernier siècle. Tour à tour et dans le désordre russe tatar autrichienne, hongroise, austro-hongroise, polonaise, lithuanienne, suédoise, cosaque, ukrainienne, allemande,  soviétique…..

Un piège pour VV Poutine

La tactique en question, ce projet, était prévu pour faire comme cela s’est passé dans les Pays baltes, comme cela s’est passé en Pologne et en Roumanie, pour faire les choses sous forme d’étranglement progressif sans déclencher de réactions violentes de la Russie. Quelques petites provocations dernièrement, en fin 2021, comme le passage de drones turcs aux Ukrainiens qui ont commencé à faire un petit essai dans le Donbass, celui d’un destroyer britannique qui est allé délibérément dans les eaux territoriales de la Crimée en disant « moi je passe là en Ukraine en fait ». Tout cela a conduit Poutine à considérer qu’il fallait qu’il joue son va-tout et son va-tout va le conduire à faire la guerre à toute l’Ukraine et non pas à une opération limitée dans l’est du pays, à bombarder les Ukrainiens,– ce n’est pas comme cela qu’on gagne le cœur des gens –, donc il sera détesté. Il y a le risque d’avoir, après la victoire, une guérilla, d’avoir une guerre qui va lui coûter cher militairement et économiquement, donc, de ce point de vue là, on peut dire qu’il est tombé dans le piège.

Un piège pour les USA

Mais il y a un deuxième piège qui est pour ses adversaires parce que la politique stratégique des États-Unis, c’est d’avoir un adversaire qui est la Chine. De coincer la Russie à s’allier à la Chine n’est peut-être pas une très bonne idée de ce point de vue là. Les USA ont renoncé comme politique mondiale à l’intervention massive, sans solution politique autre que la pluie de dollars. Le fiasco américain en Afghanistan, préfigure d’ailleurs, les dollars en moins, ce qui attend V Poutine s’il s’enlise en armée d’occupation fraternelle. 

Le « désengagement » US, du gendarme au contrôle à distance

La politique de refoulement de la Russie et de guerres par procuration ou par drones des USA montre ici sa limite. La politique en fait d’Obama, de refuser d’être gendarme du monde et d’en garantir la paix pour se contenter d’un morcellement à l’infini de pays, peuples et communautés qui s’entre-tuent ensuite tout à loisir, en n’agissant que du ciel quand ses intérêts sont mis en cause montre ici l’une de ses limites. Une autre étant le Yemen ou la Somalie où le « no touch » à peu de frais n’a pas fonctionné non plus. 

Et d’autre part, même pour la politique de balkanisation qui voulait faire cela en douceur, d’avoir obtenu comme réaction que Poutine n’a pas pris simplement des mesures pour sauvegarder le Donbass, mais pour vouloir récupérer toute l’Ukraine et de façon militaire c’est un échec parce que les États-Unis ne vont pas bouger. C’est-à-dire qu’il n’y aura pas de guerre pour contrer la guerre de Poutine immédiatement. Et que donc, ce qui va aussi être un exemple tout à fait significatif sur la planète, c’est que les Ukrainiens vont être encouragés par toute la communauté occidentale et par les USA, mais qu’ils vont être bien seuls quand l’armée ou la guérilla ukrainienne seront massacrées parce que les États-Unis n’interviendront pas et que donc de ce point de vue là, avoir déclenché une guerre chaude en poussant Poutine à agir, mais de ne pas avoir préparé et ne pouvoir ni vouloir suivre pour l’escalade suivante, et bien, c’est très ennuyeux pour la crédibilité des USA et des occidentaux. Alors, vous me direz que pour l’instant à qui perd gagne, c’est Poutine qui prend le plus, mais qui perd le plus.

Malheureusement, les choses se passeront différemment à l’étape suivante parce que les conséquences économiques sur la Russie seront pénibles, mais elles seront aussi tout à fait pénibles sur l’Europe occidentale, à la limite les États-Unis souffriront moins. Et le grand enjeu stratégique c’est l’après-guerre ou l’après-Poutine qui peut d’ailleurs être la même chose, c’est-à-dire va-t-on continuer une politique de refoulement de la Russie, la politique générale US de balkanisation et de morcellement pour éviter toute puissance régionale qui les gène dans le vaste monde ou bien va-t-on assister à une émergence d’un poids Européen ? S’il y a un poids économique politique et militaire Européen, l’inéluctable après la guerre est de trouver un accord et de se retrouver avec un développement économique réciproque et une transformation de la Russie par le développement économique venant de l’Ouest, ce qui s’était passé pour la RDA, mais qui n’est pas du tout à l’ordre du jour.

Différentes options discutées aux USA

Du point de vue US, il y a aussi des divergences. Paradoxalement le Pentagone, aux États-Unis, qui a comme objectif la guerre avec la Chine, ne veut pas de cette guerre avec la Russie. Ils viennent d’installer par exemple une ligne de téléphone rouge comme on dit, pour éviter qu’un incident ne dégénère, c’est quand même assez significatif. Mais, il y a des courants qui veulent cette guerre parce qu’il y a toujours des courants pour vouloir la guerre en pensant que c’est une solution simple aux problèmes compliqués et qu’ensuite cela peut rapporter beaucoup d’argent parce qu’on doit faire une production importante pour cela au point de vue industriel. Le complexe militaro-industriel existe partout, mais aux États-Unis c’est tout à fait notable, donc c’est aux États-Unis que se trouve aussi une divergence sur ce qu’il faut faire.

Présent et futur de la politique Russe

En Russie, si j’ose dire, pour l’instant c’est réglé, parce que Poutine décide, la Russie a des féodaux qu’on appelle de nos jours Oligarque mais qu’on peut appeler mafieux, l’Ukraine est d’ailleurs de ce point de vue là, non pas l’anti-Russie comme il dit, mais la caricature de la Russie parce que c’est un pays avec des féodaux mafieux, mais où il y a pas de pouvoir central, alors qu’en Russie le pouvoir central échappe pour l’instant aux féodaux. Cela pourrait basculer, mais je n’y crois pas beaucoup.

Je crois, plutôt que soit Poutine réussira son opération et restera à la tête du pays pour négocier la paix après avoir fait la guerre, ou bien qu’il sera balayé et que d’autres feront la paix. Mais de toute façon personne ne fera la paix sous la forme d’une capitulation, ce qui d’ailleurs ne serait l’intérêt de personne pour une paix durable.

Donc, nous sommes partis pour une chose longue. Nous sommes partis pour une guerre coûteuse pour les Ukrainiens avec un gros exode de population puisque Poutine n’a pas fermé la frontière. S’il avait voulu une guerre courte, d’ailleurs, il aurait commencé par fermer la frontière en descendant depuis la Biélorussie, le long de la frontière occidentale. Il ne l’a pas fait ce qui veut dire qu’il accepte une guerre plus longue et plus coûteuse pour démontrer que les Occidentaux n’aideront pas les Ukrainiens. C’est ce qu’on peut faire comme pronostic à court terme. En prenant une image comme comparaison, à Kiev et Kharkov, la démo que cherche VV Poutine, c’est plus Budapest 1956 que Prague 1968.

A plus long terme, si les choses ne s’enveniment pas trop, un retour à la politique d’influence ou « soft power » voulant changer la Russie par son développement serait très utile aux européens, s’ils finissent pas exister politiquement et militairement, ou paradoxalement si les faucons sinophobes finissent par l’emporter aux USA.

Et malheureusement, comme toujours, la guerre c’est quelque chose d’épouvantable pour les populations civiles – et d’ailleurs un peu aussi pour les armées qui dans un mois seront, hors des villes, dans la boue du dégel–.

Chez nous……

Ce qui est à craindre c’est que les rodomontades de militarisation, et des surenchères de réactions bravaches occidentales finissent par créer quelques incidents. Et qu’alors que personne ne le veut, on passe à l’étape suivante, c’est-à-dire un engagement des occidentaux dans un front sur les frontières des pays baltes, sur la frontière de l’Ukraine et jusqu’à Lvov, qui soit celui d’une guerre chaude. C’est-à-dire le Donbass depuis 2014, mais en beaucoup plus grand et avec à ce moment-là des conséquences imprévisibles.

Mais ce n’est pas l’hypothèse la plus probable, pour l’instant les deux parties, si j’ose dire, USA et Russie sont en train de se brûler les doigts sur leur raisonnement réciproque qui finalement ne résiste pas à l’épreuve des faits.

Donc, vous nous dites aujourd’hui que nous n’en sommes qu’au début, quasiment ?

Hélas, c’est tout à fait le cas. Et d’autre part nous en sommes non seulement au début, mais nous ne sommes pas sur un épisode unique qui va durer plus ou moins longtemps, mais sur plusieurs étapes dont il faut attendre les développements. Et à l’étape suivante, les opinions publiques occidentales bien sûr, mais surtout les Ukrainiens vont avoir du mal à comprendre qu’on ne les aide qu’en saisissant des bateaux de luxe et en leur donnant quelques armes qui pour l’instant rentrent, mais ne changeront pas l’équilibre ou plutôt le déséquilibre des forces.

Merci, Jacques Cohen, pour votre chronique d’actualité qui cette semaine portait sur l’Ukraine, « un piège pour les deux camps » comme vous nous l’avez démontré. À la semaine prochaine.

À la semaine prochaine. N’ayant pu traiter le point faute de temps, je parlerai peut-être plus en détail de la question des néo-nazis antisémites ukrainiens, puisque VV Poutine, met en priorité dans ses buts de guerre la dénazification de l’Ukraine, qui ne serait pas un point insurmontable lors de négociation de paix. 

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