hm Cohen 5 5 septembre 2025
Sur les ondes de RCF : lien
La chronique d’actualité, la première de la saison 2025-2026 avec le fidèle Professeur Jacques Cohen qui est avec nous par téléphone. Professeur, Bonjour.
Bonjour.
C’est un véritable plaisir de vous retrouver pour ce début de saison bien évidemment, avec cette chronique d’actualité aujourd’hui consacrée aux déplacements de population, du génocide au divorce entre les peuples. Que voulez-vous dire par là par ce titre, Professeur Jacques Cohen ?
Et bien, pour cette chronique de rentrée, je pense qu’il faut prendre un peu de hauteur et étudier, envisager et interroger des concepts qui sont globalement admis les yeux fermés et qui ne tiennent en fait pas tant que cela debout.
En particulier, on considère que les populations ont le droit à un territoire, que quand on les vire c’est très vilain, que cela s’appelle un génocide.
Alors que le terme glisse, puisqu’au départ il s’agit des cas où on détruit une population et non pas où on les déplace, Mais le terme a glissé en disant que cela pouvait être aussi un changement culturel
C’est très différent par exemple quand les Cimbres ont été exterminés jusqu’au dernier bébé par les Romains, par rapport à des camps de réfugiés qui maintenant durent de générations en générations. Donc le concept est très très mal interprété et pourvu d’un opprobre, et d’un opprobre qui est injustifié.
Si on peut prendre quelques exemples de ce que justement les divorces entre les peuples ce n’est pas forcément la pire solution au contraire,.
Prenons déjà après la seconde guerre mondiale, on a déplacé carrément la Pologne, on a viré 12 millions d’Allemands, C‘est quand même spectaculaire, et vous me direz c’est que les Russes avaient des solutions assez expéditives parce que la guerre avait été épouvantable.
Mais on peut reprendre les choses autrement dans le cas des Sudètes. Vous vous rappelez sans doute que les Sudètes c’est en 1938, c’est la crise qui conduit à Munich et à l’annexion ensuite de la Tchécoslovaquie. Ensuite bien évidemment les Allemands ont occupé toute la région, ont réduit la population non germanique quasi en esclavage.
Mais en 45, que fait Churchill ? Il explique que les Sudètes doivent se barrer, et se barrer au plus vite parce que sinon ils vont être liquidés. Et c’est ce qu’il s’est passé. Il ne faut pas croire que les atrocités soient une spécialité exotique et qu’il n’y en ait pas eu en Europe. Des Tchèques ont quand même liquidé massivement les Sudètes, en faisant faute de munitions, rouler des camions sur des gens qui étaient mis par terre à plat ventre . Et cela n’était pas beaucoup mieux que lorsque les Arméniens et les gens de Bakou s’égorgent ou se décapitent selon les spécialités locales.
Donc malheureusement, quand les peuples se détestent massivement, et bien à ce moment-là, la séparation des populations est une moins mauvaise solution que de faire continuer indéfiniment des obsèques et une détestation réciproque.
Et d’ailleurs cela permet d’obtenir des paix relativement durables et relativement rapides. Si on prend justement cet exemple des Arméniens et des Azerbaïdjanais, et bien on s’aperçoit qu’il y a eu trois guerres avec un sort des armes différents. A chaque fois les choses ont été relativement simples, ceux qui perdaient se barraient. Cela a été récemment le cas du Haut-Karabakh, et les autres prenaient la place et vice versa.
Et bien, moins d’un an après, il a été possible d’organiser un traité de paix parce que précisément il ne reste plus de population encerclée, elles se sont sauvées pour ne pas être massacrées ou parce qu’elles pensaient qu’elles allaient être massacrées. Donc les séparations entre les peuples sont quelquefois la bonne solution.
D’autre part, quand on regarde l’aspect l’insurrection et contre-insurrection, il est tout à fait admis que la seule solution beaucoup moins coûteuse en victimes et en dégâts humains, la bonne seule solution c’est d’enlever les civils et de faire des camps de regroupement de façon à permettre de liquider une guérilla. Ce qui a été fait par les Anglais et , par les Hollandais, même en Asie après 45, et finalement qui a conduit à beaucoup moins de morts que lorsqu’on fait perdurer une guerre plus ou moins civile. Donc vous voyez le concept de déplacement de population qui permet de résoudre une question par le divorce et sans droit de visite, et bien ce n’est pas forcément une mauvaise chose, alors qu’actuellement on a une image des déplacements de population comme un tabou qu’il ne faut pas enfreindre et on enracine les problèmes en enracinant les gens.
Professeur Jacques Cohen, vous avez évoqué effectivement ces déplacements de population en vous appuyant sur des exemples historiques non contestables, mais vous n’avez pas fait référence à l’actualité et notamment si l’on regarde ce qu’il se passe du côté de la bande de Gaza, Professeur Jacques Cohen.
Et bien tout simplement pour une question de temps, parce que ma chronique n’est pas illimitée et mais ne me défilerai pas, nous en parlerons bientôt. On peut juste dire rapidement qu’actuellement la population palestinienne dans la bande de Gaza, c’est un peu le sparadrap du capitaine Haddock, c’est à dire qu’elle est promenée à droite et à gauche dans la bande de Gaza, que les civils ne sont toujours pas séparés des poches de combat parce que les Égyptiens n’ont jamais voulu que la population civile quitte Gaza et les Israéliens n’ont pas eu le culot de dire « très bien dans ce cas-là c’est nous qui les prenons dans le Negev », ce qui aurait été probablement une solution qui aurait donné une meilleure image à la contre-attaque israélienne après les massacres et pogroms qui ont été lancés par le Hamas. Mais ceci étant dit, on retombe sur ce que je viens de vous dire, c’est à dire que les séparations de population, contrairement à ce qu’on raconte, sont souvent les seules solutions quand les peuples ne s’aiment plus ou ne s’aiment pas, ou se détestent et se massacrent, mais nous en reparlerons.
Effectivement Professeur, on aura plaisir à en reparler de ces déplacements de population. Cette grille de lecture quelque part que vous nous proposez aujourd’hui sur les déplacements de population en disant c’est peut-être parfois une bonne solution, est-ce-que c’est une idée facile à faire entendre, j’allais dire, auprès de tous ?
Et bien justement, il faudrait en revenir à liquider l’ idées reçues que c’est la pire des choses. La grille de lecture qui s’impose actuellement fait perdurer des camps de réfugiés et des intrications de population de façon insoluble.
Revenons sur l’exemple du Moyen-Orient, quand vous voyez des camps de réfugiés de 3ème, 4ème, 5ème génération dans des pays qui sont artificiels parce que payés par l’Union Européenne ou payés par la diaspora dans l’autre camp, on est dans des situations qui deviennent de plus en plus insolubles. Et on est d’autre part parmi des populations qui se développent depuis un demi-siècle et avec à la longue des cultures tout à fait authentiques et dont les déchirements sont beaucoup plus intenses et seront beaucoup plus difficiles à gérer que, si j’ose dire, une chose simple comme l’affaire de la guerre Arménie-Azerbaïdjan avec un perdant et un vainqueur qui change d’ailleurs à chaque tour de piste sur 30 ans.
Et bien en tout cas, un grand merci Professeur Jacques Cohen, de nous avoir éclairés dans cette première chronique d’actualité de l’année. Évidemment, on retrouve toutes vos bonnes idées sur votre blog jhmcohen.com et on vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour un nouveau thème.
Oui et la chronique sera mise en ligne dans quelques jours, il y a un petit peu de décalage, mais nous allons pouvoir reprendre une activité normale.
C’est avec plaisir Professeur, à très bientôt.
