Sur les ondes… Fin de l’épidémie de sida pour 2030 dit l’OMS.

Emission enregistrée mercredi 2 décembre 2015 sur RCF Reims : https://rcf.fr/actualite/sida-90-trois-fois

AV: Chronique d’actualité avec Jacques Cohen, bonjour Jacques, le premier décembre, c’était la journée de lutte contre le sida et vous souhaitiez évoquer cela dans votre émission. Avec notamment les différents objectifs que l’OMS a fixé, la ligne directrice que l’Organisation mondiale de la santé a fixé ?

Oui, le 1er décembre est la journée mondiale de lutte contre le sida depuis une vingtaine d’années. Il y a le 1er novembre et maintenant il y a aussi le 1er décembre. C’est l’occasion de faire le point de l’actualité.

Il y a 2 actualités : il y a le traitement préventif médicamenteux des contacts à risque et il y a l’objectif OMS des 3 fois 90 qui est bien plus important. Vous allez évoquer en premier point le traitement, on peut en dire un mot ?

On sait maintenant depuis 25 ans, avec les premiers médicaments anti-sida, qu’on peut éviter la contamination chez l’enfant avant sa naissance en traitant la mère. A l’époque, c’étaient des médicaments comme l’AZT, qui ne guérissaient pas ou qui ne stabilisaient pas la mère mais qui empêchaient quand même que l’enfant soit contaminé. Depuis, on a des médicaments beaucoup plus efficaces.

Comme vous le savez, on peut contrôler 95% des infections et a fortiori empêcher la contamination mère enfant. Mais maintenant la question qui se pose est celle du traitement préventif après le traitement immédiatement curatif que représente une bithérapie de médicaments contre le sida. Le produit le plus utilisé pour cela répond au nom commercial de Truvada. On a donc déjà depuis un certain temps ce médicament par exemple pour les piqures hospitalières, pour éviter la contamination. Et il vient d’être décidé que ce médicament serait disponible pour le grand public en quelque sorte préventivement, en cas de contact prévisible avec un sujet contaminé.

Il faut savoir que la contagiosité du sida n’est pas très forte. Ce n’est pas celle de la variole. Dans le pire des cas, la contamination par un rapport à risque est de 30 % dans la primo infection. Ce doit être à peu près la même chose dans le stade de sida maladie mourant mais, par définition, c’est une situation où il n’y a plus beaucoup de contacts sexuels. Entre les deux, la contamination se situe entre 1% et 1 pour 1000. Pas plus. Donc si on a des médicaments qui font baisser la charge virale d’1 log, 2 log, 3 log, si on a 1000 fois moins que déjà 1 pour 1000, on arrive à des niveaux épidémiologiques complètement négligeables. Donc c’est l’une des 2 grosses décisions. En France, le Truvada sera disponible en prévention.

Comme toutes les préventions, il y a un revers qui est qu’il ne s’agit pas d’augmenter les comportements à risque en disant « de toute façon on a un produit qui marche ». Parce que ce produit, comme tout médicament, n’est pas dénué d’effets secondaires, et que si on en prend tous les jours, on se retrouve avec les ennuis d’un traitement chronique, et non pas d’une pilule qui est prise une fois exceptionnellement.

Autre aspect que vous souhaitiez évoquer : c’est l’OMS qui a annoncé la mise en place du 3×90, nous avons besoin d’explications

Cela est beaucoup plus important encore parce que c’est un objectif mondial, et c’est un objectif ambitieux. Et c’est une bonne nouvelle.

Les sujet séropositifs de très nombreux pays n’étaient traités jusqu’à présent qu’au stade de sida maladie ou s’en approchant, quand leurs cellules blanches, leurs CD4  descendaient. Pendant tout ce temps, avant d’être traités, ils restaient contagieux. Et donc l’épidémie, dans un certain nombre de pays, peut continuer à monter parce que le réservoir de porteurs continue à monter et que ces porteurs sont contaminants.

L’objectif de l’OMS est d’étendre sur toute la planète, soit immédiatement, soit peu à peu, les 3×90. Que veulent dire les 3×90 ? Dépister 90% des malades, c’est le premier 90 ; traiter 90 % des patients dépistés ; et obtenir d’effondrer la charge virale chez 90 % des patients traités.

Pourquoi cet objectif à 90 ? Ce n’est pas parce que 100 % c’est difficile. C’est parce que les derniers pour cent sont très chers et très compliqués. Et que surtout, à ce seuil de 90 trois fois, l’épidémie sera complètement enrayée et devrait disparaître, être éradiquée pour 2030.

C’est quand même quelque chose de très important. En effet les patients traités ne sont plus contagieux épidémiologiquement. L’objectif maintenant est de vaincre le sida comme épidémie. En terme de maladie, nous ne l’avons pas vaincue. Nous sommes capables de contrôler l’infection de façon très longue, de façon durable chez la plupart des malades, mais nous ne sommes pas capables de guérir quelqu’un, d’éradiquer le virus.

Alors qu’en terme d’épidémiologie et pour notre espèce, l’objectif annoncé par l’OMS, c’est de guérir l’humanité, à défaut d’avoir pu guérir les malades un à un.

C’est la première fois qu’un dispositif d’une telle envergure est annoncé par l’OMS ?

Non, et cela montre que les bonnes nouvelles sont souvent oubliées rapidement. Nous avons fait quelque chose de beaucoup plus difficile qui s’est terminé en 1978. Nous avons éradiqué la variole. Une maladie qui était une plaie pour l’espèce humaine depuis des millénaires et qui a disparu il y a finalement peu de temps, grâce à une politique de vaccination systématique.

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