Le logement en France: un sujet piégé par ses subventions

CHRONIQUE DU VENDREDI 15 SEPTEMBRE 2017

Sur RCF: https://rcf.fr/embed/1636208

Bonjour Jacques Cohen !

JPB : Alors il est vrai que l’on a beaucoup entendu le gouvernement et le président de la République évoquer les APL, les logements, les logements aidés… C’est dire si c’est un sujet d’actualité sur lequel vous voulez réagir, parce qu’au fond, ce n’est quand même pas très simple de s’y reconnaître, à vrai dire, il faut presque une fiche technique !

Certainement ! C’est un sujet difficile en 7 minutes !

Le logement en France est un sujet piégé par des subventions, comme un canon que l’on chargerait par les deux bouts. C’est-à-dire qu’il y a des subventions aux locataires, mais il y a également tout un tas de subventions aux bailleurs, pas seulement aux bailleurs sociaux d’ailleurs. Comme les prix ne sont pas réglementés, toutes ces subventions sont absorbées et le marché en France est à plus d’un tiers au-dessus du prix par exemple du marché allemand, parce que c’est un système complètement artificiel et vicié.

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Alors, on a parlé d’une baisse des APL, on a vu une petite fronde se lever : 5 euros de moins. Alors, actuellement on est en train de dire que l’on pourrait faire autrement, on pourrait aussi donner un peu moins d’argent donc forcément aux bailleurs sociaux, mais que ceux-ci pourraient répercuter cette baisse aux locataires qui n’ont pas l’APL.

Une mesure envisagée est de continuer de baisser les APL, mais cette fois sa fraction qui est versée directement aux bailleurs sociaux, et en leur interdisant de répercuter cela sur le locataire concerné. Et accessoirement pas totalement sur les locataires hors APL. Car, comme il y a à peu près 80 % du parc social qui est attribué à des gens qui ont les APL, si sur les 20 % l’on remet tout ce qui a été enlevé, cela va faire remonter les prix jusqu’à exploser au-dessus du prix du marché privé. Et là, la machine s’enraye. Donc il y a une difficulté d’autant que les bailleurs sociaux ne se portent pas bien. Les bailleurs sociaux c’est un énorme monstre qui court en avant après son centre de gravité et qui est un peu une fuite en avant. Il a le droit au 1 % patronal d’aide au logement, il a le droit de « taper » auprès de la Caisse des Dépôts sur les livrets d’épargne pour des centaines de milliards ! On n’est pas du tout dans l’échelle de ce qui a été pris sur les APL côté locataires. Et malgré cela il ne se porte pas bien parce que sa gestion laisse à désirer, parce que les locaux ne sont pas entretenus, parce qu’il a énormément d’emprunts, qui souvent sont gagés sur des biens qui ne valent plus grand-chose ou même n’existent plus. Tous ces emprunts sont d’ailleurs couverts par les collectivités, ce qui en cas de catastrophe leur attribuerait une dette abyssale. Donc, c’est un système qui, là aussi, est très vermoulu. Où il est donc difficile de faire des adaptations simples. Donc si un jour il faut tout réformer, à ce moment-là c’est une remise à plat. Et les remises à plat sont toujours difficiles…

Il faudra bien que quelqu’un paye, en définitive, à un moment donné… On est en train de passer d’un tiroir à un autre, mais…

Le fond du problème est que si on ne recourt pas à des taxations autoritaires des prix des loyers, les mesures d’ajustement proposées ont peu de chance de marcher dans un sens ou dans l’autre. Parce que le troisième élément ce sont les bailleurs privés, et là aussi il y a des subventions. Mais on n’en parle pas beaucoup : c’est tout ce qui porte les noms des ministres successifs du logement, qui sont des dégrèvements, donc en fait des façons de subventionner la construction. Et, un problème supplémentaire est que ces dégrèvements en tout genre ne correspondent pas aux besoins en appartement, pour ce qu’il faudrait pour les locataires, mais correspondent à ce qui peut être trouvé comme financement. Moyennant quoi, les appartements ont diminué de surface de plus de 10 m2 dans les dix dernières années. Donc une inadéquation, là aussi, entre l’offre et la demande sur le dos des locataires. Donc, la remise à plat de tout cela est délicate. Et si elle est faite uniquement avec bienveillance, c’est un peu la quadrature du cercle. Le secteur social a eu des loyers encadrés de 1945 à 1965, avec de effets pervers. Mais pour dégonfler le système du canon à subventions chargé par les deux bouts, il me semble inévitable d’y recourir.

Est-ce que l’on doit s’attendre, finalement à ce qu’on, comme on dit : « on accouche d’une souris » ?

Il y a deux possibilités, ou l’on fait des petites choses, c’était la tactique du Président précédent, ou l’on fait des choses beaucoup plus importantes. Mais en sachant que cela va devoir affronter, inévitablement, des intérêts. Et d’autre part, que pour le faire, si cela doit être fait à la hache, il faut que les coups de hache soient précis parce que si cela ne tombe pas au bon endroit, cela donne des catastrophes encore plus gênantes.

Donc, comme on dit… affaire à suivre Jacques Cohen ?

Très certainement ! C’est loin d’être fini !

Et donc nous aurons l’occasion d’en reparler avec vous ?

Je l’espère !

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