Prisons : Les matons retournent en taule

Chronique du vendredi 26 janvier 2018

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Bonjour Jacques !

Bonjour.

Aujourd’hui, l’actualité, ce sont les mouvements dans les prisons françaises.

12 jours de mobilisation, on est peut-être en train d’en voir le bout ?

Il y a un accord qui est signé par le principal syndicat dans une concurrence avec les syndicats généralistes, puisque c’est un syndicat catégoriel. Il semble marquer des points et assumer qu’il est le principal syndicat, qu’il obtenu des choses parce que finalement cela fait à peu près 1 000 € accordé par gardien de prison, ce qui n’est pas totalement négligeable. Cela ne veut pas dire que cela ira droit dans leurs poches, mais ce sont quand même des sommes importantes. C’est une concurrence dans l’attente des élections syndicales dont c’est l’année. Il y a quand même cet aspect-là, mais le mouvement n’est pas limité à cela, le mouvement est un mouvement de fond, et les surveillants sont confrontés à une évolution sociologique et à l’impasse des prisons, comme l’on peut le remarquer. Nous avons une population carcérale qui est basse selon que l’on regarde les pays du Sud, ou qui est élevée, si on regarde les pays du Nord.

Quelques exemples peut-être ?

On est autour de 100 détenus par 100 000 habitants, tandis que la Suisse ou la Suède sont à 75, l’Allemagne à 85. Mais dès que l’on regarde des pays pauvres ou qui ont une population pauvre, par exemple la Grande-Bretagne, c’est autour de 150, l’Espagne également, l’Italie c’est autour de 110/115. La question se situe là. Nous ne sommes pas capables, en termes de population pénitentiaire, de coller aux pays riches. Allons-nous glisser jusqu’aux pays pauvres ? En ce moment, il y a une pression considérable sur le nombre de places. On peut, certes, avoir le raisonnement du contrôleur des prisons qui est de dire que cela ne sert à rien de construire des prisons parce que, de toute façon, dès qu’on les ouvre elles sont pleines. Mais ce n’est peut-être pas la totalité du problème ni la totalité du raisonnement.

prison Recife

Un joli rêve: une prison devenue centre culturel et commercial… C’est au Brésil, où il y en a hélas beaucoup d’autres moins accueillantes…..

On développe les peines alternatives certes, mais les prisons, elles, pendant ce temps-là, sont non seulement surpeuplées, mais deviennent des contre-sociétés. C’est-à-dire que les prisons appartiennent de plus en plus aux détenus. Les surveillants le ressentent douloureusement. Les filtrages des parloirs ou des entrées ont disparus. Et tout rentre dans les prisons encore plus facilement qu’autrefois.

Les gardiens confrontés à cette situation en sont peu à peu imprégnés. Leurs modes de revendication ressemblent beaucoup à ceux des détenus : ils font brûler des choses, etc. Il n’y a aucune raison puisqu’ils pourraient très bien se contenter d’empêcher les transferts et les levées d’écrous. Mais la mise en scène ressemble beaucoup à celle qu’affectionne à la population qu’ils fréquentent, et qui finalement a pris le pouvoir dans les prisons. C’est ce qu’il faut bien admettre !

Les populations pénitentiaires n’ont pas tendance à diminuer, que cela soit chez nous ou que cela soit dans les pays voisins, malgré un développement considérable des peines alternatives et des systèmes alternatifs. Il faut aussi dire que l’on reste très en deçà d’autres régions du monde hors de l’Europe. D’abord, le record toutes catégories sont les États-Unis qui doivent être, je crois, à 750, on est à 100 je vous le rappelle, ce qui est au-dessus de la Fédération de Russie qui est quand même très honorablement, si je puis dire, à 559. Les pays d’Amérique centrale, d’Amérique latine, se situent vers les 250.

J’ai peur que le Brésil ne préfigure ce qui nous pend au nez, c’est-à-dire des prisons de plus en plus administrées par les prisonniers, des prisons autogérées. Alors certes, les pays les plus dictatoriaux, les plus radicaux, ont des taux d’incarcération très bas parce que l’on va rarement jusqu’à la prison en Syrie qui annonce autour de 58, vous voyez… C’est le cas aussi dans d’autres pays, mais je ne voudrais pas lasser l’auditoire par une énumération de chiffres. Comme toujours dans un problème insoluble, en cas de crise l’on met de l’argent. Et on annonce du béton parce que le béton c’est toujours bien vu par la population ! On a déjà construit 10 000 places dans les dix dernières années, je crois, il y a un programme en cours qui annonce 16 000 places qui, comme d’habitude, vont se terminer autour de 10 000, et cela fait encore beaucoup. Malheureusement on est très loin de l’équilibre carcéral correspondant au niveau de pauvreté et de ghettos dans notre population. Parce que ce sont les pauvres qui vont en prison, c’est bien évident.

On a balayé un large panel de l’actualité de ces 12 derniers jours, mais on n’a pas évoqué la touche politique finalement, avec Nicole Belloubet qui n’a pas eu la tâche facile, elle a hérité de 30-40 ans d’évolution sociétale pas forcément bien maîtrisée par les gouvernements précédents, et finalement, aussi bien à droite qu’à gauche, on a essayé de critiquer un petit peu le gouvernement Macron dans sa façon de gérer cette crise.

Si j’ose dire, c’est de bonne guerre quand on n’a rien d’autre à faire ou quand on n’a rien d’autre à dire, quand il y a une crise, d’accuser le gouvernement de ne pas l’avoir prévue, de ne pas l’avoir anticipée, etc. Ce qui a été le cas de tout le monde, mais chacun a fait ce qu’il a pu, c’est-à-dire construire des prisons, je vous ai dit du béton, augmenter un petit peu le nombre de gardiens, on est à 28 000, on sera bientôt à 30 000. Mais cela ne résout pas le problème à la fois du comportement des prisonniers, à la fois de l’énorme réservoir, ni de la difficulté des peines alternatives.

Parce que l’idéal c’est, bien sûr, de ne pas avoir de prison et de ne pas avoir de prisonniers, de n’avoir que des peines alternatives. Encore faut-il qu’elles fonctionnent et qu’elles ne soient pas symboliques avec une violation, quasi systématique, du contrôle des peines alternatives qui, à ce moment-là, représentent, en termes de pédagogie, absolument le contraire. C’est-à-dire que c’est un désastre pour les populations que de voir les types qui ont échappé de justesse à la prison ou qui en sont vite sortis, se balader, soit disant sous contrôle, soit-disant avec des travaux d’intérêt général ou des choses comme cela, et qui en fait s’en contrefoutent et ont repris leur trafic habituel. C’est quand même très nuisible. Le système, des deux côtés, est près de l’involution. Du côté des prisons parce que l’on a une surpopulation carcérale, du côté des peines alternatives parce que l’on est incapable de les gérer. Parce que pour qu’elles fonctionnent bien, il faut que les types aient peur d’aller en taule ! Très clairement ! Et que si on n’a pas de place pour les y mettre, eh bien on est coincé ! Le système se délite aussi de ce côté-là. 

En quelques mots Jacques, parce que le temps passe très vite. Cet après-midi une proposition a été acceptée par le syndicat UFAP-UNSA alors que FO pénitentiaire et CGT l’ont refusé, comment expliquer cette différence de choix chez les principaux syndicats ?

Et bien, l’un est le tenant du titre, et les autres sont les outsiders, les syndicats nationaux sont les outsiders et les élections syndicales arrivent. Le syndicat principal montre qu’il a obtenu pas mal de choses et qu’à ce moment-là, il est capable aussi de faire arrêter la grève, d’autant plus facilement qu’elle commence à s’essouffler. Donc je pense qu’ils ont bien joué et pour ce qu’ils ont obtenu et pour la démonstration vis-à-vis de leurs concurrents. Ils montrent que c’est eux qui contrôlent cette population des gardiens de prison, à défaut de contrôler parfaitement les prisons.

Merci, Jacques Cohen, de nous avoir éclairés sur la situation.

À très bientôt Jacques Cohen.

À bientôt là-dessus, ou sur d’autres choses !

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