Notre Drame des Landes, disent les Nantais

Chronique du vendredi 19 janvier 2018

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JPB : Jacques Cohen, alors, Notre Dame des Landes est un sujet d’actualité. On a été à moitié surpris, mais surpris quand même, c’est un projet qui était annoncé. Et puis, le gouvernement a décidé d’y mettre un terme. C’est peut-être une bonne solution parce que l’on sentait bien que cette situation devait être débloquée. C’est une situation bloquée.

C’est une solution de sortie politique. En termes d’aménagement du territoire, cela reste complètement à voir. En termes de leçon politique, c’est également quelque chose qui comporte un passif. Parce que d’expliquer, premièrement, que le président a changé d’avis, puisqu’il s’était engagé dans l’autre sens, que deuxièmement, finalement on cède à une opération parfaitement illégale d’occupation contre 179 décisions de justice, et également contre un référendum local, tout cela fait quand même un passif politique.

Quel est l’avantage ?

L’avantage est que nationalement il y a peu d’intérêt pour les programmes de développement du territoire. Les gens voient que cela coûte, ils voient également à chaque fois une poignée d’opposants, soit locaux soit des hurluberlus voyageurs. Et l’opinion publique saisit mal l’importance qu’il y a à faire des investissements, à développer des infrastructures. La question va se reposer pour plein d’autres endroits. Elle va se reposer pour le canal Seine Nord, elle va se reposer pour le tunnel Lyon-Turin, etc. Parce que là-dessus, il y a une petite tendance, si je puis dire, de nos compatriotes à considérer qu’ils vivent en paix, qu’ils vivent paisiblement et que cela peut bien continuer comme cela indéfiniment.

Donc Notre Dame des Landes est une affaire réglée alors ?

Je n’en suis pas tout à fait sûr parce que si une minorité peut bloquer dans un sens, l’autre peut ici bloquer dans un autre. L’aménagement de Nantes-Atlantique est loin d’être facile à réaliser, même dans sa première phase. Surtout actuellement il y a eu 5,5 millions de voyageurs, en 2017, cela vient de tomber, à Nantes-Atlantique, c’est-à-dire 14 % d’augmentation en une seule année. Constatant une pente de croissance comme celle-là, il est à craindre que les 51.000 mouvements d’avions qui passent au-dessus de la ville de Nantes deviennent vite de plus en plus nombreux. Cela peut casser de plus en plus d’oreilles. Il est possible aussi que des minorités se mettent à agir sur le site de Nantes-Atlantique, on sera bien avancé !

Mais l’aéroport lui-même peut être agrandi ?

C’est difficile à dire parce qu’il y a plusieurs aspects. Agrandir en allongeant la piste, c’est une illusion complète.

Il faut rappeler quand même, ce n’est pas une trahison ou un secret, vous pilotez vous-même Jacques Cohen ?

Ce qui m’a toujours porté à regarder avec attention ces sujets précisément.

Et vous les voyez de près parce que vous êtes en avion, mais vous faites du vol à vue, donc vous regardez quand même sur le terrain ?

Non seulement je vois de près, mais je vois d’autres choses qui volent et par exemple, à 3.000 mètres au sud de la piste de Nantes-Atlantique, il y a la grande zone ornithologique de la région, avec le lac de Granville au milieu. Déplacer la piste pour l’écarter un peu de Nantes en la descendant d’un kilomètre ? je suis absolument certain qu’aucune déclaration d’utilité publique ne sera jamais possible puisque cela reviendrait à faire décoller les machines ou arriver les machines à ras de cette zone qui ne serait plus qu’à deux kilomètres du bout de piste.

Il y a déjà eu à Nantes, en 2008 si je ne me trompe pas, un incident d’oiseau avalé par un réacteur. Cela n’a pas fini dans l’Hudson, mais c’est quand même un souci ! Et donc, il ne faut pas compter sur l’agrandissement vers le sud. Alors, sur le terrain lui-même, on peut réaménager un petit peu et on pourra monter un peu plus loin, on peut monter admettons à 7, 8, 9 millions de passagers, mais tout cela pose le problème de ce que l’on ne réaménagera pas les villes et villages, enfin, l’agglomération de Nantes, qui vient au contact et qui va être de plus en plus impactée par le bruit.

nantes bruit 2030

Distribution du bruit prévu en 2030 malgré une approche oblique à Nantes Atlantique

On peut rappeler également qu’en 2005 un avion a failli s’écraser en pleine ville, de nuit. Il s’est aperçu du problème quand, déchirant le brouillard, ses phares ont éclairé un immeuble en face de lui : c’est le compte rendu du Bureau Enquête Accident.

Alors c’est votre chronique du vendredi, aujourd’hui consacrée à l’actualité de Notre Dame des Landes. C’est une solution, quand même, pacifiante ?

Elle pacifie ceux qui ne l’étaient pas, encore qu’ils vont vouloir rester et qu’il va encore falloir céder un petit peu pour leur donner les territoires qu’ils ont occupés. Mais, encore une fois, le pacifisme n’est pas toujours une bonne solution, je vais vous surprendre, mais l’un des premiers sondages menés en France se situe en 1938, par l’ancêtre de l’IFOP, et il montre que la population était massivement d’accord avec les accords de Munich. Donc, les solutions pacifiques ne sont pas toujours les meilleures !

Alors Jacques Cohen, pour terminer votre chronique, on a vu quelques articles dans la presse quotidienne régionale, toujours de qualité, où l’on a vu que parfois l’on disait : « peut-être des conséquences pour Vatry », est-ce que pour Vatry c’est une bonne chose cet arrêt d’aménagement de l’aéroport ?

On peut voir les choses de deux façons pour Vatry.

Soit, pour lâcher du lest, le gouvernement va faire un peu de saupoudrage un peu partout pour montrer qu’il est gentil ailleurs, après ne pas avoir été gentil pour Notre Dame des Landes, ce qui, là donc, bénéficierait à Vatry. Mais il ne faut pas rêver sur la taille de ce genre de cadeau ! J’ai vu dans la presse, justement, que l’on pouvait rêver d’une voie ferrée, etc. et pourquoi pas d’un pipe-line et des hydrants pour avoir la distribution du kérosène comme dans un vrai grand aéroport ?! Donc cela je n’y crois pas beaucoup, mais un petit cadeau peut-être !

Dans l’autre sens, ce qui peut être au contraire tout à fait nuisible, c’est que le monopole ADP Air France, s’il réussit à enterrer Notre Dame des Landes, va expliquer que maintenant cela suffit. Toute autre chose qui lève la tête sera décapitée immédiatement ! Il n’y a et il n’y aura qu’un seul grand hub en France !

Ce que je voudrais dire pour conclure, c’est que j’ai été frappé d’entendre les mêmes mots dans la bouche du 1er ministre Philippe, et de Daniel Cohn-Bendit. Daniel Cohn-Bendit, qui a des formules plus ramassées, a dit : « pas question de construire un porte-avion pour les low-cost » et le 1er ministre a dit que le modèle actuel était qu’il fallait rabattre les passagers sur le hub principal, c’est-à-dire en fait sur Charles de Gaulle. La question se pose de savoir si le choix de deux hubs accessoires, plus petits, d’aménagement du territoire ne serait pas une vue plus raisonnable. Ce serait de fermer Orly et de mettre quelque chose à Notre Dame des Landes ou dans les parages, et quelque chose à St-Exupéry Lyon de façon à avoir un pôle majeur qui est à 66 millions et qui va continuer à monter à Charles de Gaulle, et deux zones de 15 millions à peu près de passagers, une ouest et une sud-est.

Merci, Jacques Cohen, on se retrouve la semaine prochaine pour votre chronique.

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