Primaires Démocrates aux USA, le fiasco de l’Iowa

Chronique du 7 février 2020

Sur les ondes de RCF: https://rcf.fr/embed/2304537

 

Bonjour Jacques.

Bonjour.

On a pris l’habitude ces dernières semaines d’aller de l’autre côté du globe voir un peu ce qu’il se passe à l’international. Après deux semaines en Chine, on s’est dit, cette fois, on plie bagage et l’on prend un vol pour les États-Unis. Jacques Cohen, que se passe-t-il du côté des USA ?

Deux choses dans la très longue campagne électorale, qui chez eux revient très souvent comme présidentielle tous les 4 ans seulement. Deux choses, les Caucus de l’Iowa et le vote sur l’impeachment au Sénat qui a blanchi Donald Trump.

Sur quel sujet voulez-vous vous pencher précisément ? Peut-être que nous aurons l’occasion de voir les deux tout au long de ces prochaines minutes ?

Nous allons voir les deux en commençant par le Caucus de l’Iowa. Et je vais vous raccourcir les choses parce qu’il s’agit d’un système extrêmement compliqué qui est un peu en décalque du système de l’élection présidentielle, avec un collège de grands électeurs, etc. Donc, les Caucus, ce sont les campagnes à l’intérieur d’un parti. Ici, il s’agit du parti Démocrate, où les différents candidats essayent d’avoir l’investiture de leur parti. Alors cela ne se passe pas selon le système que l’on pourrait qualifier de rustique et trop simple « un homme et un vote », mais par un système, là aussi, de grands électeurs déterminés par des cantons, ce qui fait qu’il peut y avoir plusieurs gagnants, et il peut y avoir plusieurs perdants aussi.

iowa

Et donc le Caucus de l’Iowa est le premier et beaucoup de candidats ont beaucoup focalisé là-dessus parce qu’avoir de bons résultats dans ce Caucus, c’est l’occasion de relancer la machine pour ramasser de l’argent pour la campagne et d’avoir ce que l’on pourrait appeler en France une dynamique. Certains candidats, il faut le dire tout de suite, ont choisi de faire l’impasse sur l’Iowa, c’est le cas de Bloomberg. Il s’agit d’un candidat atypique parce qu’il fait campagne sur son fric à lui. Il ne fait aucune collecte de fonds. Or, le niveau de fonds récoltés détermine les conditions d’accès aux primaires dans certains états et pas dans d’autres. Alors, on ne fera pas le détail pour ne pas présenter de choses trop compliquées, mais passons maintenant aux résultats de l’Iowa. Le premier résultat de l’Iowa est un désastre. La machine Démocrate, ayant à gérer un système extrêmement compliqué s’est complètement ensablée, ce qui fait que deux jours après le vote, on n’a pas les résultats. Le système informatique s’est effondré le soir du résultat, le système de secours par téléphone s’est lui aussi effondré, et donc les Démocrates ont dû faire un petit peu l’aveu piteux que ce n’était même pas un piratage. Ils n’ont pas besoin des Russes pour que tout cela s’effondre. Pendant ce temps-là, Donald Trump triomphait en disant « Vous voyez bien, ils ne sont même pas foutus de gérer leurs affaires, c’est exactement comme lorsqu’ils géraient celles du pays, etc. ». Donc déjà ce truc tout bête est assez calamiteux pour les démocrates.

Ensuite, il y a plusieurs vainqueurs et il y a eu une surprise qui est Buttigieg, jeune candidat, qui avait beaucoup misé sur le Caucus de l’Iowa et qui sort, contrairement aux sondages, en tête en nombres de délégués. En revanche, en nombre de voix, il semble très nettement qu’il y ait deux résultats importants, c’est Sanders qui est nettement en tête [[ finalement et sous réserve Buttigieg serait également en tête en voix ]] et que d’autre part, le vice-président, Joe Biden, est assez dans les choux . En tout cas assez largué en nombre de voix par Sanders et par Buttigieg également en nombre de délégués. Si les choses se confirment, parce que pour l’instant chacun annonce ses résultats en disant qu’il a ses comptages à lui qui sont bons, on se croirait, si j’ose dire, dans… j’allais dire feu… On se croirait dans les anciens congrès de l’ancien parti socialiste, alors que chez nos républicains, on savait truquer les choses beaucoup plus efficacement. Et là, il n’y a même pas de fraude, ce n’est même pas truqué, c’est simplement l’effondrement d’un système tarabiscoté.

Cela peut avoir des conséquences parce que le système des primaires est donc décalqué du système de l’élection présidentielle en quelque sorte, avec un certain nombre d’aberrations qui sont aussi les aberrations du système de l’élection présidentielle. Cela fait quand même deux élections de suite que les démocrates l’emportent très largement, de plusieurs millions de voix en voix, alors qu’ils perdent en délégués. Donc il y a aussi tout un courant pour dire qu’il faut remiser ces vieilleries des pères fondateurs et passer à un système démocratique moderne, ce qui sera compliqué parce que pour cela, il faut passer par l’ancien système pour avoir le droit de changer le système en quelque sorte.

Jacques Cohen, pendant votre explication, vous avez eu un mot pour le président actuel des États-Unis, Donald Trump. Qu’en est-il pour lui dans tout cela ?

Alors pour lui, c’est une très bonne semaine, si j’ose dire. Déjà, comme toujours, les malheurs de ses ennemis le réjouissent et lui sont utiles parce que le président sortant,  les primaires sont une formalité. Donc la primaire républicaine de l’Iowa est bouclée sur un coin de table, en une heure ou deux et ce n’est pas la peine de se lancer dans un système compliqué. Donc, il peut dire « Chez nous, les républicains, tout va bien ! ». C’est déjà un paramètre, une chose, qui pour lui est tout à fait efficace.

La deuxième chose qui lui est favorable et qu’on pouvait prédire bien évidemment, c’est que la procédure d’impeachment s’est terminée en queue de poisson par son absolution et son blanchiment par le Sénat, dont il avait la majorité. Les républicains considéraient que cette procédure était inutile, était injuste, et donc ils ont blanchi leur candidat en deux temps trois mouvements. Les Démocrates, qui avaient pour la plupart considéré pendant longtemps qu’il ne fallait pas se lancer là-dedans parce que ça se terminerait comme cela, ont fini par céder au fait qu’il y avait de gros défauts dans la politique ou le comportement du président sur l’affaire de l’Ukraine et que les mettre en vitrine pourrait être nuisible à l’image globale du président. Mais il faut bien reconnaître qu’ils n’ont pas réussi à mettre grand-chose en vitrine parce que les mauvaises actions du président renvoyaient quand même à celles présumées du fils du candidat Biden. Et donc de ce point de vue-là, les Démocrates ne pouvaient pas trop secouer le cocotier. Et finalement cette opération se termine, non seulement par l’absolution de Trump, mais avec pour lui la possibilité de se victimiser, de montrer que ces méchants démocrates n’ont rien obtenu, etc., etc.

Donc pour lui tout cela fait une bonne semaine, si je puis dire.

Merci, Jacques Cohen, de nous avoir détaillé la situation aux États-Unis, on aura l’occasion de parler des élections présidentielles à venir sur le continent américain, mais on est déjà hors temps, si j’ose dire. Alors Jacques Cohen, je vous souhaite une bonne semaine et à bientôt.

À bientôt.

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