CO2 – COP27: nombrilisme et masochisme occidental

Chronique du 25 novembre 2022

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Et un sujet qui change un peu des actualités que l’on regardait ces derniers temps. Aujourd’hui au programme, C02 – COP27 nombrilisme et masochisme, c’est le titre de votre chronique JC. Peut-être faire une photographie du paysage international actuel avec ce qu’il se passe du côté du CO2 et de la COP27 qui s’est achevée tout récemment.

En effet. Il faut regarder l’effet des gaz à effets de serre, justement, à l’échelle globale de la planète parce que la planète se moque de savoir quel pays est en cause, elle regarde les totaux de gaz dégagés. Alors les gaz à effet de serre, il y en a deux principaux, le CO2 tout le monde s’en rappelle et il y en a un second qui est moins bien connu, c’est le méthane. Et déjà un premier problème ahurissant, c’est que le méthane est un gaz à effet de serre 20 fois plus puissant que le CO2.

Et si nous faisons des structures où délibérément nous produisons du méthane par fermentation végétale, et bien, il ne faut pas que ce méthane s’évapore et vienne contribuer au gaz à effet de serre. Or, comme je viens de vous dire que le méthane valait 20 fois le C02, cela veut dire que s’il y a 5 % de perte dans la chaîne de production d’un méthaniseur, et bien, on a déjà annulé complètement l’effet que l’on pourrait espérer comme économie de gaz à effets de serre par rapport à la production d’énergie que ce méthane va assurer. Or, quand vous passez à côté d’un méthaniseur vous voyez des grands silos ou des bacs et si c’est l’été vous le sentez à une distance qui vous indique tout de suite que du méthane fout le camp, il y en a certainement beaucoup plus que 5 %. Donc, il y a déjà une aberration qui est de mettre des œillères et de regarder la filière méthane sans regarder ce qui s’en échappe, c’est le cas de le dire, avant et après. Donc, c’est déjà une première aberration de la part des pays développés.

Ensuite, on annonce que l’on va interdire les voitures, il y a là un anathème d’une écologie, que j’appelle non scientifique qui est une écologie rituelle, qui est de dire que c’est la voiture individuelle qui est en cause. Comme vous le savez, même chez nous, la voiture individuelle n’est responsable que d’une faible partie des gaz à effet de serre, le chauffage et l’industrie en étant la plus grande partie , et accessoirement l’agriculture également. De même, on raisonne les taux sans tenir compte des quantités par jour ou des pics et des moyennes en oubliant qu’il y a des situations où il y a une production très importante et d’autres où elle est beaucoup plus basse. Donc, là aussi, il s’agit d’un geste rituel, d’un anathème, c’est le cas de le dire sur cette antenne, sans regarder la situation globale. Or, quelle est la situation globale ? Je pense que c’est la question que vous vouliez me poser, Alexis ?

Évidemment on a envie de vous la poser, et aussi de connaître un peu finalement ce que représentent la part des pays développés et la part des pays sous-développés. Parce que comme vous l’avez justement dit Jacques, la planète elle voit quelque chose dans sa globalité, elle ne voit pas un taux par habitant par exemple.

Et la planète, on peut la diviser. Par exemple il y a les pays qu’on ne dit plus sous-développés, vous êtes en retard Alexis, on dit « moins avancés » dans le graphique qui est paru dans « Le Point » que j’ai sous les yeux.

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Évolution des émissions de gaz à effet de serre. On voit où se situe géographiquement les possibilités et les urgences d’agir C° Le Point

Je monte dans le bon wagon alors, dans les pays moins avancés.

Et vous avez des pays émergents, c’est-à-dire ceux qui commencent à se développer justement. Et bien, c’est relativement facile à voir surtout dans la durée. Contrairement à une idée reçue, la production de gaz à effet de serre des pays développés, elle diminue. Elle diminue Depuis les années 70 ou c’est à peu près stable et puis elle a commencé à diminuer sérieusement vers 2005. Alors je ne dis pas qu’elle s’est effondrée, mais en tout cas cela ne monte plus. Et les pays moins avancés ont une montée qui est pour l’instant très modeste parce que leurs populations augmentent, mais pas encore leurs niveaux de vie ou du moins pas dans des proportions du même genre. Donc, nous représentons encore à peu près 4 à 5 fois les pays moins avancés, mais les pays émergents qui représentaient à peine en 1970 la moitié de la production des pays développés représentent maintenant le triple des pays développés, et la pente de montée est extrêmement raide et extrêmement rapide.

C’est-à-dire qu’en fait, si les pays développés ont une situation qui est stable ou en régression, les pays moins avancés ont une situation dont il faudra se préoccuper et qu’il faut anticiper pour leur trouver des modes de consommation et de production d’énergie qui ne soit pas producteur de gaz à effet de serre. Et le problème important et actuel c’est celui des pays émergents qui eux en produisent abondamment. Et donc quand on a constaté cela, on a également les tenants de la religion écologiste non scientifique qui sortent des courbes par habitant, mais comme je vous l’ai dit, la planète se moque d’une courbe par habitant, elle regarde les courbes quantitatives. Ensuite, il y a une autre théorie qui a été développée qui me parait absolument non opérationnelle qui est ce que j’appelle en quelque sorte la repentance écologique. C’est de dire « aujourd’hui, c’est vrai les pays développés ne représentent plus que le quart du total, mais en 1850 c’était différent » et donc on en arrive à la repentance écologique qui essayait de calculer que la révolution industrielle du 19e siècle dans les pays avancés (la France, l’Allemagne, l’Angleterre) a représenté des quantités qui permettent de faire une courbe où globalement on arrive à montrer une contribution des activités humaines à effet de serre par pays qui soit en défaveur des pays avancés pour montrer qu’elle a été significative. Qu’elle l’ait été, que ce soit vrai ou pas n’a strictement aucune importance, la planète se moque de ce qui a été fait, elle regarde ce qui est à faire aujourd’hui

Oui, mais JC, je me permets de vous interrompre, est-ce que ce n’est pas les petits ruisseaux qui font les grandes rivières comme on le dit ?

Peut-être, mais c’est aussi une façon, j’allais dire, d’un nombrilisme ridicule parce que si on regarde les pentes, et bien évidemment, la pente des pays émergents montre que leur montée est sans proportion avec les économies qu’on pourrait faire chez nous. Imaginons, pour commencer, que l’on se fasse harakiri, c’est-à-dire que les pays développés disparaissent purement et simplement. Et bien, sur la pente des pays émergents, en moins de 10 ans, tout est remplacé ! C’est-à-dire que ce suicide, c’est la situation maximale n’est-ce pas, que souvent font des sectes de fin du monde, et bien, n’aurait d’effets que quelques années et au bout de 5 à 10 ans il n’y a plus rien. Donc, c’est vraiment totalement ridicule.

L’autre élément qu’il faut constater c’est la structure des sources de CO2, je vous ai dit tout à l’heure que les voitures individuelles ce n’est pas grand-chose, le transport maritime n’est pas négligeable, mais c’est surtout le chauffage et la construction parce que le béton et l’acier produisent énormément de CO2, la fabrication en produit énormément et donc il faut voir ensuite quelle est la structure du carburant qui est utilisé. Et là, on s’aperçoit que les effets de serre sont assurés pour pratiquement la moitié par le charbon. Et donc alors que nous rouvrons des centrales parce que nous sommes partis dans un système basé sur le gaz et qu’il y a une pénurie, en ayant très bêtement abandonné non seulement nos centrales nucléaires, mais des développements pour les générations suivantes de centrales nucléaires, on se retrouve dans les pays développés à réintroduire – dit-on temporairement, parce que c’est à cause de la guerre en Ukraine, laquelle n’est pas forcément prête de s’arrêter du jour au lendemain – du charbon ce qui est un gros archaïsme. Et bien, je vais vous surprendre Alexis.

Surprenez, Jacques.

Je pense qu’il faudrait savoir au plus vite faire des centrales au charbon ultra modernes, et que nous devrions offrir des centrales au charbon aux pays émergents et a fortiori aux pays moins avancés. Pourquoi ? Parce que les centrales au charbon dans ces pays sont anciennes et si nous sommes pressés, s’il est urgent de diminuer les gaz à effet de serre, une centrale au charbon nous savons en produire en très peu de temps, en 2-3 ans on peut fabriquer des centrales surtout si on se met à en fabriquer des centaines. Et les centrales modernes produisent de 50 à 80 % de moins de C02 qu’une centrale archaïque. Donc, ce qui est le plus urgent paradoxalement c’est de remplacer les vieilles centrales dans les pays émergents et cela, les pays développés, s’ils veulent justement faire un geste pour la planète pourraient beaucoup plus s’y mettre et s’y consacrer que de réduire les voitures sans savoir exactement comment on va se débrouiller pour les métaux nouveaux qu’elles incorporent, non seulement les métaux rares qui comme leurs noms l’indiquent sont un problème à trouver, mais également tout simplement le cuivre. Sans parler de l’élecrticité. Donc, il y a là un nombrilisme et un irréalisme qui est total.

Au-delà de cette urgence  d’ailleurs on peut remarquer que les États-Unis ont fait une proposition à cette COP qui est de dire « on va mettre des mini-réacteurs nucléaires partout. On ne les a même pas encore construits, mais on est prêt à vous les vendre ». Parce que pour l’instant les mini-réacteurs tout le monde en a des projets, mais le seul qui tourne pour de vrai qui soit installé sur un bateau et qui soit en production avec un planning de fabrication des suivants, c’est celui des Russes, c’est celui de Rosatom qui fonctionne, il existe aussi des prototypes en Inde également et en Chine. Mais, ces mini-réacteurs qu’est-ce qu’ils ont comme particularités ? C’est qu’en fait ce n’est pas seulement qu’ils sont petits, qu’ils font un tiers de capacité ou un quart de capacité des centrales actuelles, c’est qu’ils sont autonomes et fermés, c’est-à-dire qu’on peut même les piloter à distance et que donc ils sont extra territoriaux, c’est cela le raisonnement qu’ont pris les États-Unis. Le raisonnement des États-Unis ce n’était pas seulement que ces centrales sortiraient de l’électricité et qu’on pourrait en faire ce que l’on veut y compris du carburant synthétique, mais que l’on pourrait justement miser sur des carburants ensuite qui sont, j’allais dire, à la mode comme l’hydrogène. Reste encore à voir si réellement l’hydrogène est un carburant extrêmement pratique. On ne verra pas cela aujourd’hui, mais c’est quand même un gaz qui cause d’énormes problèmes de manipulation et d’utilisation. La filière nucléaire/courant électrique ou service final comme le dessalage de l’eau de mer va rester durablement la meilleure solution de lutte contre l’émission de gaz à effet de serre.

J’allais dire JC, vous nous avez présenté un problème, des solutions et vous reposez des questions. On n’aura pas l’occasion d’y répondre ou en tout cas de ne pas répondre à tout à l’antenne aujourd’hui. Pour nos auditeurs qui sont passionnés par le sujet, il y a un endroit où ils auront toutes les réponses, j’en suis certain, c’est un blog, il est très bien fait, c’est jhmcohen.com. Et c’est là que l’on donne rendez-vous à nos auditeurs désormais pour avoir la suite de cette chronique. Merci professeur.

D’accord, cette chronique n’y sera que dans quelques jours, mais il faudra la regarder, il y a surtout les chroniques précédentes historiques sur la pollution et sur l’écologie que l’on peut déjà lire.

Et on fera peut-être une suite à l’antenne la semaine prochaine ou dans les prochaines semaines selon l’actualité et selon vos envies Jacques. À très bientôt.

À très bientôt.

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