Le coronavirus de WuHan : enfin de bonnes nouvelles de Chine !

Dr JHM Cohen Professeur émérite d’Immunologie 8 2 20

Charles Nicolle prix Nobel de Médecine 1928 a écrit en 1933 :

« «  Les maladies infectieuses, leçon de solidarité entre les hommes :

La connaissance des maladies infectieuses enseigne aux hommes qu’ils sont frères et solidaires. Nous sommes frères parce que le même danger nous menace, solidaires parce que la contagion nous vient le plus souvent de nos semblables. » »

Quand la caisse de résonance médiatique donne de l’écho aux pires inquiétudes et relaie les pires accusations, il faut raison garder et revenir aux bases scientifiques du raisonnement concernant les maladies infectieuses et les épidémies. Charles Nicolle, le découvreur entre autre du toxoplasme et de la transmission du typhus par les poux, les avaient théorisées dès 1933 dans ses leçons du Collège de France, : « le Destin des maladies infectieuses ». Les agents infectieux, et les espèces animales comme l’homme vivent ensemble depuis la nuit des temps, le plus souvent en bonne intelligence, mais avec parfois des scènes de ménages. Les épidémies sont inéluctables et les maladies infectieuses évoluent en permanence dans l’interaction avec leurs hôtes.

C’est ce dernier aspect qu’il faut regarder pour mieux comprendre les épidémies de coronavirus.

Nos coronavirus à nous les humains.

Nous sommes les hôtes habituels de coronavirus, il y en a quatre types, qui donnent 10-15 % des rhumes subis par tout un chacun, et des pneumonies chez les gens fragiles ou immunodéprimés, dont ils tuent quelques centaines par an dans notre pays. Une certaine A Buzyn a publié à ce sujet en 2003.

Des coronavirus animaux peuvent à l’occasion faire une excursion dans notre espèce qui n’en est pas l’hôte habituel. Ce furent les cas du SRAS à Hong-Kong et du MESR en Arabie Saoudite. La plupart du temps dans cette situation ils sont très mortels mais peu contagieux, ce qui conduit à un foyer relativement local et relativement vite éteint. Le coronavirus de Wuhan, a la particularité d’être assez contagieux, de l’ordre de la contagiosité de la grippe. Mais initialement il tuait autour du marché d’animaux de WuHan bien plus que la grippe.

liwenliang

Dr LiWenJiang in Memoriam

L’évolution du coronavirus de WuHan et l’avenir de l’épidémie.

Le coronavirus de Wuhan a un potentiel épidémique car il est transmissible non plus par la chauve-souris, le serpent ou le pangolin, mais d’homme à homme. Comme virus respiratoire banal. Mais il est déjà bien visible que sa virulence s’atténue de passage en passage dans un hôte inhabituel pour lui. Jusqu’où ? c’est la principale question sans réponse. Car une pandémie d’un rhume banal, ne justifierait plus les mesures draconiennes prises pour l’instant en Chine.

D’autres éléments conditionnant son avenir se dessinent également : comme la plupart des autres coronavirus, il n’aime pas le froid. D’où le petit nombre de cas à Pékin où il gèle fort en cette saison. Il n’aime pas non plus l’air sec, même chaud.

La gestion de crise en Chine et les mesures de confinement.

Après un cafouillage initial, où, en niant le problème, les autorités locales ont laissé passé la chance d’étouffer l’épidémie dans l’œuf, comme d’en trouver l’origine par prélèvements multiples dans le marché avant de tout brûler, l’attitude des autorités chinoises a été exemplaire de détermination et d’efficacité logistique.

Le choix des quarantaines et confinement a été poussé à une échelle inégalée de plusieurs dizaines de millions de personnes. Seul une population aussi disciplinée que les citoyens de la RPC pouvait accepter un confinement installant un couvre-feu limitant les sorties à 2h par 2jours !!

Lors de l’épidémie d’Ebola en d’autres lieux, les tentatives de fermeture de magasins et lieux publics ont rapidement conduit à des attroupements devant eux, totalement contre-productifs tandis que le blocage d’un quartier a conduit à des affrontements sur les barrages qui ont vite fait abandonner ce type de mesures.

Disons le tout net, le confinement ne peut empêcher la diffusion d’une épidémie dont les porteurs inapparents sont déjà contagieux, et le potentiel de diffusion de l’ordre de celui de la grippe ou des rhumes. En revanche, il ralentit géographiquement la diffusion de l’épidémie, laissant au virus le temps de perdre de la virulence de passage en passage sans avoir diffusé loin de son épicentre.

Lorsque l’atténuation du virus sera acquise, le confinement peut en revanche devenir contre-productif vis-à-vis de l’émergence de mutants revertants récupérant une forte virulence qui n’est bloquée que par l’immunité de la population générale, donc la diffusion préalable du virus « atténué ».

Vers une pandémie ?

Sauf intervention du Général « coup de froid » ou autre obstacle météo, la pandémie est inévitable. Le cycle de contamination/incubation/transmission étant de l’ordre de 10-15j, il ne faut pas attendre un phénomène rapide dans les prochaines jours, mais une diffusion lente n’explosant pas chez nous avant la fin de l’hiver ou de ce qui en tient lieu insuffisamment en cette période de réchauffement.

Deux questions sans réponses fermes : fera t il chaud assez tôt pour qu’un rhume ne soit plus de saison, nous épargnant l’épidémie ? Et quelle mortalité résiduelle aura cette pandémie ? Même si les éléments d’atténuation sont déjà indiscutables, il faut encore attendre un mois pour le savoir.

Les traitements.

= L’acuité et donc les financements de la recherche vaccinale avaient été limités par le caractère somme toute ponctuelle du sras et du mesr. Le potentiel épidémique du nouveau coronaVirus de WuHan devrait cette fois servir de leçon et pousser à la roue. Si un vaccin d’efficacité courte anti épidémique pourra être mis au point en 18 mois deux ans, un vaccin plus ambitieux d’immunité durable et de spectre étendu à tous les coronavirus devrait être également fixé comme objectif.

= La recherche des médicaments antiviraux est une quête ingrate, mais qui ne doit pas pour autant être abandonnée

= Le potentiel de l’antique sérothérapie, oubliée depuis l’apparition des antibiotiques, à partir du plasma frais congelé de convalescents devrait être testé chez les porteurs de pneumonies chroniques qui sont les patients qui finissent par mourir. Elle pourrait être efficace.

Citons enfin pour finir Charles Nicolle in extenso :

« « «  Les maladies infectieuses, leçon de solidarité entre les hommes :

La connaissance des maladies infectieuses enseigne aux hommes qu’ils sont frères et solidaires. Nous sommes frères parce que le même danger nous menace, solidaires parce que la contagion nous vient le plus souvent de nos semblables.

Nous sommes aussi, à ce point de vue, quels que soient nos sentiments vis-à-vis d’eux, solidaires des animaux, surtout des bêtes domestiques. Les animaux portent souvent les germes de nos infections et, d’autre part, les pertes que causent les maladies du bétail frappent durement l’économie humaine.

Ne serait-ce pas une raison suffisante, terre à terre, égoïste, pour que les hommes regardent avec sollicitude les êtres qui les entourent, une raison majeure pour qu’ils fassent trêve à leurs propres discordes et s’unissent fraternellement contre l’ennemi commun.

« « «

Un écologiste méconnu !