Sur les ondes : les malheurs du syndicalisme français

Emission diffusée sur RCF Reims le mercredi 21 janvier

Pour l’écouter : http://rcf.fr/actualite/les-malheurs-du-syndicalisme

AV. On va parler syndicalisme en France. Nous avons appris la démission de Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT, on ne va pas s’épancher sur cela. On va essayer de mener avec vous une réflexion plus globale mais est-ce que ce qui se passe à la CGT, presque d’ordre politique, ne traduit pas un mal être du syndicalisme en France ?

Déjà ce petit événement témoigne qu’il y a toujours des gens pour essayer de prendre la place des autres, de leur scier les pattes. Même s’ils ne peuvent plus les envoyer en Sibérie, c’est généralement par ses amis qu’il arrive des ennuis en politique, et le syndicalisme est une forme de politique en France hélas. Alors le syndicalisme français est effectivement en diminution d’effectifs, en diminution d’influence, avec un certain nombre de structures et de bases idéologiques qui sont assez déphasées par rapport à la société. Mais il faut surtout souligner que la seule chose avec laquelle ils sont en phase, c’est le syndicalisme patronal. Nous bénéficions, si je puis dire, malheureusement, de l’archaïsme symétrique d’un syndicaliste patronal d’opposition politique et d’un syndicalisme ouvrier qui lui aussi fait de la politique, ce qui leur permet une espèce de combat de catch perpétuel, tout en n’oubliant pas de se partager les miettes de tous les systèmes de cogestion qui existent.

Est-ce qu’on n’est pas dans un modèle finalement qui était le même il y a 50 ans, voire même j’ai envie de dire un peu plus, 100 ans ?

Cent ans, non pas du tout, mais depuis 70 ans on peut considérer que pendant 20 ans le modèle a fonctionné à peu près, par exemple pour la sécurité sociale, et que depuis, de façon symétrique, il évite toute modernisation et finalement est devenu un des éléments de rigidité de la société française. Ce système étant le système syndical, patronal et ouvrier. Il faut bien voir que les deux, en fait, se tiennent par la barbichette.

Donc, cela veut dire que si on veut essayer de faire évoluer ce syndicalisme en France vers un peu plus de modernité, c’est tout le système, cet affrontement, ce système bicéphale finalement qu’il faut faire évoluer ?

Je pense que c’est surtout la question de ce qu’ils gèrent. Je vais peut-être surprendre certains auditeurs mais je pense que la gestion de la sécurité sociale paritaire par les employeurs et les travailleurs se justifiait quand les comptes devaient être équilibrés à ce niveau là. Maintenant que c’est l’Etat qui de toute façon doit remettre au pot, je trouve tout à fait anormal que ce soit toujours les mêmes, si je puis dire les mêmes structures, qui ne sont même plus couvertes par des élections directes qui aient un pouvoir disproportionné de leur influence. J’estime que c’est à l’Etat avec tous les citoyens par leur représentation normale gouvernementale de prendre en charge des décisions sur ce domaine. Il y a d’autres sujets où on a un peu la même situation, c’est-à-dire où les deux syndicalismes représentent une survivance et des rentes de situation.

Cela veut dire que le syndicalisme s’est accroché un petit peu à son fauteuil de responsabilités ?

Le fauteuil, et puis ce qu’il y a sur la table devant le fauteuil.

Et il faut que l’Etat reprenne un peu la main dessus ? C’est le message que vous souhaitez faire passer ?

Il y a un certain nombre de choses qui devraient être réformées. Certaines choses ne peuvent être que, si elles passent dans le budget de l’Etat, ne peuvent être que de la responsabilité de l’Etat. Si le budget de l’Etat est secours perpétuel, ça ne peut être que c’est l’Etat qui décide. D’autres éléments peuvent être décentralisés, et d’autre part pourraient avoir une gestion beaucoup plus directe par les usagés que par l’intermédiaire d’organisations dont la représentativité est assez usée. A l’inverse il y a des syndicalistes qui s’efforcent de proposer d’autres choses. On a l’impression, non pas tellement qu’ils crient dans le désert, mais qu’ils sont coincés par le système. On les voit très peu sur le devant de la scène, coincés qu’ils sont entre d’une part les deux syndicalismes dont on a parlé, et les représentations politiques qui, elles, sont tout à fait d’accord, de gauche et de droite, pour que les syndicalistes, restent à leur place et occupent toute leur place, parce que ça leur évite aussi de se poser des questions sur les réformes sociales.

Je vais être un petit peu caricatural, on parle beaucoup du modèle allemand dans cette partie. On dit, oui les syndicats allemands sont forts, oui ils font des choses, alors d’abord est-ce que c’est vrai, est-ce que c’est quelque chose dont on doit également s’inspirer ?

Il ne faut pas s’inspirer non plus de choses avec un décalage dans le temps. Les syndicats allemands sont toujours très forts. Ils gèrent beaucoup de choses et cela crée là-aussi quelques difficultés. Mais ils ont introduit quand même une culture d’anticipation des difficultés, de gestion préalable en quelque sorte, avant que les catastrophes n’arrivent sur le dos, qui sont des choses importantes. En revanche, comme toute structure institutionnalisée qui a beaucoup de moyens, il y a aussi un certain nombre de choses et de courants sociaux qui passent maintenant en Allemagne en dehors d’eux, et là aussi il y a quelques rénovations et modernisations qui seraient à faire mais pas dans le même sens que chez nous.

Donc, cela veut dire que chez nous, pour résumer un petit peu parce que cette émission touche à sa fin, c’est l’Etat qui doit taper du poing sur la table et dire : voilà les règles du jeu ont changé, maintenant il faut que ça se passe comme ça ?

Taper du poing sur la table, c’est rarement une bonne solution. Je suis plus partisan de Théodore Roosevelt que des gesticulations. Mais les modifications de structures devraient permettre des réformes de  ces structures, devraient permettre l’émergence de nouvelles représentations, en particulier de représentations syndicales, car le syndicat reste un élément essentiel de la régulation du monde du travail. Il faudrait au contraire que nous ayons des syndicats forts pour que ceci soit mieux fait.

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