Sur les ondes… Grèce : il ne faut pas fâcher les dieux!

Chronique d’actualité sur RCF Reims enregistrée mercredi 18 février : http://rcf.fr/actualite/grece-faut-pas-facher-les-dieux

AV : Nous allons nous envoler pour la Grèce et pour Athènes puisque nous allons parler du pays, on parle beaucoup du nouveau chef du gouvernement Alexis Tsipras mais, avant d’évoquer un petit peu ce qu’il souhaite faire ou ce qu’il a déjà mis en place, la situation de la Grèce à l’heure actuelle ?

La situation de la Grèce est à la fois une situation pénible et une situation qui commençait à s’éclaircir. En effet la Grèce avait une dette astronomique et un déséquilibre qu’elle laissait s’accroître régulièrement jusqu’à ce qu’elle fasse en pratique défaut, que les Etats rachètent en quelque sorte sa dette pour sauver leurs banques. Donc la Grèce est endettée, mais elle est endettée maintenant essentiellement vis-à-vis des Etats. La potion amère qui lui a été infligée a eu à la fois des résultats mais a causé de gros dommages.

Elle a eu des résultats parce que la Grèce a un excédent primaire. C’est-à-dire que si elle n’avait plus rien à payer elle serait en train de refaire une pelote, d’avoir un excédent. Ce qui ne lui était jamais arrivé depuis 1830. Donc, de ce point de vue-là, la situation pouvait être considérée comme encourageante. Dans l’autre sens, la situation est une spirale infernale puisque les mesures d’austérité ont effondré les revenus, y compris ceux de l’Etat, lequel a de moins en moins d’argent pour rembourser, avec un produit intérieur brut qui s’est contracté et donc une fraction de la dette rapportée à ce produit intérieur qui est de plus en plus importante.

Tout ceci avec une évolution sociale catastrophique. Il faut bien se rendre compte que les retraites par exemple sont arrivées au tiers de ce qu’elles étaient auparavant. Sans tenir compte de ce que la protection sociale a disparu, puisque maintenant il faut payer, avec des tas de dessous de table, et amener ses médicaments dans les hôpitaux. Donc quelque chose d’assez catastrophique et calamiteux.

Alors les Grecs se sentant dans une situation infernale, tout en ayant déjà quelques gages de progrès, on aurait pu croire qu’avec l’inflexion européenne prévisible, non pas de laxisme, mais de libération d’un peu de monnaie qui est prévu par la banque centrale, les Grecs auraient pu avoir leur part, et auraient pu atténuer cette rigueur. Tout en commençant à bénéficier de l’image et des crédits possibles à partir du moment où ils ont un excédent primaire.

Donc tout aurait pu aller très bien. Mais on est un peu comme dans une tragédie grecque très classique. Tout s’améliorait, tous les signes étaient bons, jusqu’à ce que le gouvernement grec provoque les dieux. Dans une tragédie grecque classique, il ne faut jamais énerver les dieux. Ils sont méchants, dans ce cas là. Ils n’aiment pas. Ils sont rancuniers, et tout et tout. Est-ce que la situation sera la même cette fois-ci ? Peut-être pas mais peut-être que si quand même.

Alors le deuxième élément c’est que la politique proposée par Tsipras et son ministre des Finances est une politique de provocation des dieux. C’est de dire : « il est inadmissible qu’on nous ait fait souffrir comme ça, vous aviez des tas d’arrières pensées », ce qui est certainement vrai « et nous ne paierons pas. Et nous n’avons plus besoin de votre aide ».

Malheureusement ça ne répond pas au principe de réalité. Tout d’abord parce qu’on est à quelques semaines près. La tranche suivante d’aide, la dernière tranche d’aide de 7 milliards devait tomber pour début mars. En provoquant l’Union européenne, il est évident qu’elle ne tombera pas et à ce moment-là la Grèce n’a pas encore une signature qui permet d’emprunter sur le marché libre des capitaux. Ils ne sont pas à 9 ou 10 %, ils sont à ce que personne ne veut leur prêter. Donc ils vont se retrouver coincés, ou à faire réellement défaut.

Mais le défaut, ce n’est pas une question de morale, ce n’est pas de dire si la dette est juste ou si on leur a piqué du fric il y a 70 ans etc etc. Le défaut, contrairement à ce que les gens imaginent, faire défaut sur sa dette, c’est la payer cash. C’est la payer cash parce que non seulement les avoirs sont immédiatement bloqués à l’étranger mais également parce que l’évolution de l’économie entre les importations et les exportations tient immédiatement compte de ce défaut et à ce moment-là, que l’on ait une nouvelle monnaie ou qu’on soit sous l’euro, ce sont les taux d’intérêt grecs qui seront à 20, 25% avec un effondrement et une austérité bien plus accrue encore que celle qu’ils ont eu du mal à supporter jusqu’à présent.

Quelles sont les évolutions possibles, Jacques Cohen, de cette situation grecque entre Tsipras et son gouvernement provocateur, qui provoque un peu les dieux comme vous l’avez illustré par votre métaphore, et l’Union européenne qui veut quelque part récupérer aussi son argent ?

Je vais vous donner un exemple de provocation. C’est mieux que Promethée. Il y a fort longtemps, du temps du gouvernement de Papandréou et d’un clientélisme solide dans toutes les administrations, le Pasok donc Papandreou avait fait embaucher 600 femmes de ménage pour le ministère des Finances. Ce qui faisait quand même un nombre de mètres carrés assez raisonnable par personne. Depuis la crise et les plans de rigueur, bien évidement ces femmes de ménage ont été licenciées. Une des premières choses que Tsipras a annoncé, c’est qu’elles allaient être réembauchées. Donc ça c’est typiquement d’agiter, j’allais dire, un chiffon rouge. Ce n’est peut-être pas très bien comme terme le chiffon..

Une mesure populiste un petit peu ?

C’est un peu cela. C’est annoncer le retour de l’Etat providence, du clientélisme, ça ne peut pas être admis par les Etats créanciers de la Grèce. D’habitude aussi on a un méchant et un gentil. D’habitude c’est le politique principal qui est le méchant qui fait des déclarations tonitruantes, et le ministre des Finances qui passe derrière pour dire qu’on peut discuter, qu’on peut peut-être s’arranger. Là, ou c’est l’inverse, ou ce sont les deux qui en même temps font des annonces dures qui risquent de conduire à ce que les Grecs souffrent encore une fois avant qu’on ne réaménage les choses.

Parce qu’il faut bien voir que ce soit la dette grecque ou celle des autres Etats, personne ne paiera jamais le principal, c’est-à-dire que ces dettes ne seront jamais payées. En revanche leurs intérêts, le service de la dette, doit être assuré. Sinon, à partir du moment où il y a un ralentissement économique, on ne peut pas réescompter cela pour le futur. C’est donc quelque chose qui faut absolument rétablir. Et c’est ce que la politique menée en Grèce avait quand même réussi.

Donc on voit là comme dans les tragédies grecques mettre en danger les acquis au moment même où la lumière paraissait briller sur les collines, se lever, et que l’aurore aux doigts de rose allait assurer une journée meilleure aux Grecs. Là il y a un gros risque qu’il faille encore attendre, si je puis dire, un jour ou deux.

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