Sur les ondes… les élections primaires : une solution primaire ?

Emission enregistrée sur RCF Reims mercredi 3 juin : https://rcf.fr/actualite/les-elections-primaires-une-solution-primaire

 

Mes chers auditeurs, bonjour! Nos journalistes n’ayant pu rejoindre les studios à temps, nous allons inaugurer un genre original : l’auto-interview! Mais en fait avec leurs questions….

Donc aujourd’hui, nous allons parler des primaires. Première question : de quoi s’agit-il ?

Les primaires, ou élections primaires, sont une tradition américaine où les partisans des deux grands partis, chacun de son côté bien évidemment, votent et départagent des candidats du parti pour la bataille finale entre deux candidats : les Démocrates et les Républicains. C’est un système qui marche de très longue date. Mais qui marche dans un système très particulier de bipolarisation, et d’appareils des partis qui sont en fait très puissants.

En France, on a déjà eu un exemple de primaire au PS qu’on peut dire réussi puisque son vainqueur a été élu. Mais on doit revenir sur les conditions de ce succès. Tout d’abord ce succès repose sur une très large adhésion populaire puisqu’on a eu 3 millions de votants. Ces 3 millions de votants effacent toute tentative d’instrumentalisation parce que les partis politiques en France, c’est 50, 60 OOO personnes par parti pas plus. Et que donc d’aller voter les uns chez les autres, de faire appel à des partis étrangers qui valent peut-être 5 ou 10 000 cartes, tout cela n’a pas grande importance quand on a 3 millions de votants. De ce point de vue, c’est une élection primaire où il n’y a pas eu de problème de crédibilité.

Le déroulement, également, a été irréprochable. Parce qu’il faut bien rappeler que les élections primaires sont organisées à chaque fois par un parti. Et non pas par l’appareil de l’Etat. Ce qui comporte toujours les risques qu’on connait bien dans les congrès des partis. Ce qui implique, ce qui fut un des éléments du succès des primaires du PS, que les choses de ce côté là soient neutralisées. C’est-à-dire, en fait, des accords.

Le secret d’une primaire populaire de qualité, c’est que la primaire, on pourrait dire les arrangements politiques internes du parti, ont eu lieu auparavant. A ce moment là, les partages et autres étant faits, les choses peuvent se passer paisiblement. Car c’est toujours ce parti, là le PS mais c’est le même problème qu’on verra bientôt pour l’UMP dit Les Républicains, ce parti c’est lui qui est le garant. C’est un peu comme de construire les villes à la campagne, c’est d’essayer de pallier les défauts de l’élection par une autre élection, d’un autre type mais qui finit quand même par ressembler au type habituel. Donc on a vu des primaires réussies qui ont donné un élan permettant que le candidat issu de ces primaires puisse gagner le match final, celui devant tous les électeurs.

La question suivante : pour 2017, on annonce des primaires à l’UMP. Qu’est-ce qui en fera un succès ou un échec ?

Un succès, c’est s’il y a une adhésion populaire, si tous les électeurs potentiels de droite et du centre-droit sont d’accords sur la formule et qu’il y a une forte participation. C’est déjà la première chose. Pour cela il faut que la brochette, si je puis dire, soit affriolante. Que les candidats soient crédibles. Et que les partis les aient acceptés. Dans le cas contraire, du succès à l’échec, il n’y a pas bien loin.

Si des querelles d’appareils rendent peu crédible, ne serait-ce que la mécanique des élections, chacun accusant l’autre de se préparer à bourrer les urnes etc.. Si la question des limites : est-ce que les centristes doivent voter ou pas, n’est pas bien résolue. Et bien on peut avoir une désaffection populaire brutale et, dans ce cas là, toutes les combines et toutes les manoeuvres auront une efficacité redoutable pour paralyser le système. Le discrédit jeté sur le parti et sur le vainqueur ou les vainqueurs, clamant chacun qu’ils le sont, donnera un avantage, à mon avis décisif, à l’autre camp.

Et maintenant : Du côté du PS ?

Du côté du PS, si le Président est dans une situation convenable, il n’y aura pas de primaires. C’est justement aussi un paradoxe. Les primaires ne sont pas censées en France être une consécration mais se réaliser que s’il y a un choix inter pares. En France un Président est devenu quelque chose d’une espèce nouvelle. Il a quasiment été sacré et consacré. Il ne peut plus se commettre avec le commun des mortels. Donc si le Président est en situation pour être à nouveau candidat, il n’y aura pas de primaires ou alors quelque chose de symbolique qui représentera une simple ratification.

Si en revanche le Président n’est pas en situation de se distinguer des autres, il ne se présentera pas à des primaires à mon avis. Je peux me tromper mais c’est mon pronostic. Et dans ce cas-là les primaires seront très ouvertes. Elles conduiront très probablement à une catastrophe parce qu’il n’y aura pas de neutralisation préalable des querelles à l’intérieur du parti. Il n’y aura pas de crédibilité de l’élection. Et surtout les partisans de solutions diamétralement opposées parmi les sympathisants de gauche iront s’affronter dans les urnes des primaires conduisant à des choix qui seront tout sauf rassembleurs. Donc dans cette hypothèse là aussi, les risques d’échec de primaires sont assez élevés.

Ce qui fait qu’en conclusion nous pouvons dire que nous avons assisté à un succès remarquable des premières primaires ouvertes du PS, que nous allons voir les suivantes de l’UMP-Les Républicains, peut-être du PS, mais que le risque d’échec est élevé. Et que donc cette importation américaine n’est peut-être pas une solution pérenne dans notre pays.

Une réflexion sur “Sur les ondes… les élections primaires : une solution primaire ?

  1. Pingback: Primaire du PS : En route vers le score socialiste de 1969 – Le blog de Jacques HM Cohen

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