Primaire du PS : En route vers le score socialiste de 1969

CHRONIQUE du mercredi 25 janvier 2017

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Quelques chroniques sur le sujet depuis juin 2015

https://jhmcohen.com/2015/06/07/sur-les-ondes-les-elections-primaires-une-solution-primaire/

https://jhmcohen.com/2016/12/21/deux-primaires-bonjour-les-degats/

https://jhmcohen.com/2016/11/24/les-primaires-la-magouille-pour-tous/

https://jhmcohen.com/2016/10/13/les-primaires-faire-voter-ses-voisins/

Chronique d’actualité avec Jacques COHEN, bonjour Jacques !

Bonjour.

AV : Alors, aujourd’hui on va évoquer la primaire et ses résultats. La primaire de la gauche, « la belle alliance populaire » comme on l’appelle et donc, Benoît HAMON qui est arrivé en tête.

Benoît Hamon est arrivé en tête parce que, j’allais dire maintenant traditionnellement, puisqu’on a eu la preuve en novembre dernier, les primaires rassemblent très peu de monde, 2,2 % du corps électoral pour celle-ci. Elles rassemblent l’électorat le plus traditionnel et traditionaliste de son camp avec également quelques visiteurs, voisins d’en face ou d’à côté, et qu’à ce moment-là on obtient de désigner quelque chose qui est assez décalé par rapport à la moyenne des électeurs de ce camp.

Dans le cas de Hamon, il a fait une campagne qui est de rassembler les rêves les plus traditionalistes de la gauche, du temps des luttes pour le pain, les roses et la liberté, du temps de Bandiera Rossa et de tas de choses pour lesquelles il y a un public nostalgique, mais qui malheureusement, ne dépasseront pas les 10 % aux présidentielles.

Il a un peu fait « Hé ho la gauche », même si c’était pas le mouvement « hé ho la gauche », c’était pas pour Benoît Hamon, mais il a voulu réveiller une gauche enterrée chez certains « nostalgiques » comme vous l’avez dit.

Il a, effectivement, là-dessus, rassemblé avec un décalage très, très net entre le rassemblement militant quasiment, que représentent les primaires, et les sondages de ce que ça va donner, une fois confronté à l’ensemble du corps électoral.

Alors, Manuel Valls, de l’autre côté arrive. Il avait parlé de gauche irréconciliable. On a le sentiment que ces deux gauches irréconciliables sont incarnées par Benoît Hamon d’un côté et Manuel Valls de l’autre.

Valls était dans une situation épouvantable. Il avait très bien théorisé qu’il y avait deux gauches incompatibles. Une gauche protestataire d’une part, que Hamon incarne et une gauche de gouvernement qu’il devait incarner.

Mais, il a fait une campagne dans l’autre sens, à partir de la stupidité du processus des primaires qui était de prétendre à rassembler tout le monde. Donc, non seulement c’est impossible, mais comme en plus, il n’y croyait pas, ça ne facilitait pas pour donner un aspect convaincant.

Donc, maintenant il est dans une situation extrêmement difficile, il ne lui reste qu’un trou de souris. Et il n’a que 8 jours, ce qui fait qu’il a vraiment très peu de chances d’y arriver : c’est de laisser parler sa nature, c’est-à-dire, d’être le plus à droite possible, d’être le plus autoritaire, républicain parce que c’est quand même un homme de gauche, de façon à aller chercher des électeurs qui sont partis du PS ou qui ne votent plus pour le PS ou même pour le Président Hollande. Et d’aller les chercher le plus loin possible, c’est-à-dire chez les déçus, mais paradoxalement, chez les déçus de l’élection de Fillon. C’est sa seule chance.

Sur une campagne longue, il aurait une petite chance, sur une campagne de 8 jours, j’avoue être très pessimiste à son égard.

Sachant Jacques que Arnaud Montebourg a appelé à voter pour Benoît Hamon et donc, l’équation mathématique fait que cela semble compliqué pour Manuel Valls.

Sur les votants du premier tour, « ses carottes sont cuites », mais nous sommes dans des primaires où des mouvements importants sont possibles. Y compris des mouvements, encore une fois, venant de l’extérieur. Et si tous les mélanchonistes viennent « tuer » Hamon, effectivement, il peut être miraculé, mais je n’y crois pas beaucoup.

Alors, il y a une ombre qui plane énormément et son nom a été évoqué, c’est un petit peu comme le personnage dans Harry Potter, « Voldemort ». On n’ose pas prononcer son nom. C’est Emmanuel Macron qui, est là sans être là, mais qui est dans tous les esprits.

Pour l’instant, tout va bien pour lui. Il peut continuer à marcher sur l’eau puisqu’il y a de fortes chances que le candidat le plus caricatural des vieilles lunes du PS soit désigné et d’autre part, que cela accentue et même que cela déclenche immédiatement, la crise du parti avec de nombreux ralliements à Macron, de personnalités socialistes. Donc, jusque là, si j’ose dire, tout va bien.

Mais il y a quand même, à marcher sur l’eau, quelques difficultés qui se profilent à l’horizon. Parce que pour marcher sur l’eau, il faut quand même marcher relativement vite. Si on s’arrête, je ne crois pas que ça marche très bien.

Et donc, première difficulté, les ralliés. Les ralliés, ils donnent une crédibilité, mais ils donnent aussi un passif qui est leur image. Et d’autre part, s’ils se rallient, certes ils ont éventuellement même des morceaux d’appareils et des militants, mais s’ils se rallient, c’est qu’ils ont peu d’électeurs. En fait, leurs électeurs sont partis depuis longtemps, et eux-mêmes viennent quelque peu dévêtus. Et le bilan de leur ralliement, en positif et en négatif, est souvent en négatif. Car pour un Boulard qui a au Mans une image extrêmement positive, les images de Saurel ou de Ségolène Royal, sont des images contrastées qui ne sont pas forcément, très positives, en balance nette.

D’autre part, ceux qui vont vouloir essayer de négocier des choses vont s’apercevoir que la logique politique de la candidature Macron, c’est de ne pas négocier. Et ils vont être assez perdus, ayant l’habitude de tractations d’appareil. Mais le principal problème pour Macron n’est pas là.

Le principal problème, c’est qu’avec un candidat du PS, un candidat d’extrême gauche et lui, donc trois candidats pour la gauche et le centre progressiste, sa place à lui, telle qu’elle a été jugée dans les sondages sur cette hypothèse avant la primaire, se situait de 19 jusqu’à 21 %.

Alors 21 %, ce n’est pas très loin d’être crédible pour pouvoir passer le 1er tour, mais c’est quand même, en dessous du plafond de verre. Si, ni Fillon ni Marine Le Pen ne font de bêtises, et bien, il sera troisième. Son plafond de verre, on peut dire qu’il est autour de 23 %.

Donc, avec la réalité maintenant, on va voir si les sondages d’avant donnaient une prédiction fiable, ou si sa situation va s’améliorer suffisamment pour venir jouer directement dans le trio. Ce qui à ce moment-là, pourrait les déstabiliser puisque Fillon a une position extrêmement compliquée, instable entre ce qu’il pense et ce qu’il doit faire pour composer avec les différentes tendances de son parti. Et d’autre part Marine Le Pen, qui elle aussi, avait fait pour la première fois, des bêtises avec l’histoire des enfants qu’il ne faut pas mettre à l’école, ce qui même dans son électorat a été très mal vécu. Elle avait, elle aussi, dévissé de 27 à 22 %, puis elle est remontée peu à peu.

Donc, si Emmanuel Macron se retrouve dans un étiage de 23 %, tout est possible. S’il reste à un étiage de 21 %, les choses deviendront difficiles.

Dernière question Jacques, c’est sur la participation aux primaires. Alors, il y a eu beaucoup de débats sur la question des chiffres, on a même accusé le parti socialiste d’avoir fait gonfler les chiffres. Une chose est sûre, c’est qu’il y a moins de succès que lors de la primaire de 2011. En même temps, en 2011, c’était l’alternance qui était recherchée.

Effectivement, il y avait 2 700 000 votants en 2011. On doit se situer vers 1 million 5 ou 1 million 6. Il est naturel qu’il y ait un peu d’incertitude dans un processus qui n’est pas professionnalisé, mais globalement, ça ne change rien au résultat même si, bien sûr, les adversaires se précipitent pour parler soit de fraudes, soit d’amateurisme. C’est de bonne guerre, mais ça ne change pas grand-chose.

En revanche, ce qui est important, c’est de rappeler que les primaires sont un processus stupide, qui est totalement inadapté à la vie politique en France. Avec un système où les voisins peuvent venir (contrairement aux États-Unis) sans complexes, comme apparatchik d’un jour, jouer au billard à trois bandes pour éliminer l’un ou l’autre. Une primaire, d’autre part, s’appuie sur une fraction d’électorat de son camp extrêmement réduite et généralement très passéiste et très extrémiste. Donc, c’est un système tout à fait nuisible qu’il ne faudra pas recommencer. La première fois, ça s’est bien passé parce qu’il y avait de la nouveauté. Mais maintenant que les Français ont compris, je crois qu’il faut arrêter ce genre de choses qui ont sorti de la pochette surprise Fillon pour la droite et qui sortiront, très probablement, Hamon pour la gauche, ce qui ne représente nullement, nullement, les aspirations des électorats de part et d’autre.

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