Deux primaires : Bonjour les dégâts !

CHRONIQUE DU 21 décembre 2016

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AV: On a eu droit à la primaire de la droite, maintenant la primaire de la gauche. Est-ce que ça va être encore le « grand bazar » ? On a le sentiment que ça va l’être parce qu’on voit les candidats qui se déclarent, qui sont nombreux.Pas plus tard qu’il y a quelques jours, Vincent Peillon donc pour cette primaire de la belle alliance populaire. C’est comme ça qu’il faut dire ?

Belle alliance populaire, mais il faut bien convenir que ce sont les primaires du PS puisque d’une part, Mélenchon et l’extrême gauche, n’y viendront pas et que d’autre part, Macron et l’essentiel du courant social-démocrate, n’y participeront pas.

Alors tout se passera, peut-être, comme prévu, par l’appareil du PS, si personne ne vient voter. Sinon tout est possible.

Il faut bien reprendre ce problème des primaires qui sont une nouveauté en France et qui à mon avis ne devraient pas durer bien longtemps, vu l’inadéquation complète à la mentalité de nos concitoyens.

C’est une invention américaine des années 60, ce n’est pas du tout une histoire des pères fondateurs de la république aux États-Unis, qui consiste pour les partis à en tenir la mainmise pour le maintien d’un système bipolarisé. Les partis français, au moment où ils ont commencé à avoir quelques difficultés, ont découvert que cela pouvait être pratique et se sont lancés là-dedans. Donc les premiers, c’est la gauche, avec par surprise et grâce à la nouveauté, une opération tout à fait réussie en 2012 .

Et puis cette fois-ci, on a des primaires de la droite qui ont représenté un authentique désastre pour la démocratie. C’est-à-dire que, n’importe qui va voter, en dehors des gens de droite, n’importe qui va voter pour n’importe qui pour mettre évidemment la pagaille chez le voisin. Le fonds de l’électorat de droite, lui, il n’y en a qu’environ 10 % qui se déplacent et ce sont, bien évidemment, les plus caricaturaux, les plus archaïques qui sont une énorme majorité de vieux retraités. Donc on a un décalage d’image avec un électorat ranci et un nombre de visiteurs que l’on pourrait dire indélicats, considérable.

Le résultat est la sortie de la pochette surprise de François Fillon, qui, immédiatement sorti de la pochette, commence à faire des gaffes comme sa position ahurissante sur la Sécurité Sociale.

À gauche, là, on en est au stade des manœuvres d’appareil. Alors pour l’instant, c’est aussi beau qu’un congrès du PS, une mécanique ou une horlogerie céleste. Chacun introduit son candidat, joue au billard à prévoir que son candidat tapera un peu l’électorat du voisin, etc., se trouve un candidat qui n’est pas le sien, mais qui est compatible et qu’on va déguiser en gentil centriste, ce qui ne correspond pas du tout à l’aspect de l’histoire politique de Vincent Peillon, par exemple.

Mais tout cela, de toute façon, c’est oublier les leçons tout simplement non pas de l’Histoire, mais des primaires précédentes à droite. L’électorat n’apprécie pas que les partis trouvent un moyen de se renforcer et de conforter leur mainmise sur la vie politique sous forme de primaires. Donc il est à prévoir que l’électorat, selon la tournure qu’elles prendront, viennent y mettre une pagaille aussi considérable que dans celle de la droite. Et à ce moment-là, pourquoi décider qu’on a un système électoral bipolarisé à deux tours, on a que deux candidats au deuxième tour, ce qui n’a d’ailleurs aucune raison démocratique d’être. Mais que ceci doit être précédé par une espèce de « happening », se terminant par une pochette surprise. Ce qui revient à une espèce de tirage au sort dont l’aboutissement n’est pas tout à fait la démocratie représentative dont chacun rêve.

Donc sachant que là, pour la gauche, on parle de plusieurs tendances, c’est-à-dire avec Montebourg, Hamon à la gauche de la gauche, Valls plus à droite on va dire, on parlait un peu de social-démocratie même si c’est plus sur Macron. Et Vincent Peillon, qui se dit « moi je veux être le Fillon de la gauche », c’est-à-dire une espèce de point d’équilibre ?

Exactement, alors il est mis en branle par les aubristes, donc je n’ai pas très bien compris pourquoi ils s’étaient fâchés avec le gendre idéal qu’avait autrefois Martine Aubry, et qui était Hamon. Donc, Vincent Peillon va probablement jouer une image rassurante de rassemblement du parti, de ne pas être méchant avec les gens dehors non plus, que ce soit Mélenchon ou que ce soit Macron.

Le problème, comme toujours, comme ce que l’on a vu dans les primaires de droite, c’est qu’il est très difficile de contrefaire sa nature tout au long de trois débats sans que les gens ne s’en aperçoivent.

« Chasser le naturel, il revient au galop »…

Quand cela arrive, effectivement. Donc dans le cas de Vincent Peillon, on verra bien, mais d’autres aussi ont des allures ou des positionnements politiques qui seront difficiles.

Valls a normalement un positionnement rassembleur et d’héritier de l’action du Président qu’il défend tout en pouvant glisser qu’il n’était pas toujours d’accord. Mais surtout, il défend une ligne de réunion et d’unité de la gauche à laquelle il ne croit absolument pas, étant le premier à avoir théorisé qu’il y avait maintenant deux gauches distinctes…

Irréconciliables…

Dont il dit qu’elles sont irréconciliables. Ces jours-ci, ses partisans, ont ressorti que cela ne désignait pas Mélenchon et voire les frondeurs, mais que cela désignait Clémentine Autain et la frange de ceux qui faisaient des meetings avec les frères Ramadan et donc les frères musulmans.

Je ne suis pas sûr que ce ne soit pas une exégèse un petit peu a posteriori de la pensée de Manuel Valls, qui a une position bien plus clivante et une attitude beaucoup plus offensive.

Quel sera le résultat ? Personne ne peut le dire parce que, comme je vous ai dit, la curiosité des primaires, c’est, contrairement à un congrès du parti où les élections peuvent être assez prévisibles, que les primaires sont une solution antidémocratique où des fractions d’électorat extrêmement variées, viennent voter et dont le résultat est une pochette surprise. Je pense que c’est une solution dont la seule valeur se situe quand elle peut contraindre tout un camp à se rassembler. A partir du moment où ce n’est pas le cas, il n’y a aucun intérêt à les tenir.

Pour ma part, à partir du moment où le PS n’a pas réussi à imposer que toute la gauche et tout le camp progressiste de Mélenchon à Macron, participent à la même primaire, ces primaires sont nulles et non avenues. Elles n’ont aucun objet, à part de présenter d’extrêmes dangers. S’il s’agissait de désigner le candidat du PS, la cuisine habituelle pouvait tout à fait y suffire.

La seule chose dont on est sûr, c’est que ça coûtera deux fois moins cher de voter à la primaire de la belle alliance. Ça sera 1 euro par tour, contre 2 euros pour la primaire de la droite et du centre, au moins on est sûr de ça…

Absolument, la gauche a toujours été beaucoup plus économe que la droite contrairement à ce que certains prétendent.

Pourtant, il n’y aura, peut-être pas moins de candidats. Merci, Jacques, à très bientôt.

Une réflexion sur “Deux primaires : Bonjour les dégâts !

  1. Pingback: Primaire du PS : En route vers le score socialiste de 1969 – Le blog de Jacques HM Cohen

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