Trump: feu de paille ou pour longtemps ?

CHRONIQUE DU MERCREDI 18 JANVIER 2017

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Chronique d’actualité avec Jacques COHEN, bonjour Jacques !

Bonjour.

AV : ça y est ! on s’en rapproche, Donald TRUMP sera officiellement président des États-Unis, il va être investi dans quelques jours, dans deux jours, c’est le 20, c’est ça ?

Le 20 !

Alors, à quoi peut-on s’attendre ?

Il y avait 3 possibilités, Trump étant élu.

Il a été envisagé, qu’après avoir fait une campagne extravagante, il se calme et suive plus ou moins sagement, à part quelques coups de gueule, le point de vue de ses conseillers ou des administrations américaines. Cette hypothèse est clairement écartée par ses dernières déclarations. Donc il reste 2 hypothèses.

La première c’est que les choses aillent vite. C’est un peu le cyclone, ça ravage, mais pendant peu de temps. La seconde, c’est l’hiver volcanique, c’est-à-dire qu’après avoir projeté des millions de tonnes de poussières dans l’atmosphère, la température descend sur toute la terre pendant plusieurs années, c’est-à-dire que Trump pourrait durer !

Si Trump se met tout le monde à dos, du lobby militaro-industriel qu’il veut priver de F35 à la communauté du renseignement qui ne veut pas voir Poutine récupérer une partie de l’ancienne zone d’influence soviétique, en passant par les dirigeants chinois qui ne veulent pas voir Taïwan reconnu comme un État, ni des taxes sur leurs exportations, avec des déclarations invraisemblables, il se retrouvera assez rapidement avec des procédures judiciaires ou des infractions au fonctionnement normal de la vie que doit mener un président des USA. Il y aura assez rapidement un « impeachment » ou pire.

Cela reste possible et c’est même pour moi l’hypothèse la plus probable ( là-dessus pour une fois je me range dans le camp des optimistes ! ), mais il faut étudier également l’hypothèse où il durerait.

Parce que là, c’est plusieurs années de catastrophes prévisibles ! Donc, la politique qu’il annonce sera mise en oeuvre ce qui est extrêmement impressionnant.

D’abord, les traités sont des chiffons de papier : il y a un accord de libre-échange avec le Mexique, et bien il annonce  » tout de go «  que si Mercedes installe une usine là-bas, il taxera à 35 % ses importations. L’accord plus question ! Au passage d’ailleurs, plonger le Mexique dans la misère est le plus sûr moyen d’augmenter l’immigration du Mexique vers les États-Unis. Bon enfin, il n’est pas à cela près !

Il a fait des déclarations incendiaires tout azimut, mais qui sont quand même avec des niveaux très différents.

Par rapport à la Chine, il semble vouloir une position politique, sur la question de Taïwan, mais être beaucoup plus prudent sur le protectionnisme, sachant que les Chinois ont de sérieux moyens de rétorsion.

En revanche, la grosse nouvelle tout à fait importante, c’est qu’il veut la peau de l’Europe. Il encourage les Britanniques au Brexit dur et il propose un accord à Poutine qui supprimerait les sanctions et qui, en échange probablement de l’aide de Poutine pour la division et le démembrement de l’Union européenne. Promettant à Poutine donc, en quelque sorte, qu’il pourra reprendre de l’influence dans les anciennes marches de l’empire soviétique.

Et du point de vue des Européens, le risque est réel. Si l’Union européenne est une puissance économique suffisante pour mener, pour tenir, une guerre contre le protectionnisme US. Il faudra monter les enchères, enchères qui nous coûteront cher, comme elles coûteront cher aux États-Unis, mais on peut tenir. Si l’Union part en miettes, évidemment Trump aura beau parler d’accords bilatéraux, ces accords bilatéraux seront extrêmement déséquilibrés entre les États-Unis et chacun des petits pays d’Europe.

Trump pourrait durer ? Dites-nous comment !!

Une analogie peut être faite avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Beaucoup pensaient que ce clown ne tiendrait que peu de temps. Mais la passivité des autres pays lui a permis de s’installer dans la durée. Une politique protectionniste et isolationniste est contraire de nos jours aux intérêts des USA comme de tous les pays développés. Elle précipitera les USA vers une crise.

Mais il n’est pas certain, si Trump survit politiquement, que cela se produise en quelques mois. Il faudra sans doute 2 ans. Ce qui mène aux élections de mi mandat. S’il accorde de nombreuses aides à la consommation des « red necks »  en même temps qu’il installe du protectionnisme, à crédit et sur le dos des autres pays bien sûr, il peut avoir un succès temporaire. Comme Hitler grâce à la politique économique du Dr Schacht.

Trump n’est pas Hitler. qui était un fou sanguinaire quand Trump n’est qu’un hurluberlu atrabilaire! Mais la comparaison des politiques économiques est intéressante. A l’époque il a fallu 4 ans pour que Schacht considère qu’il fallait arrêter avant la ruine, qu’il a prédite pour fin 1940. Hitler et Goering ont considéré qu’il suffirait comme recette nouvelle de piller les autres pays d’Europe avant l’échéance… De nos jours les choses iraient ou iront plus vite, 18 mois, 2 ans au plus. Mais Trump qui n’est pas à cela près, pourrait alors changer radicalement de politique. Et survivre. A condition que son absence de sur-moi, sa nature «  because its my character » dit le scorpion d’Orson Wells en piquant la grenouille  au milieu du fleuve, ne le conduise à de nouvelles aventures.

Il y a la communauté du renseignement aussi Jacques, plus méconnue du grand public aussi, mais qui va sans doute jouer un vrai rôle. Une pensée là-dessus ?

Alors de ce point de vue, la communauté du renseignement américaine lui est très hostile, parce qu’elle a passé sa vie, et c’est sa philosophie, à obtenir un refoulement de la Russie en retrait de ce que fut l’Union soviétique. Elle était arrivé à quelque chose d’assez satisfaisant, jusqu’à ce que la mécanique se dérègle.

C’est-à-dire que les pays nouvellement ou à nouveau indépendants (les Pays baltes, l’Ukraine et la Géorgie) étaient destinés à devenir une zone d’influence économique de l’Union européenne qui, par une bataille douce de « Soft Power » allait ainsi, conquérir leur économie. Puis leur cœur et leur système politique. 

L’évolution avec, d’une part, une politique dure inspirée par les États-Unis en Géorgie, l’adhésion des Pays baltes à l’OTAN, la position de refus de neutralisation de l’Ukraine impliquant le conflit qu’on y connaît, tout cela était vécu assez mal par la communauté du renseignement. Du genre : il ne s’agit pas de détruire la Russie, la refouler suffit d’une part aux intérêts stratégiques américains, d’autre part, la détruire c’est créer une très vaste zone d’instabilité.

Et là maintenant on est confronté à une ambition pire, qui est de créer une zone d’instabilité qui comporte toute l’Europe, c’est-à-dire de ramener l’Europe et la Russie si possible, mais surtout de ramener l’Europe dans un premier temps, à la situation de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Syrie, de tous les pays déstructurés, ramenés à un moyen-âge balkanique par la politique américaine. Donc là pour nous français et européens, c’est un enjeu vital.

Et, la grande question est : qu’est-ce que va faire Poutine ?

D’abord il regarde avec une curiosité un peu médusée l’ouverture publique que fait Trump sur ce sujet, en disant : « on vous enlève les sanctions contre un nouvel accord sur le désarmement nucléaire ». Sachant que le désarmement nucléaire ou plutôt la réduction équilibrée, elle a déjà été faite, que tout changement là-dessus est très compliqué techniquement et qu’aller à un niveau de stock d’armes nucléaires inférieur prend des années et des années… pour un accord politique qui doit être rapide du point de vue des deux. C’est s’engager sur un terrain qui paraît assez invraisemblable et qui montre la méconnaissance totale de Trump des réalités géopolitiques, stratégiques et militaires, qui est déjà quelque chose de très étonnant.

Poutine peut être très tenté de s’en sortir ainsi. La fin des sanctions plus la possibilité d’avoir les mains un peu plus libres vis-à-vis des anciennes marches de l’ex-Empire. Mais dans le même temps cette opportunité va lui fermer une porte beaucoup plus considérable qui est qu’il avait comme adversaire ou comme ennemi, une Union européenne inféodée aux États-Unis et structurée dans l’OTAN.

Mais Trump ne veut plus de l’OTAN, il veut émietter le continent. Du point de vue de Poutine, l’émiettement peut-être utile, mais il peut être très gênant parce qu’à moyen terme ce n’est qu’une Europe forte, mais détachée des États-Unis, qui pourrait être pour lui le partenaire d’un redressement économique de la Russie qui est un colosse aux pieds d’argile.

Comme je l’ai déjà expliqué ici, la Russie a certes des ressources pétrolières et minières, un système éducatif élitiste, mais ses exportations sauf d’armement sont à peine plus que des matières premières et surtout les infrastructures sont en ruine, comme l’appareil industriel. Et la Russie n’a pas de capitaux pour financer ses besoins. C’est donc un pays qui a des secteurs de pointe mais c’est aussi un pays du tiers-monde par d’autres aspects.

Seule une Europe prospère pourrait y faire les investissements indispensables, si un climat politico-économique rassurant pouvait régner en Russie. Ce n’est pas une question de liberté d’expression, la Chine en témoigne, mais de ne pas voir une oligarchie liée au pouvoir faire main basse sur toute réussite économique. Ce qui a conduit à la fuite des investisseurs européens. Si Poutine remporte des succès tactiques géopolitiques, il ne peut de façon stratégique sortir de son impasse structurale que par un changement radical du régime et une alliance européenne, sûrement pas en grappillant des états baltes ou un bout d’Ukraine. Jusqu’à présent l’alliance avec une Union Européenne suivant docilement les USA, n’était pas possible pour la Russie. Si Poutine contribue à la ruine de l’Europe, cela ne sera pas non plus possible demain.

Merci Jacques, on se retrouvera dans de prochaines émissions parce que le sujet mérite d’autres explications et surtout de voir comment les choses avancent sur le terrain.

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