Raffineries : la CGT en retard d’une guerre

CHRONIQUE DU 22 MAI 2016
Disponible en podcast sur RCF: https://rcf.fr/actualite/raffinerie-la-cgt-une-guerre-de-retard

JHMC : Bonjour. Aujourd’hui, je vais vous parler de la grève des raffineries, de l’occupation des dépôts, de cette étonnante situation de pénurie, relative, et d’inquiétude diffuse et généralisée, parce que l’on est dans une situation étrange.
On est devant l’usage d’un moyen de grève insurrectionnelle quand il n’y a aucune insurrection, quand il y a un mouvement de masse qui est quand même relativement faible. Avec une CGT qui rejoue une guerre passée. Elle va se retrouver, malheureusement pour elle, très probablement dans la situation de l’armée française de 40, maîtrisant parfaitement les armes de la Première Guerre mondiale mais dans un monde qui est complètement différent.
Karl Marx avait dit que « L’histoire se répète toujours, une première fois en tragédie, une deuxième fois en farce ! ». Mais là, comme la première fois en mai 68, ça n’a pas été bien tragique, on peut bien se demander si ça sera une pantomime plutôt qu’une farce ou autre chose…

A quoi est-on confronté ? On a une grève, chez Total, rattachée péniblement par la CGT à la loi EL Khomri, avec la loi de modernisation des conditions de travail et de la réglementation du travail, talonnée par un mouvement gauchiste qui, il y a une cinquantaine d’années, était totalement marginal, un moustique pour la CGT. Mais qui maintenant est parfaitement capable de lui causer de gros soucis, la CGT n’étant plus capable de le contrôler dans la rue ou dans les lieux d’occupation.

Le raisonnement de la CGT est d’avoir des moyens de pression et de faire monter la mayonnaise pour une journée nationale, mais dans un contexte complètement différent d’autrefois, donc d’une très grande fragilité pour elle. D’une très grande fragilité, car d’une part, les débordements sont prévisibles ou très difficiles à contrôler, et d’autre part, le mouvement lui-même risque au contraire d’être dissuadé par ce voisinage encombrant avec des moyens d’une autre époque, et avec des individus dans le même genre que les casseurs des différentes manifestations ou incendiaires de bagnoles de flics. Donc on peut prédire, puisque cette émission est enregistrée le lundi pour être diffusée le mercredi (pour des raisons pratiques de RCF Reims et Ardennes), que le schéma traditionnel ne fonctionnera pas, d’avoir des grèves sectorielles, des points de blocage, déstructurant l’activité sociale, obligeant à une bascule faisant que le mouvement de masse tourne à la grève générale et représente un avertissement sérieux pour le pouvoir afin qu’il recule sur les mesures qu’il envisage. Il ne fonctionnera pas pour les raisons que l’on vient de voir.
En revanche, il fonctionne sur un autre aspect tout à fait gênant : c’est que l’inquiétude, elle, est diffuse et cette inquiétude se cristallise sur la peur de manquer d’essence. Le manque, c’est toujours une angoisse et le manque d’essence, dans une société moderne, où les gens partent en week-end, c’est encore pire. Bien plus, bien plus qu’en 1968.
Et on peut donc voir des gens qui ont des habitudes politiques très ancrées à gauche, s’inquiéter de leur manque de carburant pour partir en week-end et quelques petites choses comme ça qui sont rétrospectivement , ou avec une certaine distance, assez amusantes.
Néanmoins, ce qu’il l’est moins, c’est qu’à jouer avec le feu, comme vous le savez, il arrive que l’on se brûle, et de ce point de vue là, la proximité des radicaux d’extrême gauche, donc habitués à casser bêtement, de la CGT dans des entreprises ou des dépôts de matières inflammables, est quelque chose qui, tout naturellement, est assez dangereux.
Alors, à partir du moment où le pouvoir politique a dit qu’il ne bougerait pas sur la loi El Khomri, il est tout à fait prévisible que la CGT qui avait raté cette mobilisation tente un Banco. Et un Banco, qu’à mon avis, elle va perdre parce que n’étant plus le syndicat d’autrefois, un syndicat majoritaire capable de bloquer la société française, il est à craindre pour elle, ou gros à parier de l’autre côté, qu’une épreuve de force ratée va la faire encore dégringoler.
Alors c’est, j’allais dire, le sens de l’histoire, car la roue tourne, que pour une fois c’est la CGT, maintenant, qui en est à chercher des expédients et des succédanés dans des opérations à risques pour remplacer une mobilisation de masse, ce qui ne marche jamais. Et c’est ce que l’on va voir dans les prochains jours.

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