Casseurs : le retour des « katangais » !

Emission diffusée sur RCF Reims mercredi 18 mai 2016 : https://rcf.fr/actualite/casseurs-les-katangais-sont-de-retour

AV : Chronique actualité avec Jacques Cohen, bonjour Jacques. Vous êtes à Paris cette semaine, non pas pour manifester ni être un casseur, mais ce sera le thème de notre émission. Il se passe beaucoup de choses, on voit des images de manifestations, on parle notamment de ces manifestations contre la Loi Travail, ensuite la manifestation des policiers contre la « haine anti-flics ». Donc on est en plein état d’urgence, est-ce que c’est finalement normal de se trouver avec des situations comme cela (on a vu encore une voiture de police être brûlée ce mercredi matin) ?

JHMC : Et bien, on peut voir cet aspect des manifestations et de la casse, sous plusieurs aspects. D’abord, le droit de manifestation est garanti dans la constitution. Même en état d’urgence, nous sommes capables de le respecter. En revanche, il n’est écrit nulle part que l’on a le droit de casser et il faut s’attendre à ce que les casseurs finissent par être cassés.

En effet, les avertissements, les mises en garde, avant l’intervention des forces de police, comportent justement comme phrase « Il va être fait usage de la force ». Donc les manifestants, c’est-à-dire en l’occurrence « les casseurs », savent à quoi s’attendre ou devraient le savoir.
Après, avec les moyens modernes de caméras partout, on peut toujours trouver des images où l’on pourra présenter en une pauvre victime le type qui l’instant d’avant était un agresseur. Cet instant d’avant n’est pas à l’écran, mais apparaît à l’image le moment où il prend un coup de matraque. Donc ça, ce sont un petit peu les aspects modernes.
L’autre aspect, c’est de voir une violence inusitée qui est une violence de fin de mouvement. C’est ce qui avait eu lieu il y a presque 50 ans en 1968 avec les Katangais de la Sorbonne, ou d’autres du même acabit.
Et là, en quelque sorte, on a une fin de mouvement en queue de poisson, c’est-à-dire avant qu’il y ait un véritable mouvement. Lequel reste à une échelle d’un mouvement protestataire qui est relativement symbolique et train-train. Sur lequel se sont greffées des manifestations violentes qui sont des manifestations de rage et d’impuissance.
Ce que l’on voit aussi d’inhabituel, c’est une compréhension pour ces casseurs, de la part non seulement de gens qui se rappellent leurs 20 ans il y a 50 ans, mais de la part de gens qui ont des arrière-pensées politiques à prétendre que le gouvernement est illégitime ou voire même le Président, et qui trouvent des excuses à des individus qui n’en ont aucune. Et je le répète, qui finiront déférés devant la justice ou qui finiront à l’hôpital, car ils y ont envoyé un certain nombre de membres des forces de l’ordre. Ils doivent s’attendre à ce qu’une violence proportionnée leur soit servie à un moment ou à un autre.
Voilà cet aspect général de cette violence des casseurs qui n’est pas quelque chose de tout à fait nouveau, mais qui est l’émergence d’une rage et d’une impuissance de groupuscules qui pensent que le matin du grand soir se construit à coup de pavés et en tapant sur les flics. Ce qui est une vue extrêmement simpliste qui n’a jamais fonctionné.
Mais quand cela va s’arrêter Jacques ? On a l’impression, en France, qu’il faut un drame, pour ne pas dire un mort, pour que les choses puissent enfin bouger !
C’est ce qu’ils espèrent. C’est ce que les casseurs espèrent. Et surtout ce qu’espèrent les gens qui ont des arrière-pensées politiques à faire preuve d’une mansuétude à leur égard. De ce point de vue là, c’est un peu un cercle vicieux ou un dilemme.
La retenue des forces de l’ordre cause de nombreux blessés chez les policiers et cause aussi, donc cette rage des membres des forces de l’ordre, de se faire taper dessus au lieu de déblayer le terrain. Donc, la prudence à ne pas vouloir, justement, qu’il y ait une répression trop forte ou trop violente des casseurs, conduit à la fois à un désastre politique qui est l’image d’impunité et de déprédation qu’ils donnent, d’une part. Et d’autre part, à ce que les forces de l’ordre aient un nombre de blessés totalement hors de proportion avec le pouvoir réel de nuisance de ces individus que l’on pourrait réduire à néant, sans grand effort.
Malheureusement, il va falloir effectivement monter un petit peu le niveau de répression, d’une part sur le terrain, et d’autre part sous la forme judiciaire. C’est-à-dire que le travail de renseignement va fonctionner, même si cela prend un peu de temps, et que l’on pourra interpeller chez eux ces individus et les déférer pour l’ensemble de leurs œuvres.
Mais puisque nous sommes en situation d’état d’urgence, justement. Tout ne devrait pas aller plus vite normalement ?
Oui et non, parce que l’on n’est pas dans le cadre de l’état d’urgence. C’est-à-dire que l’objet des manifestations n’a rien à voir avec l’objet de l’état d’urgence. Ce qui devrait aller plus vite, c’est de dire que les forces de l’ordre ont autre chose à faire.
Et qu’une répression brève et violente, qui eut été une autre option, aurait été comprise par la population. Mais là, le gouvernement a voulu être le plus pédagogique possible, montrer que l’on n’empiétait absolument pas sur le droit de manifestation. Et, si j’ose dire, montrer que de toute façon les casseurs travaillent toujours en dernière analyse contre les manifestants qu’ils infiltrent parce qu’ils déconsidèrent leurs mouvements. On a peut-être laissé un peu pourrir les choses, et cela ne pourra pas durer éternellement face, maintenant, au ras-le-bol des policiers.

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