Combats en Syrie: chacun contre les autres

CHRONIQUE du vendredi 09 février 2018

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Bonjour Jacques Cohen, avec vous aujourd’hui, nous allons évoquer l’actualité internationale et d’abord, dans un premier temps, le conflit turc/kurde, où en est-on sur la situation en Syrie, Jacques ?

Eh bien, en Syrie, après la disparition de l’état islamique, après sa défaite, les Kurdes qui y ont contribué ont pris beaucoup d’espace. Ce qui inquiète bien sûr la Turquie, laquelle a décidé d’envoyer ses islamistes et son armée pour réduire une grande partie des zones kurdes, donc relancer une deuxième guerre en Syrie.

Et Bachar, dans tout cela ?

Bachar, lui, s’occupe de réduire les deux poches principales restantes d’opposants qui sont, d’ailleurs, tous des opposants islamistes que certains présument modérés, mais cela reste largement à déterminer. Ces deux poches sont celles d’Idleb au nord-ouest et la poche de la Ghouta, qui est quasiment la banlieue de Damas. La poche de la Ghouta, c’est quand même 400 000 personnes. Elle semblait se réduire par des accords plus ou moins officieux, avec évacuation de population, et puis les choses se sont durcies au point que certains accusent Bachar d’avoir employé des gaz de combat récemment pour terminer de faire déguerpir les gens de la Ghouta.

Ca c’est pour la situation de la Ghouta, mais pour Idleb, la situation est similaire ?

Idleb a une autre particularité, Idleb est adossé à la frontière turque. Donc le chantage ou la pression politique des Turcs, c’est de vouloir disposer d’islamistes à leur service en les faisant survivre. Mais les faire survivre risque de signifier « les aider à passer la frontière » parce que Bachar, avec l’aide des Russes, compte bien réduire sérieusement cette zone d’Idleb.

Les Russes, que leur arrivent-ils ? C’est vrai qu’ils sont mêlés à ce conflit, comment expliquer la situation ?

Les Russes, cette fois-ci, aident Bachar dans les deux opérations, la réduction de la Ghouta, mais principalement dans la récupération de la zone d’Edleb. Ils ne se sont pas mêlés du conflit entre Turcs et Kurdes, c’est quand même tout à fait notable, en évacuant même leurs troupes qui étaient dans le coin. En revanche ils aident par les voies aériennes l’offensive de Bachar. Néanmoins, il y a eu deux évènements les concernant qui semblent des signaux ou des ripostes d’en face, c’est-à-dire des Américains et de leurs alliés, un Shukoi 25 a été détruit par un missile antiaérien et jusqu’à présent ni les Kurdes ni les islamistes n’avaient ce genre de missile. Donc on ne sait pas exactement quel modèle c’était pour l’instant, mais enfin le fait est qu’ils se le sont procuré. S’ils se le sont procuré, c’est que quelqu’un leur a procuré.

Deux opérations significatives qui proviennent donc forcément d’opérations extérieures !

Ce qui représente un cran dans l’escalade des moyens de la rébellion alors que sa force politique et même militaire globale se réduit.

La deuxième opération significative…

C’est vrai qu’on ne l’a pas encore évoquée.

drones kurdes

Drones en cours de montage, d’origine US entre les mains d’islamistes selon les médias russes.

C’est une attaque surprise par drones armés du port de logistique russe de Tartour et d’une base aérienne russe par une douzaine, au moins, de drones qui ne sont pas de petites choses achetées chez Parrot pour faire 3 photos, ou pour lâcher une grenade de 150 grammes.

Il s’agit de drones capables d’emporter des charges qui doivent se situer entre 5 et 25 kilos, qui peuvent commencer à représenter des possibilités de dégâts significatifs. De plus ce sont des drones qui ont fait une cinquantaine de kilomètres pour venir là. Donc qui sont guidés de différentes façons dont les différents réseaux  GPS. C’est une escalade technologique tout à fait inquiétante, parce que c’est un peu la boite de Pandore.

Donner ce genre de technologie aux islamistes, soi-disant modérés, ou à d’autres groupes comme les Kurdes qui ont largement recouru aussi à des attentats en Turquie depuis plusieurs dizaines d’années, c’est donner une technologie ou laisser accéder à une technologie qui, à la limite, est peu importante pour attaquer une base militaire, mais qui le devient tout à fait pour mener des attentats en occident. Car si une base peut se défendre contre ce genre de chose, nos sociétés occidentales en sont parfaitement incapables. Et un ou deux drones de ce genre lâchant leurs projectiles sur un marché ou dans la foule à la sortie du stade de France, cela peut faire plusieurs dizaines voire plusieurs centaines de morts.

J’allais dire, maintenant il va y avoir de nouvelles missions pour les forces de sécurité, ça va être d’anticiper ces missiles, ces drones aériens qui viennent, ça va être très compliqué, ça se complique davantage !

drone en israel recadre

Drone présenté comme iranien par Israël, en vol à basse altitude depuis la Syrie vers Israël,, peu de temps avant d’être abattu.

Évidemment, ça se complique parce que l’on voit arriver un niveau technologique plus important – il y a d’autres choses qui pour l’instant n’ont pas eu lieu, on ne les évoquera pas – mais imperceptiblement d’étape en étape, de représailles en coups de pouce chacun pour ses amis ou ses ennemis, le niveau technologique monte. Et les dangers d’attentats beaucoup plus sophistiqués que les individus qui se sont fait sauter avec une ceinture d’explosifs ou qui ont vidé quelques chargeurs de kalachnikov, devient lui aussi de plus en plus important en occident.

Et puis c’est vrai que l’on remarque qu’il y a pas mal de pays impliqués au fur et à mesure dans ces conflits ! Est-ce que l’on pourra trouver une issue tôt ou tard à ce conflit ?

Il y a deux points clés. La Turquie qui était autrefois l’homme malade de l’Europe et qui maintenant n’est plus l’Europe. Qui présente de grosses difficultés avec une évolution vers un régime autoritaire islamique.  Le pouvoir turc est confronté quand même à plusieurs oppositions , y compris au moins deux  oppositions potentiellement capables de contrôler des zones territoriales qui pourrait échapper au pouvoir central. Donc l’un des points cruciaux c’est la solidité de la Turquie ou pas.

La deuxième solution est le maintien ou pas de la stratégie américaine de balkanisation du monde entier avec le retour au moyen-âge qui a fonctionné en Irak, qui semble être tombé sur un os en Syrie, mais qui est à nouveau développé. Toujours sur ce raisonnement, puisque maintenant les Américains aident les Kurdes, d’avoir une fragmentation des pays, la disparition des états centraux laïques et une guerre de 100 ans féodale qui s’étende de proche en proche. Donc la question est « est-ce que ce genre de choses va se produire en Turquie ou pas ? » d’une part. Et d’autre part « est-ce que ce genre de chose va perdurer en Syrie où l’équilibre géopolitique conduisant les Russes à aider les Turques pour liquider les Kurdes devra ramener à ce qu’il y avait précédemment », c’est-à-dire un état centralisé sous l’égide de Bachar. Je crains que cet Etat ne reste tout aussi autoritaire et sanglant qu’il a toujours été du temps du père de Bachar, mais que l’hypothèse est tout à fait vraisemblable d’un succès majeur de Bachar quand il aura fini de gagner la guerre, de reconstruire un état avec y compris une alliance avec les Kurdes, mais en leur donnant une autonomie relative plus l’interdiction d’aller chatouiller leurs voisins turcs.

Et les Américains, ils n’ont pas leurs propres soucis dans la région ?

Ils en ont ! Et le plus immédiat, c’est d’avoir des conseillers militaires auprès de deux forces armées qui maintenant se combattent ! Si l’un d’entre eux se fait descendre par ses collègues et que la presse US l’apprend, cela peut causer de sérieux ennuis à l’administration et au président US. Ensuite, d’aider les ennemis de Bachar conduit aussi à aider des ennemis de leur principal allié dans la région, Israël.

Merci, Jacques Cohen, de nous avoir éclairés sur l’ensemble de ces conflits internationaux qui sont, de part et d’autre, liés. A très bientôt Jacques Cohen.

A bientôt.

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