Manuel Valls un Macron catalan ?

Chronique du vendredi 21 septembre 2018

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Jacques Cohen, bonjour !

Bonjour.

Aujourd’hui, le sujet choisi : Emmanuel Valls, un Macron espagnol. C’est vrai que Manuel Valls, peut-être que vous l’avez suivi dans l’actualité, va, selon toute vraisemblance, se présenter à la mairie de Barcelone. Est-ce que c’est sérieux ? C’est la première question que j’ai envie de vous poser, Jacques Cohen.

Et bien, la première réaction a été, il y a quelques mois, de penser que ces rumeurs n’étaient pas sérieuses. Et finalement, c’est une chose tout à fait sérieuse. Tout à fait sérieuse parce qu’il présente pas mal d’avantages pour ceux qui poussent cette candidature.

Valls-candidat-a-Barcelone-critique-en-France-desire-en-Catalogne

Début de campagne…. @Pau Barrena AFP

Le premier avantage c’est la nouveauté. Il n’est pas mouillé dans les querelles précédentes, et en particulier, il est anti-indépendantiste, mais sans avoir participé à la répression des indépendantistes même s’il a dit qu’il ne fallait pas les laisser faire. Il est de l’autre côté des Pyrénées du point de vue vie politique, donc l’herbe est toujours plus verte et les programmes politiques sont toujours plus chatoyants. Il parle correctement catalan puisqu’il a quittée la Catalogne à l’âge de 18 ans, même si sa langue maternelle, la langue de sa mère, est en fait l’italien. Et, il représente un positionnement politique intéressant pour ceux qui veulent pousser sa candidature : il s’agit en fait du patronat catalan. Le patronat et l’industrie catalane n’ont aucun intérêt à une sécession. Ils savent très bien que c’est une ruine garantie pour une catalogne autonome, réellement autonome, voire indépendante. Ils savent aussi très bien que Madrid ne le tolérera pas et que l’Europe ne veut pas ouvrir la boite de Pandore de multiples sécessions de ce genre. Donc, le patronat veut quelque chose de raisonnable, et il a donc besoin d’un homme pour cela. On est, à ce moment-là, avec quelqu’un qui représente le centre gauche, et qui peut s’étendre suffisamment à droite pour représenter sinon une majorité d’emblée, mais une position pivot incontournable qui lui permette ensuite de phagocyter un petit peu plus à droite et d’obtenir une franche majorité.

Pas mal d’avantages, mais malgré tout quelques contraintes quand même qui pourraient peut-être l’empêcher de réussir dans ce parcours.

Quelles contraintes ? La plupart des hommes politiques n’ont guère de contraintes !

Alors, peut-être une contrainte en France, il est quand même député de l’Essonne, de la première circonscription de l’Essonne. Est-ce que cela peut le gêner par exemple ?

Euh non. Il est vraisemblable que maire de Barcelone, il démissionnerait. Mais cela ne lui est pas légalement obligatoire puisqu’il n’y a pas de loi sur un cumul transfrontalier.

Malgré tout, il a quand même une campagne de 8 mois à mener à l’étranger, cela pourrait lui être reproché ?

Il ne fait déjà pas grand-chose à l’Assemblée, et il n’est pas tout à fait le seul à avoir l’esprit ailleurs !

Justement, petite parenthèse, et on reviendra au sujet Manuel Valls dans quelques instants. S’il abandonne la première circonscription de l’Essonne, cela va être un sacré débat parce qu’il y avait eu 140 voix d’écart avec la France Insoumise il y a un an et demi de cela… cela ne s’était joué à pas grand-chose !

Oui, mais tout dépend de qui sera candidat. Est-ce qu’il abandonnera complètement sa ville ou est-ce qu’il essaiera de faire passer quelqu’un qui représente non pas un prête-nom bien sûr, mais qui représente la continuité de son équipe, on ne sait jamais. Ou est-ce qu’il plie bagage, rend les clés et laisse les gens s’écharper. Il est fort possible que les insoumis prennent cette mairie, mais ce n’est pas absolument certain.

On en revient à notre ami, Manuel Valls, le Macron espagnol, comme vous l’avez appelé au travers de cette chronique, Jacques Cohen. Vous le disiez, il peut avoir ses chances, il va avoir une sorte de montée en puissance.

Il va devoir mener une campagne, mais cela il sait le faire, il n’a toujours fait dans sa vie que de la politique.

On va également parler d’Emmanuel Valls puisqu’il y a cette cote de désamour en France. Comment on peut conquérir l’Espagne ?

Eh bien, déjà, en ne faisant pas les mêmes bêtises qu’en France ! Mais ça, justement, c’est le fait d’avoir appris. Et puis d’autre part, certains aspects qui passent très mal ici, de sa personnalité, de son style politique, peuvent très bien passer dans un pays qui a finalement eu un régime autoritaire très longtemps.

Vous parliez également de la maîtrise de la langue, qui ne sera pas un handicap pour lui ?

Il n’a aucune raison d’avoir un problème dans la langue qu’il a pratiquée depuis toute son enfance, à l’école, et jusqu’à 18 ans. Et puis ensuite, il parle espagnol correctement, enfin Castillan correctement. Donc de jouer entre Catalan et Castillan ne doit pas lui poser de gros problème. Et en plus, il a une chance : il n’a pas trop d’accent français.

Si on vous écoute, Jacques Cohen, Manuel Valls a toutes les chances d’être un jour maire de Barcelone ?

Toutes les chances euh… justement, il y a toujours la glorieuse incertitude des élections. Mais il a des chances tout à fait raisonnables. La porte est étroite mais E Macron a montré que ce genre d’opération bonapartiste peut réussir de nos jours.

Est-ce qu’il peut y arriver seul ou est-ce qu’il va être obligé de former des alliances avec certains partis espagnols ?

Dans un premier temps, il faut qu’il agisse seul puisqu’il joue comme homme providentiel. Un homme providentiel c’est toujours seul ! Après, il faut effectivement monter, non pas une coalition, ce qui ruinerait cette image de nouveauté, mais se préparer à quelques accommodements et intégrer des gens dans sa liste. Enfin, la cuisine habituelle ! De plus, je ne connais pas très bien les règles de fusion entre les deux tours des listes espagnoles, mais je crois qu’elles ressemblent aux nôtres. Donc, politiquement même, il doit jouer d’être un homme seul, mais de mordre sur différents fronts. Le point le plus net pour lui c’est qu’il n’est pas indépendantiste, donc il pourra faire des tas de choses sur la nation catalane, la reconnaissance de la spécificité de la région, mais il ne lâchera rien sur le fait que c’est une région espagnole et il est candidat à la mairie d’une ville qu’il considère comme faisant partie de l’Espagne.

Jacques Cohen, Manuel Valls, pour se présenter à sa candidature à la mairie, il va malgré tout devoir formé autour de lui une équipe. Est-ce que cela va être une équipe avec des gens qu’il a connus en France ? Est-ce qu’il va devoir aller chercher des gens en Espagne pour être « plus proche des Catalans » ?

Je pense pour commencer que, quasiment certainement, c’est une équipe nouvelle parce que je crois qu’il y a déjà la barrière de la langue et que pratiquement personne dans son équipe française n’est capable de s’insérer dans la vie politique espagnole. Donc, il va chercher à constituer une équipe proprement espagnole ou proprement catalane, mais je crois qu’elle va lui être fournie clé en main.

Quelle est la différence entre la vie politique française et la vie politique espagnole ? Qu’est-ce qui peut faire la différence quand on se présente à une mairie d’une grande ville ?

Ah, il y a de très grosses différences ! Il y a de très grosses différences parce que la vie des régions n’est pas la même déjà. Le pouvoir régional est beaucoup plus étendu en Espagne, à l’inverse, le pouvoir central est, j’allais dire, beaucoup plus tranchant. Non, il est très difficile de dire en quelques mots… il y a bien sûr des ressemblances, mais les différences sont essentiellement culturelles. Elles ne sont plus tellement institutionnelles.

Merci, Jacques Cohen, de nous avoir éclairés ce soir sur les chances de Manuel Valls d’accéder un jour, tôt ou tard, à la mairie de Barcelone.

Merci beaucoup, Jacques Cohen. À très bientôt, vendredi prochain probablement !

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