Brexit dur ou retarder l’horloge… indéfiniment !

Chronique du 18 janvier 2019

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JC est avec nous, JC est un citoyen français et un citoyen rémois, mais il va nous dire ce que veulent les Anglais, JC bonjour !

Bonjour. Je serais bien en peine de dire ce que veulent les Anglais, car je crains qu’ils ne le sachent pas, ou du moins qu’il n’y ait pas d’expression politique d’une volonté précise et majoritaire en Grande-Bretagne. Le Royaume-Uni a voté, de façon inattendue, pour un retrait de l’Union Européenne et plusieurs épisodes s’en sont suivis, aboutissant à un projet assez laborieux d’accord, qui a été rejeté par le parlement britannique.

Alors qu’il y avait un accord au niveau Européen ?

Avec l’Union Européenne. Derrière très logiquement, il y a ce qu’on appellera chez nous une motion de censure, qui n’est pas votée, Donc, on a deux opinions négatives du parlement britannique, mais on n’a pas d’opinion positive. Alors quels sont les points pour lesquels les Britanniques souhaiteraient un accord spécial. Le premier principal pour eux, ce sont les relations entre les deux Irlandes. Il se trouve que l’Irlande du Nord, l’Ulster, avait voté majoritairement pour le maintien dans l’Union, car la disparition de la frontière avec la République d’Irlande, pour eux, a été un énorme atout et c’est quelque chose qu’ils n’ont aucune envie de remettre en question. Donc, l’hypothèse du Brexit dur c’est, premièrement, il n’y a pas d’accord que ce soit pour l’Irlande ou autre chose. Deuxièmement, il n’y a pas de statut privilégié pour les résidents britanniques en Europe et vice versa. Or, là aussi, les Britanniques souhaiteraient conserver une grande partie des gens venant du continent et qui y travaillent. Et puis, il y a aussi dans un Brexit dur, comme il n’y a pas d’acceptation des normes européennes, les importations qui en passent par les critères d’homologation au cas par cas et ainsi de suite… Donc, le Brexit dur est une situation calamiteuse. Elle a été présentée par les démagogues en Angleterre, comme la façon de ne plus payer sa cotisation, mais rien que cette cotisation à l’Europe, le Royaume-Uni en récupérait très largement sa part en ayant plusieurs institutions européennes, comme par exemple l’agence du médicament qui est basée chez elle. Donc, le Brexit dur c’est « ça suffit, on arrête tout ». On refait la queue à la douane, les produits ne passent que filtrés, la frontière se referme entre les 2 Irlandes, etc. Donc une situation de cauchemar. De cauchemar surtout pour la majorité des britanniques, car tous les sondages disent que maintenant la majorité des Britanniques est opposée à ce Brexit. Et alors, la curiosité chez les Anglais, c’est que comme on pourrait dire du côté de l’Estaque, on ne rejoue pas le match.

Alors vous parlez JC d’un Brexit dur, il y a également ceux qui ne veulent plus du tout du Brexit comme vous étiez en train de l’évoquer, il y avait une scène assez hallucinante, c’était en milieu de semaine lorsque que justement Theresa May était désapprouvée, ils faisaient tous la fête. Ceux qui voulaient le Brexit dur et ceux qui ne voulaient plus du Brexit étaient rassemblés ensemble en train de fêter, finalement, cette décision du parlement. C’était assez cocasse.

douvres douane

Oui, car la tentative de Theresa May est une tentative de quadrature du cercle pour des raisons purement politicienne. Il y a des courants économiques favorables au maintien, il y a des courants économiques qui sont pour le Brexit, qui sont ceux qui voudraient transformer le Royaume-Uni, l’île, en espèce de Hong Kong au détriment d’une grande partie de sa population sans parler de son industrie, mais c’est minoritaire. Il faut bien voir que si en France, l’opposition à l’Europe est plutôt majoritaire dans une population jeune ou plutôt installée dans une population jeune, c’est le contraire en Grande-Bretagne. En effet, vu de France, l’Europe est moins protectrice que notre État. Tandis que vu de la Grande-Bretagne, l’Europe est beaucoup plus protectrice que l’État britannique.

Et donc les jeunes Britanniques qui voient que les bourses européennes en tout genre c’est fini, etc., n’en croient pas leurs yeux et on a cette situation où il y a des gens qui développent cette plaisanterie qui est que compte tenu de la pyramide des âges des partisans du Brexit, il suffit de négocier quelques années de plus, il n’y aura plus que des partisans de « rester ». Ce qui n’est pas totalement faux, en plus on a l’impression très nette qu’on est en train de monter une authentique usine à gaz, qui dans une dizaine d’années ne pourra qu’être renvoyée au musée par les jeunes britanniques qui eux sont totalement persuadés de l’utilité de l’Europe pour eux.

JC vous le disiez il y a quelques instants, en Grande-Bretagne « on ne rejoue pas le match ». Pourquoi ne pas faire un second référendum, par exemple, s’adresser de nouveau aux Britanniques et leur demander : êtes-vous sûr que vous voulez de ce Brexit ?…

Alors il y a…

Le temps presse aussi, j’imagine ?

C’est une question, non parce que ça fait 2 ans que cela dure. C’est une question de culture politique. Les Britanniques ont fait une révolution radicale, ont coupé la tête d’un roi, mais au 17ème siècle bien avant tout le monde, et depuis, ils n’ont pas recommencé. Donc, ils tiennent à une stabilité des institutions, à une stabilité de la représentation et ne conçoivent pas que l’on remette en cause un référendum. Chez nous, ça ne nous a pas gênés. On en a fait un qui était négatif, on n’a même pas fait revoter les Français, on a fait voter cela par le parlement et on est passé tout droit. Dans d’autres pays d’Europe, on a voté une deuxième fois, etc. Mais en Angleterre ça ne se fait pas. C’est vraiment un problème de culture politique. C’est déjà une chose très dangereuse de demander son avis au peuple et comment faire si le peuple, en plus, change d’avis. Et là les Britanniques n’ont pas de solution.

JC, pour l’instant on est dans une impasse, mais si on en reste là, quoi qu’il arrive, le 29 mars 2019 la Grande-Bretagne va sortir de l’Union Européenne ?

Sauf si on fait comme on faisait du temps des crises ministérielles de la 4ème République, c’est-à-dire si on arrête l’horloge. Il est possible que la date soit reportée d’un an, par exemple.

Alors JC, il nous reste quelques secondes et je voulais vous poser une question, parce que ce qui intéresse nos auditeurs de RCF qui eux, sont en France. Si jamais ils ont envie de prendre l’Eurostar, de prendre l’avion et se rendre en Grande-Bretagne, est ce qu’il va y avoir des complications quelconques pour eux ? Si par exemple, moi demain je prends l’Eurostar au mois de février pour aller à Londres, est-ce que je risque quelque chose de plus ou de moins qu’en ce moment même ?

Si le Brexit est déclaré et s’il n’y a pas le moindre accord, vous aurez à franchir une frontière d’État avec des problèmes de visa. Mais ça me parait assez peu probable.

Bon, tous nos auditeurs sont rassurés à priori on peut aller en Angleterre encore tranquillement pour ce début d’année 2019.

Mais il est peu probable que vous puissiez y résider aussi facilement que maintenant. 

 

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