Paris Mai.. Dangers à la Pitié

Chronique du 3 mai 2019

Sur les ondes de RCF: :

 

JC, alors c’est vrai qu’on a tous observé l’actualité ces derniers jours et bien évidemment le 1er mai avec la mobilisation traditionnellement autrefois, il y avait une large mobilisation syndicale, il semble qu’il y ait eu cette année encore une mobilisation en particulier de la CGT et d’autres syndicats, mais qu’il y a eu quand même d’autres acteurs de cette mobilisation.

D’une part, bien sur des gilets jaunes, puisque c’est la révolte rampante, j’allais dire permanente actuelle et d’autre part comme depuis plusieurs années, ce qu’on appelait autrefois les autonomes et maintenant le bloc noir, le black bloc, qui essaye de parasiter et de faire le maximum de dégâts le long et en avant du cortège.

canonà eau

canon à eau à deux buses

Alors justement, on en parle beaucoup dans toutes les chaînes d’informations continues et ailleurs, la tactique policière est-elle adaptée aujourd’hui ?

Je pense que la tactique policière est en grand manque et de doctrine et des outils correspondant à cette doctrine. On pourrait dire qu’elle est devenue très brouillonne. On a constaté, depuis 3 ans, les limites de la technique des périmètres gardés, parce qu’en dehors de ces périmètres les souris dansent et les voyous peuvent casser. On n’est pas revenu à des tactiques antérieures en hésitant entre la technique des grandes masses mobiles, la « marée bleue », qui n’a toujours pas été ré expérimentée alors qu’elle fonctionnait autrefois, à des tactiques de petits groupes, mais qui sont employées de façon beaucoup plus brouillonne qu’autrefois. Et de façon dangereuse, parce qu’un jour où l’autre ils peuvent se retrouver encerclés ou tomber dans un traquenard et ils ne se dégageront qu’en tirant.

Quand on regarde un certain nombre d’images et c’est aussi au professeur en médecine que je m’adresse, à la Pitié Salpêtrière, on les a vus entrer dans cet hôpital, vous-même quel est votre sentiment, votre réaction et pouvez-vous interpréter un peu l’attitude des gens, l’attitude qui a évolué, parce que ça, c’est une analyse intéressante ?

Le point de départ est une erreur policière. Le cortège a été encagé sur le boulevard de l’hôpital sur plus de 600 mètres en bouchant toutes les rues latérales et en empêchant d’avancer. Un cortège ça ne fait pas demi-tour à 180° comme cela ! Très traditionnellement, on s’entend entre le service d’ordre et les policiers pour dégager par une rue latérale, cela n’a pas été fait et ça comporte de gros dangers. Ce qui avait été essayé au départ, c’était ce qui a été fait il y a deux ans, et un peu moins bien l’an dernier, c’était de couper la tête de manifestation, c’est-à-dire les autonomes et les blacks blocs du cortège de la CGT. Ça été fait par le préfet Delpuech sous Hollande, la dernière fois où il était là, en glissant les cordons de police comme des manifestants, c’est-à-dire en faisant des rangs devant de façon à couper. C’était place de la Nation, donc il y a beaucoup de dégagement latéraux. Cela ce n’est pas trop mal passé, mis à part que les forces de l’ordre ont été obligées de se battre un peu au corps à corps avec les voyous devant, ce qui l’année suivante a été refusé. L’année suivante on a arrêté le cortège CGT et laissé avancer le cortège des autonomes qui a pu saccager 2-3 vitrines justement sur le boulevard de l’hôpital après avoir traversé le pont d’Austerlitz.

Cette année, nouvelle tactique puisqu’on a dit qu’il fallait être mobile. Mais on l’a été de façon très brouillonne. Cette année, la police a d’une part chargé pour couper, tronçonner, mais en étant mal placée. Elle a chargé dans et non derrière la tête de manifestation des black blocs. Puis elle a grenadé abondamment à ras du cortège. Mais les gaz lacrymogène, ça part un peu partout et c’est là où le secrétaire général de la CGT s’est retrouvé gazé comme les autres. Qui plus est, les forces de l’ordre qui avaient chargé devant ont continué à pourchasser des types jusque dans le cortège, puisqu’ils refluaient au lieu d’avoir fait une bonne barrière entre les deux. On est donc rentré dans une situation assez désastreuse du point de vue du maintien de l’ordre. Derrière, les forces de l’ordre ont bloqué le cortège et n’ayant pas pu faire ce qu’elles souhaitaient faire, c’est-à-dire de couper les autonomes et les blacks blocs, puis de les mitrailler en tous sens et de les disperser ou de les boucler. Ayant raté tout ça, le cortège s’est retrouvé immobilisé, encagé boulevard de l’hôpital avec les fumées de lacrymogène et c’est déjà beau qu’il n’y ait pas plus de casse, qu’on n’ait pas eu de choses façon métro Charonne en 1962

Alors là, JC, il y a plusieurs versions et c’est au professeur de médecine qu’on s’adresse. On n’entre pas dans un hôpital comme ça, normalement. Donc premièrement, il y a certainement de l’abus, on a forcé certainement des portes, mais parallèlement, ceux qui empêchaient d’ouvrir, vous dites vous-même que peut-être qu’au fur et à mesure ils se sont dit « ces gars-là qui sont gazés c’est peut-être normal qu’ils entrent » est ce qu’il y a pas eu un changement dans le cerveau et dans l’état d’esprit des personnes ?

Je crois qu’il y a effectivement deux faces. D’abord, c’est inadmissible de rentrer dans un hôpital, dont les portes qui étaient fermées ne sont d’ailleurs pas des petites portes symboliques, mais barricadées par des chaînes. Les forces de l’ordre auraient très bien pu prévoir quelques policiers à l’intérieur pour dissuader les premiers qui passaient par-dessus pour aller faire sauter les chaînes. Les deux portes de l’hôpital ont été forcées, non seulement la petite porte qui est le long du bâtiment de la fac, mais la porte principale au-dessus de laquelle c’est écrit hôpital en grand, donc il n’y a pas le moindre doute sur le fait que les gens sont rentrés en sachant ce qu’ils faisaient. On n’a pas à rentrer dans un hôpital comme manifestant, même si c’est pour traverser pour rejoindre l’autre boulevard, c’est inadmissible. Qui plus est, ceux qui musardaient dans l’hôpital, pas ceux qui ont cassé 2-3 salles d’équipement et qui se sont vite sauvés et qui ont fait quelques graffitis, mais ceux qui musardaient, se sont retrouvés coincés sur la passerelle de l’arrière de la réa au bâtiment Cordier. Et les hospitaliers ont commencé par les bloquer physiquement, puisque cette porte ne fermait pas et les types voulaient rentrer quoi qu’on leur explique. Donc de ce point de vue-là, les personnels hospitaliers les ont bloqués en force. Et pourtant les mêmes hospitaliers quelques minutes plus tard, après que les manifestant aient été embarqués montraient la compréhension qu’ils avaient pour ces gens.

Ce qui traduit surtout l’exaspération vis-à-vis du gouvernement et de sa politique dans le milieu de la santé. Les gens qui à l’hôpital ont l’habitude de subir la situation infernale de l’hôpital, non pas seulement sur eux-mêmes, mais sur la situation, mais surtout la condition faite aux malades, par exemple, aux urgences, ces gens-là ne pouvaient que comprendre que des gens manifestent contre. Et donc, les mêmes qui ont empêché physiquement les types de rentrer ont manifesté dans des interviews quelques minutes plus tard, une compréhension inattendue vis-à-vis de ces gens-là.

Et est-ce que ça se passe également au niveau de l’opinion, d’après vous ? Au-delà de la Pitié Salpétrière ?

Tout à fait, il n’est pas possible que l’opinion et partant la presse aient basculés à expliquer que Castaner exagérait largement, sans cette compréhension vis-à-vis de ces manifestants ne révèle une exaspération plus générale vis-à-vis du pouvoir.

Merci en tout cas, JC d’avoir été en direct avec nous aujourd’hui, on se retrouve prochainement sur RCF ?

Très volontiers.

À la semaine prochaine, bonne semaine.

 

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